Actualités : SON NOUVEAU LIVRE EST SUR LE NET
Belaïd Abdesselam jette un pavé dans la mare


Belaïd Abdesselam, ancien chef du gouvernement sous l’autorité du Haut Conseil d’Etat, de juillet 1992 à août 1993, ne semble pas avoir succombé à la tentation du farniente.
Plutôt que d’obliquer un regard détaché sur les jours qui s’égrènent, comme l’ont fait bien d’autres hauts responsables politiques, il a choisi, lui, de replonger dans cette tranche de vie politique qui s’amorça un certain 8 juillet 1992 et qui s’acheva sans gloire, à proprement parler, treize mois plus tard, soit le 19 août 1993. Il y replonge pour accoucher d’un livre, balancé intégral sur le Net et dans lequel il taille des croupières à des adversaires qu’il nomme et qu’il accuse d’avoir fomenté et ordonné le sabordage de son action à la tête de l’exécutif. D’entre ces adversaires que Belaïd Abdeslam tient en joue, le général Mohamed Touati, qui fut au moment de son magistère, conseiller du ministre de la Défense. La diatribe que Abdesselam vient de signer sous forme d’un épais opuscule s’entend comme une réplique tardive à un propos médiatique du général vieux de six ans. Un entretien dans les colonnes d’ El Watan paru en 2001. Le général n’a pas été tendre avec l’ancien chef du gouvernement. Ce dernier, six ans plus tard, lui rend la «gentillesse ». Belaïd Abdesselam procède comme s’il s’agit de réagir à une grave offense, à un crime de lèse-compétence. S’il lui était possible de résumer son livre en phrase, Belaïd Abdeslam aurait pu écrire ou dire : je n’ai pas échoué parce que je n’avais pas su faire mais parce que d’autres ont tout fait pour que j’échoue. Et pour faire comprendre tout cela proposer en guise d’entrée en la matière une incursion dans la coulisse du HCE. Depuis cette rencontre dans une villa sur les hauteurs d’Alger avec Ali Kafi et Khaled Nezzar, jusqu’à ce moment fatidique où on lui signifia sa fin de mission. Belaïd Abdeslam s’est vu proposer la chefferie du gouvernement au cours de cette fameuse réunion. Il a accepté. Sans poser la moindre condition et sans se voir en signifier, affirme-t-il. Curieuse tout de même cette façon de s’engager dans une entreprise politique que de se dire : ils ne me demandent rien, ils connaissent mes positions, donc c’est parfait ! le deal dans ce qu’il n’y en a du tout pas. Belaïd Abdeslam le comprendra à ses dépens et, pour lui, c’était trop tard. Son gouvernement a fait relativement long feu. Ce n’est pas tant cela qui semble l’avoir décidé à s’expliquer. Ce qui fait jaillir son ire par salves c’est plutôt, mais surtout essentiellement la motivation officielle de son renvoi : l’échec dans sa mission. Bien entendu, Belaïd Abdesselam n’a pas noirci près de 400 pages pour «plaider coupable». Bien au contraire, il s’affirme toujours convaincu du judicieux de ses choix et options, politiques et économiques. Pour lui, si son action a souffert de l’inefficacité c’est uniquement parce que d’autres s’y sont immiscés pour y compris empêcher qu’elle soit même engagée. Ainsi, en est-il de l’état d’exception qu’il dit avoir proposé durant une transition de cinq années, mais qui essuya l’opposition de la haute autorité politique, le HCE. Et si sur ce chapitre, l’ancien chef du gouvernement avoue avoir eu droit à des explications, autrement dit que les formes ont été mises, il n’en aura pas, accuse-t-il, toujours été ainsi. Il fait étalage sur de nombreuses et longues pages de procédés sournois qui travaillaient à faire grincer la machine à chaque fois qu’il mettait un projet sur les rails. L’illustration, il la donne à travers l’inaboutissement de son projet relatif à l’échange des billets de banque. Il affirme que le projet est resté lettre morte faute de machine à imprimer les billets de banque en état de marche ou encore pour cause d’indisponibilité de clichés. Ce sont là les raisons techniques que la Banque d’Algérie avait avancées mais, six années après, Belaïd Abdeslam, a fini par s’éveiller à la décision politique qui laminait son projet en sourdine. Selon la même logique de blocage, comprend-il, son projet de code des investissements n’avait pas agréé les détenteurs de la décision politique en raison du fait qu’il postulait à soumettre à la question les investisseurs quant à l’origine de leur fortune. Le texte sera promulgué après son limogeage et expurgé de cette disposition. Abdesselam voit en ce charcutage une seule raison : la protection de bien des intérêts. L’ancien chef du gouvernement, qui revient sur le détail des péripéties qu’il a eu à vivre durant l’exercice de sa fonction, retient néanmoins deux principales causes ayant précipité sa chute : la directive qu’il émet à propos de cette commission de 30 millions de dollars que les responsables de l’entreprise italienne ENI ont versés à des partenaires algériens pour avoir un marché dans les hydrocarbures et son obstination à vouloir contourner les conditionnalités du front monétaire international que, accuse-t-il, les maîtres de la décision politique souhaitaient de toutes leurs forces. Il accuse Touati d’avoir travaillé à convaincre l’ANP à soutenir le rééchelonnement. Et dans sa description d’un univers où le coup fourré est omniprésent, le général Touati tient le rôle de l’instigateur en chef. Il lui consacre d’ailleurs de longs chapitres, comme dans une envie de se soulager d’une hantise devenue pesante au fil des années. Il lui répond de tac au tac, se défendant, il comprend, d’avoir fauté ou mal apprécié une situation. Un livre pour dire à Touati non je ne suis pas incompétent. Mais ça fait six ans que Touati a parlé. Belaïd Abdesselam consigne enfin quelques autres détails croustillants. Comme par exemple la mission confiée à Ahmed Taleb El Ibrahimi de faire entendre raison aux dirigeants de l’ex-FIS. Une mission soldée par l’échec. Et cet autre détail qui voudrait que la peine à laquelle ont été condamnés les dirigeants a été fixée au préalable, non par le tribunal mais par la décision politique.
Sofiane Aït Iflis



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