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«Abdekka bientôt à Blida.»
C’est grave à ce point ?
Allez ! Allez ! En rang. On se prépare pour dimanche. On s’entraîne sec pour
ce rendez-vous important messieurs les nouveaux députés. Le geste ample, franc,
sans fioriture, direct, clair, ferme et décidé. A mon signal, tous ensemble ! 1,
2, 3, on lève le bras droit bien haut, bien droit. Eh ! Oh ! Vous là-bas, au 3e
rang, pourquoi ne levez-vous pas le bras comme vos collègues ? Parce que vous
êtes gaucher ? Mais on s’en fout que vous soyez gaucher, droitier ou ambidextre
! On vous demande juste de lever un bras, n’importe lequel, au moment du vote
pour signifier que vous êtes d’accord. Regardez votre pote du FLN ! Il lève les
deux bras en même temps le bougre. Prenezen de la graine. Bien ! Très bien !
Nous allons passer à des exercices d’assouplissement spécifiques à notre chère
APN. Un travail sur les cervicales. Doucement au début afin de chauffer un peu
les articulations. Au top, on y va ! 1, 2, 3, allez ! Vers le haut, puis vert le
bas, vers le haut, puis vers le bas. Non Madame Louisa, surtout pas ça ! Jamais
de mouvements latéraux. Abadan. On vous l’a pourtant assez répété toutes ces
dernières années. De bas en haut, le cou, jamais de gauche à droite. C’est bon ?
Les cervicales sont chaudes, bouillantes ? Bien ! Très bien ! On passe aux
mains, outil indispensable à tout bon député. On les ouvre bien larges, les
paumes les unes bien en face des autres et hop ! Au top ! 1, 2, 3 on applaudit
bien fort. Je n’entends rien ! C’est faible messiers dames ! Du nerf que diable
! Imaginez que vous venez de voter une augmentation de vos indemnités
parlementaires. Voilà ! C’est mieux ! Beaucoup mieux ! On attaque à présent la
dernière partie de votre entraînement. La plus délicate. Comment s’éclipser de
la plénière, en plein débat sur l’emploi ou sur les salaires sans se faire
remarquer, sans apparaître à l’écran ? Tout est dans le pas chaloupé, l’œil
perçant pour déceler le bon moment, celui où le caméraman de l’ENTV fait un long
focus sur le pupitre central. Ne jamais faire crisser votre fauteuil pour ne pas
éveiller de soupçons, sortir la jambe droite de la travée, pour tester le degré
de réactivité de vos voisins de rangée immédiats, la faire suivre prestement de
la jambe gauche, ensuite, tout le corps d’un coup, direction la sortie, la
cafétéria, le resto ou la discothèque de l’Aletti. Pour aujourd’hui, ça sera
tout ! Vous avez bien travaillé ! Rendez-vous samedi pour un dernier
entraînement, les ultimes réglages avant dimanche et votre installation dans
l’opulence. En attendant, ceux qui n’ont pas voté pour vous, la majorité des
Algériennes et Algériens fument du thé et restent éveillés à ce cauchemar qui
continue.
H. L.
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