Mourad Boukella, directeur de recherche au Centre de recherche en économie d’application et de développement (Cread), professeur en économie à l’ENA et à l’université d’Alger, a animé jeudi dernier au centre culturel Ferrat-Ramdane de Bouzeguène une conférence-débat sur le thème du développement local en présence d’élus locaux parmi eux le maire d’Illoula-Ou-Malou et M. Allouche Mohamed, vice-président de l’APC de M’chedallah (Bouira) ainsi que du président de la Chambre du commerce et d’industrie du Djurdjura. Le thème a également attiré des étudiants en finances et en économie. Le professeur qui croit en le développement local «parce que désillusionné par le développement national» a déjà eu à présenter ce thème à Tamanrasset devant des universitaires et un panel d’hommes politiques axant cette fois-ci son intervention sur les résultats d’une enquête menée sur ce thème par quatre de ses étudiants auprès de 600 PME familiales de la wilaya de Tizi-Ouzou. Il s’agissait, a expliqué entre autres, cet éminent professeur hôte de l’association Igelfan, de chercher à savoir quel territoire donné est attractif par rapport à d’autres à l’intérieur des différentes régions de notre pays qui vit une phase de transition politique et économique en se basant sur les données des ressources naturelles, à côté des ressources créées par l’homme comme les infrastructures, mais aussi les ressources humaines immatérielles consistant dans les systèmes qui conduisent vers l’économie du savoir. D’emblée, l’orateur stigmatisera l’absence de volonté politique et de culture d’entreprise partant du résultat de l’enquête menée sur un échantillon de 80 entreprises dans l’agroalimentaire (28), les matériaux de construction (20), le textile (14) et le reste dans l’ISLE, les industries plastiques et les imprimeries et papier réparties entre 4 communes de Tizi-Ouzou (48), Boghni (10), Larbaâ-Nath-Irathen (18) et Tigzirt (4). Moins de dix entreprises ont une formation et possèdent un sens du management et une culture d’entreprise. L’enquête relève chez le reste des entreprises une peur de risques qui se traduit par une recherche de gains faciles. Elle fait ressortir également que le marché informel est plus pesant dans l’univers des entreprises de la wilaya de Tizi- Ouzou qu’ailleurs. En plus des lourdeurs administratives, les entreprises de la région, déjà peu dotées en infrastructures de base comparativement aux autres régions du pays se montrent quant à elles très critiques envers le secteur bancaire dominé par les banques publiques qui travaillent avec les anciennes mentalités. Ne bénéficiant par conséquent pas des coûts de réduction, les entreprises de Tizi-Ouzou se plaignent aussi du retard de la gestion du foncier industriel d’après les résultats de l’enquête qui s’est appuyée sur des données statistiques chez les différentes agences de développement qui font ressortir qu’en 2006, la wilaya a recensé 1139 projets déclarés (5e position au niveau national) révélant que la plus grande partie de ces projets n’a jamais vu le jour. Par ailleurs, l’enquête menée à la société de gestion immobilière a fait ressortir selon l’orateur qu’à septembre 2007, sur 903 projets agréés, 2/3 ont fait l’objet d’annulation après octroi du terrain et seuls 27 sont rentrés en activité. Pour les entreprises, la faute incomberait à ladite société qui n’a pas joué le jeu en s’acquittant des VRD. L’autre explication est à chercher dans le fait que les fonds gouvernementaux y afférents ne suivent pas en sus des problèmes de régularisation foncière, la viabilisation du terrain étant assujettie à la disponibilité du titre de propriété. Autre partie épinglée, les autorités locales qui ne jouent pas le jeu en ne délivrant pas les documents administratifs. L’orateur, qui relève que les entreprises aiment mieux travailler avec le secteur informel, suggère que la solution est dans l’élargissement des règles de la bonne gouvernance par la décentralisation et l’octroi de plus de pouvoir aux élus locaux et aux régions. Acquis qu’il faudra arracher par des moyens pacifiques. Intervenant lors des débats, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Djurdjura indiquera que le développement local ne suscite pas un grand intérêt politique en dépit du discours officiel soulignant à propos de l’attractivité territoriale que les zones industrielles de la wilaya de Tizi-Ouzou sont dans un état lamentable : «Ce sont des repoussoirs.» Certaines ont vu l’arrivée de gaz avant l’eau, révèle-t-il. Il citera le cas d’une zone industrielle où il y a en son sein un marché à bestiaux, un marché de fruits et légumes et un marché à véhicules. Le P/APC d’Illoula remettra quant à lui au goût du jour l’absence de prérogatives chez le maire réduit à un rôle honorifique s’interrogeant s’il y a réellement une volonté politique centrale. Le conférencier qui évoquera le rôle de la fiscalité locale «on est dans une économie de rente qui se passe de la fiscalité ordinaire puisque disposant de la fiscalité pétrolière» estime qu’il ne peut y avoir de volonté de structuration économique tant qu’il y aura le pétrole, les autorités politiques centrales n’acceptant pas de se dessaisir d’une infime partie de leur souveraineté. Concernant enfin les investissements étrangers, l’orateur indiquera que cela ne peut être une réalité que si nous encourageons le développement local citant à titre d’exemple l’agroalimentaire, un secteur stratégique dans lequel l’Algérie est à la traîne des 22 pays du Bassin méditerranéen au point où notre pays est incapable «de placer un kilo de pommes de terre en Europe». S. Hammoum
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