A quelques mois des Jeux africains d’Alger, l’ancien champion du monde
du 800 m aux Mondiaux de Paris-2003 annonce officiellement sa retraite.
Depuis le 5 mai, l’athlétisme algérien est désormais privé d’un grand
athlète qui a marqué le sport algérien. Les Algériens, et notamment la
communauté algérienne en France, se souviendront de l’hymne national qui
avait retenti au Stade de France lorsque Guerni décrochait la médaille
d’or du 800 m. A la salle des conférences du centre sportif “Ghermoul”,
hier, l’émotion se lisait sur les visages.
Du ministre de la Jeunesse et
des Sports, Yahia Guidoum, au président de l’association, Mohamed Djouad,
en passant par le président de la FAA, Amar Bouras. L’émotion a
également gagné le parterre des journalistes. Avant de répondre aux
questions des confrères, Saïd Guerni, qui a fêté ses 30 ans le 29 mars
dernier, a difficilement retenu ses larmes. “Je tire ma révérence après
avoir mûrement réfléchi. Je n’étais pas épargné par des blessures qui
ont eu raison de moi. J’ai traversé des moments difficiles au point où
je ne pouvais courir un 200 m. C’était plus fort que moi”, confie-t- il.
Auteur du record d’Algérie du 800 m (1’43’’09), Saïd Guerni, qui a
pourtant effectué en début de saison un stage de préparation aux Emirats
arabes unis, a été rattrapé par les blessures. Outre ses traumatismes,
Saïd Guerni n’a pas hésité à parler d’ingratitude qu’a subie son père et
entraîneur Zine El Abiddine. «Si j’étais blessé physiquement, mon père
aura été blessé mentalement. Il n’a eu aucun égard en exerçant son
métier sans être énuméré. Cela lui a fait beaucoup de mal”, dira-t-il.
Saïd Guerni n’a pas voulu aller au fond des choses concernant les
péripéties vécues depuis l’entame de sa carrière. Il a rendu hommage à
l’Algérie et à tous ceux qui l’ont aidé. En effet, après la seule
médaille remportée par l’Algérie au rendez-vous parisien, Saïd Guerni a
connu quelques déceptions dans les meetings qui l’ont poussé à faire
moins de réunions internationales. A ce rythme, Saïd Guerni a pris la 7e
place aux J.O. d’Athènes, avant de renoncer un an plus tard aux
Championnats du monde d’Helsinki 2005. Avec cette baisse de régime, Saïd
Guerni songeait déjà à préparer une sortie honorable. Une sortie digne
d’un grand champion. C.B.
Avis autorisés
Guidoum Yahia : «Les départs sont ainsi faits. Comme tous les
retraités, cela signifie la mise au placard. Je représente un
gouvernement qui rend hommage aux efforts des sportifs et pour les
excellents résultats offerts à l’Algérie. Saïd Gueni peut partir
tranquille grâce au statut d’athlète d’élite de haut niveau qui vient
d’être soumis à l’assemblée. Cette loi protègera socialement toutes
élites nationales confondues.»
Berraf Mustapha : «Un grand champion s’en va avec la conviction
d’avoir donné de grandes satisfactions à son pays, l’Algérie. C’est une
décision difficile à accepter tant par le mouvement sportif algérien que
par le Comité olympique algérien. Connaissant son sérieux et son
abnégation, nous avons placé en lui d’énormes espoirs. Il nous manquera
beaucoup à l’occasion des Jeux africains d’Alger. J’ai longtemps tenté
de le dissuader pour ne pas mettre aussitôt un terme à sa carrière. Le
champion du monde du 800 m va venir certainement renforcer l’encadrement
des jeunes espoirs algériens. Je n’oublierai pas son père et entraîneur
Zine El-Abiddine qui a de quoi être fier. Son père a rempli son rôle
d’éducateur au sens propre du terme et d’entraîneur de haut niveau. Nous
sommes fiers de lui. Nous demeurons toujours à leurs côtés et derrière
tous ceux qui ont honoré notre cher pays.»
Mohamed Djouad : «On est surpris et étonné par la décision de Saïd
Guerni. A présent, il faut respecter le choix de notre star qui a été
exemplaire. Les portes de son club, le MCA, lui seront toujours
ouvertes. On gardera de lui une bonne image pour cet athlète.»
Hassiba Boulmerka : «C’est dommage que Saïd Guerni mette fin à sa
carrière. J’ai moi-même pris ma retraite à trois mois des J.O. de Sydney
et, par conséquent, je comprends parfaitement sa décision. Malgré son
âge relativement jeune, il a choisi de mettre un trait à un parcours
brillant et qui aurait pu être meilleur.»
Propos recueillis par C.B.
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