Le Soir des Livres : SIGNET
Libre


Shamy Chemini est ce qu’il convient de qualifier de cas atypique dans le monde de la création. Cet autodidacte intégral est obligé, au lendemain de l’indépendance, de se rendre en France pour des soins. Il quitte sa vie de berger sur des terres rocailleuses pour confronter ses yeux d’adolescent à un monde complètement différent, celui de l’immigration à Paris.
Mais son manque d’instruction n’est pas un frein à la soif de connaître et de faire condensée dans cet artiste boulimique. Au début des années 1970, il est de l’aventure de la création, dans l’immigration, du groupe de musique kabyle «Les Abranis». Ces pionniers ont, en donnant un son rock à la musique des montagnes, ouvert une piste qui allait changer la tournure d’une culture. Ils ont réveillé la modernisation de la musique et, ce faisant, permis l’émergence d’artistes qui ont porté cette musique très loin dans l’universalité. C’est sans doute la vocation des pionniers. Shamy, qui a toujours une idée sur le feu, n’est pas du genre à se ronger les ongles. Une fois la mission des «Abranis» terminée, il vole de ses propres ailes. Il se met alors à écrire des livres. Bien sûr que, quel que soit ce qu’on peut penser de cette littérature de l’urgence, cela n’enlève rien à cet auteur qui éprouve deux fois plus de difficultés à écrire ses livres et qui a, proportionnellement, deux fois plus de mérites. Et si la série «Orgueilleuse Kabylie» a fait vibrer, par un titre-slogan, la fibre de milliers de lecteurs, on doit à l’objectivité qu’il y a quelque chose derrière la vitrine. Le dernier roman de Shamy Chemini, La fiancée du soleil, confirme le besoin de poser des problématiques sociales à travers la littérature. Même si Shamy affirme ne pas croire à la vertu libératrice de la littérature, il y a lieu de noter qu’il utilise les mots pour enlever des chaînes. Libre à lui de nommer comme il l’entend cet acte libérateur. Il est difficile de classer un auteur comme Shamy dans une catégorie. Du reste, c’est ce à quoi il aspire : être libre et ne ressembler à personne.
Bachir Agour

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable