Corruptions : CORRUPTION ELECTORALE ET CORRUPTION DES ELUS (1RE PARTIE)
La perversion du processus démocratique alimente la culture de l'allégeance


Dans une démocratie, il existe principalement deux types d’obligation de rendre des comptes : la “responsabilité verticale”, par laquelle les électeurs, en d’autres termes les gouvernés, exercent un contrôle sur la classe gouvernante, et la “responsabilité horizontale”, par laquelle ceux qui gouvernent sont responsables envers d’autres instances, officielles ou non, des institutions qui interviennent comme garde-fous du système.

Dans un environnement démocratique, le succès de la responsabilité verticale semble assuré. En théorie, ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés sont censés être semblables (“tout le monde peut être élu président”) ; il n’y a pas de personne ou de groupe qui détiendrait définitivement le pouvoir politique. Les gouvernants sont choisis parmi le peuple et leurs pouvoirs sont juridiquement limités dans le temps. S’ils gouvernent mal, le peuple peut les sanctionner par le vote. S’ils abusent de leurs pouvoirs, le peuple peut réclamer qu’ils démissionnent ou soient sanctionnés. Pourtant, dans la pratique, l’exercice de la responsabilité verticale se heurte à de nombreux obstacles. Le processus électoral n’a lieu que de manière périodique. Même dans un contexte où les élections sont libres, un gouvernement est jugé sur l’ensemble de ses performances telles qu’elles sont perçues par l’électorat. Ainsi, il n’est pas tenu pour responsable de certains de ses actes et abus spécifiques qui, d’une élection à l’autre, sont parfois “oubliés” du public. Si les gouvernants ne parviennent pas à assurer leur réélection par le soutien d’un peuple satisfait, ils peuvent y parvenir par la combinaison d’une culture du secret, du clientélisme et par un système d’alliances politiques. Ils peuvent également prendre des mesures démagogiques de court terme, au détriment de l’intérêt du public à plus long terme. Par ailleurs, le processus démocratique peut être compromis par la volonté de certains hommes politiques d’étendre les limites de leur pouvoir et de leur autorité afin de gouverner avec le moins d’opposition possible. La compétition pour la conquête du pouvoir politique est aiguisée par le fait qu’il peut donner accès à des ressources économiques. Cela est encore plus vrai dans les pays où celles-ci sont rares. Le recours à la corruption politique est un des moyens pour cette conquête, qui joue alors comme un facteur pervertissant le processus démocratique.
GOUVERNER AUTREMENT OU L’EXERCICE DU “CONTRÔLE PAR LE BAS”
La corruption électorale sous diverses formes existe partout. Mais “l’achat” des votes est une pratique courante surtout dans des contextes de pauvreté. Si l’on ajoute à cela que le coût de la compétition politique a par ailleurs explosé sous l’effet conjugué de la corruption électorale et des techniques modernes de marketing politique, on comprend alors pourquoi le financement occulte des candidats ou des partis politiques se banalise. Seuls ceux qui détiennent des ressources, ou ceux qui réussissent à les convaincre, ont des chances de conquérir le pouvoir. Les équipes en place sont favorisées car elles abusent souvent de leur accès direct aux ressources nationales. Ainsi, l’accès au pouvoir peut créer des dettes financières ou morales envers les détenteurs de ressources, dettes qui vont peser sur certaines des décisions prises. Le cercle se referme lorsque ceux-là mêmes qui ont conquis le pouvoir par diverses pratiques de corruption politique se rémunèrent par la corruption. En outre, la politique est devenue une profession. Cette dernière a généré ses propres règles et normes de conduite qui tendent à se généraliser dans la classe politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition. On assiste dès lors à l’émergence d’une classe d’hommes politiques professionnels qui partagent largement un ensemble de valeurs, dont certaines peuvent aller à l’encontre des idéaux démocratiques. Les actions qu’ils prennent, lorsqu’ils accèdent au pouvoir, sont parfois à l’opposé des promesses faites lorsqu’ils étaient dans l’opposition. En général, la transparence à l’égard du public est rarement considérée par les dirigeants en place comme un avantage. Ils ont leur propre intérêt à contrôler les informations données aux gouvernés et la façon dont elles sont présentées. Les citoyens ne sont pas informés de manière adéquate des actions des gouvernants et n’ont pas le pouvoir d’investigation leur permettant d’enquêter sur d’éventuels abus. La situation se complique du fait de l’existence d’une élite puissante qui a acquis des pouvoirs considérables et gagné le contrôle d’une multitude d’organes stratégiques, telles les banques centrales, les institutions de contrôle des pratiques commerciales, les entreprises de l'Etat et même celles du secteur privé. Cette élite, qui était censée, à l’origine, s’interposer, et dans une certaine mesure protéger le peuple contre la classe dirigeante, est aujourd’hui largement dépendante de la classe politique, du moins dans ses échelons supérieurs. Elle n’a pas le plus souvent l’obligation institutionnelle de rendre des comptes au public. Ainsi, la complexité de l’Etat moderne rend très difficiles l’exercice formel du contrôle par le bas et la pratique de la responsabilité verticale. Gouverner autrement c’est autant permettre l’exercice du “contrôle par le bas” que pratiquer la responsabilité horizontale. Cela nécessite un environnement intègre et une volonté politique claire qui reconnaît la souveraineté du droit et le droit d’accès à l’information des citoyens. Ces notions sont corollaires au principe de la primauté de l’intérêt général qui est à la base de la défense du bien public. Dans le contexte de l’Algérie, les systèmes d’allégeances* susceptibles de résulter de l’appartenance à un clan, à une tribu, à une région ou à un parti peuvent entraver la soumission à l’obligation de rendre des comptes à la population et menacer la défense du bien public et la suprématie du droit.
Djilali Hadjadj

*Allégeance : obligation d'obéissance et de fidélité à un souverain Synonyme : soumission





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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/05/07/article.php?sid=53245&cid=11