Périscoop : BAZOOKA
Un moment d’émotion
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Au beau milieu de notre quotidien désespérant qui nous fait douter de nous-mêmes et de notre être, Nadia Cherabi Labidi nous livre un film, Derrière le miroir, qui fait passer un grand vent de fraîcheur sur nos miasmes et nous rend quelque confiance dans notre part d’humanité. Le film part d’une histoire banale qui arrive tous les jours, celle d’une fille-mère rejetée par sa mère et jetée à la rue par sa logeuse pour manque d’argent.
Elle affronte, dès lors, les tourments que vous imaginez pour assurer une survie à son enfant qu’elle finit par abandonner dans un taxi et se retrouver elle-même confrontée à tous les dangers qui guettent une jeune fille belle contrainte à errer dans les nuits d’Alger. Que deviendra son fils, que deviendra-t-elle, que fera le chauffeur de taxi et s’en tirera-t-elle ? Vous le saurez en voyant le film. Je vous en parle, précisément, parce que derrière une très belle histoire se profile une approche de la société ; une approche des tabous du patriarcat ou de ses restes et des dégâts que ces tabous peuvent provoquer ; de l’injustice profonde générée par ces tabous sur cette jeune fille ; une approche tout en nuance, de ce que notre société, contre les vents et marées de la régression et de la marchandisation des rapports sociaux, a pu conserver d’humanité, de bonté, de générosité à côté des autres aspects cruels, voire abjects. L’histoire, banale, n’est pas seulement celle qui a pu arriver à une voisine, à une proche. Elle devient progressivement la nôtre et nous voyons se dérouler le combat entre tous ces aspects de la société, car c’est bien notre société qui produit ce qui nous plaît et ce qui nous déplaît dans cette histoire. La même matrice donne l’atroce et donne le secours. Seule distingue les individus leur volonté de ne pas céder aux jugements expéditifs, de ne pas perdre leur compassion, à pénétrer le sens du malheur. Une analyse de la société qui nous lave de tous les raccourcis dans lesquels nous baignons avec plaisir malheureusement parce qu’ils nous évitent l’effort de voir et de trouver des motifs d’espérance.
M. B.

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