Mercredi 16 mai 2007
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Actualités : CHIRAC PASSE LA MAIN AUJOURD'HUI
Une politique étrangère dominée par les relations personnelles
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed


Il aura passé dix ans au sommet de l’Etat français, deux mandats au cours desquels Jacques Chirac, qui va passer le témoin aujourd’hui au nouveau président Nicolas Sarkozy, n’a pas laissé indifférent, peut-être pas du fait de la politique intérieure, mais sûrement par la politique étrangère qu’il a menée et qui aura marqué son mandat à la tête de la France. Tous les analystes s’accordent à dire en effet que sa politique étrangère, dont il a fait un domaine réservé, lui vaut aujourd’hui beaucoup d’hommages, mais aussi beaucoup de réserves, car non concluante et non productive.

Les opinions de droite comme de gauche reconnaissent au président sortant une décision sinon visionnaire, du moins très lucide et pour le moins courageuse quand il s’opposa à une intervention en Irak et refusa d’y engager la France, expliquant : «La guerre c’est toujours un ultime recours, c’est toujours un constat d’échec, c’est toujours la pire des solutions, parce qu’elle apporte la mort et la misère.» L’histoire lui donnera raison, et même son successeur Sarkozy, partisan de l’intervention en Irak, a dû, par calculs électoralistes et sûrement pas par conviction, qualifier finalement en fin de campagne la guerre en Irak «d’erreur historique ». Sur le plan de la politique arabe menée par Chirac, elle s’est voulue en continuité avec celle de De Gaulle qui a entretenu des relations privilégiées avec le monde arabe. Mais alors que ce dernier la situait au strict plan officiel, des relations d’Etat à Etat, Chirac dans sa politique arabe et africaine a en permanence privilégié ses relations personnelles. Il a beaucoup été reproché à Chirac, sur la Palestine par exemple, de ne pas avoir eu de vision de règlement d’ensemble du problème dans un contexte d’un Moyen-Orient devenu de plus en plus complexe, et d’avoir été toujours influencé par feu son ami Yasser Arafat ou encore sur le Liban, par feu son ami Hariri. Ces amitiés personnelles ne lui ont pas permis d’agir sur les conflits, ni en Palestine ni au Liban, et ses prises de position ont souvent été qualifiées de simples postures. Avec l’Afrique, Chirac a poursuivi la politique du fameux réseau «françafrique » initiée sous de Gaulle par le très puissant Jacques Foccart (alors secrétaire général de l’Élysée et patron des services secrets) et par Pasqua et une nuée d’acteurs économiques, politiques et militaires. L’objectif étant naturellement de continuer à s’accaparer les matières premières, en concourant à la mise en place de dirigeants acquis à la France et plus soucieux de leurs portefeuilles que de l’indépendance réelle des pays qu’ils dirigent. L’état de guerres déclarées ou latentes dans lequel se trouve aujourd’hui le continent est le résultat de cette constance française dans ses rapports aux «anciennes colonies». Avec l’Algérie, les relations n’ont pas été simples. Si les sentiments d’amitié qu’a développés Chirac avec le président Bouteflika avaient auguré de relations privilégiées et de perspectives très prometteuses, le cours des événements est venu entraver ces perspectives prouvant que l’on est allé trop vite en besogne. D’un côté comme de l’autre, l’on a oublié le lourd héritage laissé par les 130 années d’occupation française. Ca laisse des traces et la plus importante est sans conteste, aujourd’hui, la lecture pour le moins opposée que l’on a du passé colonial. Même si, sous la pression des Algériens et aussi de français anticolonialistes, Chirac a fait supprimer par le Conseil constitutionnel l’article 4, le plus contesté de la loi du 23 février 2005, il n’en demeure pas moins que cet épisode a contribué à mettre en relief l’impossibilité encore de tourner la page et a révélé aux Algériens que la France ne s’est pas encore départie de sa «grande mission civilisatrice dans sa conquête coloniale» et que l’on est loin de voir, avec Chirac et encore plus avec celui qui lui succède, l’ancien occupant demander pardon de ses crimes dans notre pays. Mais là n’est pas le seul différend qui a opposé ces dernières années Chirac à notre pays. La position de la France quant à la décolonisation du Sahara occidental est une grande plaie ouverte. En tant que membre du Conseil de sécurité, la France a toujours bloqué toute décision en mesure de débloquer la situation. Cette entrave, là aussi, s’explique par les liens très étroits qu’a toujours entretenus Chirac avec le Maroc de Hassan II et de son héritier sur le trône. Des liens tellement étroits (et même familiaux) le conduiraient d’ailleurs, selon certaines informations parues ces derniers jours, à aller au Maroc passer quelques jours, dès la passation des pouvoirs avec Sarkozy.
K. B.-A.

Ce que dit Chirac de Bouteflika
Dans L’inconnu de l’Elysée, biographie du journaliste Pierre Péan, parue aux éditions Fayard en février 2007, Jacques Chirac qui explique (pages 221 et 222) son épopée Algérie française en ces termes «puisque la France avait décidé — à tort ou à raison — que l’Algérie devait rester française, eh bien, j’apporterais ma contribution : c’était un choix fondamental», évoque, un peu plus loin, dans ces mêmes pages, le chef d’Etat algérien en ces termes : «Bouteflika est un personnage complexe, mais je l’aime bien. Il déteste cette période coloniale, mais ne me le dit pas trop, car il est poli. C’est un sujet que nous avons en général esquivé. C’est lui qui m’a cité un livre écrit en arabe par un ancien chef de la wilaya de l’Oranie, qui me consacrait quelques pages : «Il y avait dans la wilaya une unité qui était commandée par un dénommé Chirac, et je tiens à faire l’éloge de cet officier français… parce qu’il a toujours été d’une totale correction avec les gens de la wilaya. Il n’y a jamais eu un problème.» Chirac poursuit : «C’est vrai (…) j’avais un nerf de bœuf, et au moindre manquement de mes hommes — j’entends : quand l’un deux voulait forcer la porte des maisons quand c’était pas nécessaire, mettre la main aux fesses des filles, enfin vous voyez le genre…— je m’en servais.» Jacques Chirac poursuit en racontant que lors de sa visite officielle en Algérie : «Bouteflika organisa une grande réception réunissant beaucoup de gens qui ont combattu la France. Il lui présenta une femme qui avait fait sauter un café français à Alger, puis l’ancien chef de wilaya qui lui avait consacré quelques pages.» «Tous deux sont montés sur scène et me sont tombés sur les bras. Cela ne m’a pas choqué, et je les ai embrassés de bon cœur.»
K. B.-A.

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