Corruptions : LES LENDEMAINS DE “GUEULE DE BOIS” DEMOCRATIQUE A LA FRANÇAISE
Ces nécessaires contre-pouvoirs


En France, l'intervention des économistes dans une campagne électorale a rarement atteint de telles proportions : chroniques, blogs, tribunes dans la presse, magazine ou quotidien, émissions radio ou télé... on ne compte plus les contributions qui auront tenté de chiffrer ou de déchiffrer les différents programmes, voire qui se seront explicitement prononcés en faveur d'un candidat ou manifestés contre un autre.
L'exercice est pourtant délicat : la tentation est grande d'utiliser l'accès aux médias, obtenu en principe grâce à une réputation acquise sur des compétences reconnues dans le monde académique, pour y exprimer un avis personnel, davantage fondé sur des convictions citoyennes qu'appuyé sur une expertise économique. Et cette ornière est d'autant plus dangereuse que le débat aura eu beaucoup de peine à s'arrêter un instant sur les questions essentielles : chaque fois qu'un candidat avançait une vague idée dans un domaine, ses concurrents s'empressaient d'en énoncer une autre dans un tout autre domaine. L'échange d'arguments contradictoires, le tir nourri des critiques, pourtant essentiels tant au débat politique qu'à la production d'un savoir objectif, n'auront jamais bénéficié de la durée nécessaire à leur installation. D'où, peut-être, l'abondance d'interventions d'économistes qui auront pu paraître péremptoires, alors qu'elles ne visaient parfois qu'à ouvrir le débat sur telle ou telle proposition : du point de vue de cet objectif, l'échec est manifeste. Quelle importance ? dira-t-on. Qui peut croire que ces analyses critiques ou ces prises de position ont le moindre impact sur la réflexion, sur l'action politique, sur le comportement électoral ? De fait, certains le pensent.
PRESSIONS CONTRE JOURNALISTES ET MEDIAS AUX ORDRES DES PUISSANTS
Le fonctionnement efficace de l'économie de marché repose aussi sur la présence de véritables contre-pouvoirs. La liberté de contracter, fondement de l'économie libérale, nécessite une clarté des règles et une sécurité des droits et pas seulement du droit de propriété, que seule l'indépendance du pouvoir judiciaire est à même de garantir. Les entreprises comme les individus ont besoin, pour prévoir le résultat de leurs actions, d'une certaine stabilité du cadre légal, fiscal et réglementaire ; a contrario, l'absence de stricte séparation des pouvoirs contribue au développement d'une réelle incertitude judiciaire, pénalisante pour l'investissement. Qui plus est, comme le rappelle Amartya Sen (prix Nobel d'économie 1998), la liberté de la presse est aussi une condition du développement économique, ne serait-ce que par les freins qu'une telle liberté impose à la corruption. Qu'un candidat à la présidence de la République ait pu mobiliser le groupe industriel actionnaire d'un organe de presse afin d'obtenir la démission du directeur de sa rédaction montre que la confusion des genres et des rôles n'est pas le premier des soucis de ce candidat. Or, la corruption se nourrit justement de cette confusion... Qu'on le comprenne bien : d'un point de vue éthique, c'est une chose, de telles pratiques sont choquantes, mais d'un point de vue économique, elles sont désastreuses. Certes, l'attractivité d'un pays, sa capacité à convaincre des capitaux d'y financer des investissements facteurs de croissance, dépend de nombreux facteurs comme le coût et la productivité du travail, les taxes, la qualité des infrastructures ou de son système éducatif. Sur toutes ces questions, les candidats aux élections proposent des réformes et chaque camp n'est avare ni en bonnes ni en mauvaises idées, à tel point qu'il n'est pas évident de se prononcer pour l'une ou pour l'autre sur les seuls critères de politique économique. Mais ce que les actions passées indiquent sur la manière dont le vainqueur de l'élection pratiquera l'usage des pouvoirs ne laisse plus place au doute : le risque que la France soit perçue à l'étranger comme un pays où développer une activité économique nécessite avant tout de satisfaire le pouvoir en place serait un très profond handicap pour son développement.



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