|
«Le ministre de l’Agriculture est le seul à avoir vu de
la pomme de terre à 30 DA le kg.»
Saïd, Barakat !
Lorsqu’il a fait cette déclaration, mon premier réflexe a été de regarder sa
main. Pour vérifier si son auriculaire était tordu, comme dans la série télé
culte Les envahisseurs. Lorsque le ministre de l’Emploi et du Travail a affirmé
que «le pouvoir d’achat des Algériens a augmenté de 66% entre 1999 et 2007»,
j’ai immédiatement pensé à un scoop formidable, l’info du siècle. Il y aurait,
dans une dimension parallèle à la nôtre, vachement parallèle, des êtres humains
quasi identiques à nous, estampillés Algériens comme nous, mais dont le pouvoir
d’achat aurait augmenté, contrairement au nôtre, nous, les Algériens de la
triste et plate dimension terrestre. Et ces Algériens d’une autre galaxie, ces
Algériens hyper-chanceux, épargnés par la récession, ignorés par la pauvreté,
oubliés par le chômage, Louh les a vus ! Il a même dû les rencontrer, leur
parler. Je ne vois pas d’autre explication. Et en même temps, je comprends toute
la détresse et l’irritation du ministre. Lui seul sait qu’ILS EXISTENT. Lui seul
connaît le pouvoir d’achat formidable dont ils disposent. Et lui voudrait nous
faire partager son secret. Pourtant, nous, incrédules au diable, méfiants comme
pas possible, nous ne le croyons pas. Exactement comme David Vincent essayait de
convaincre les Américains que les envahisseurs étaient parmi eux, et que les
Américains le regardaient comme un candidat sérieux à la cure de psychiatrie.
Pourtant, moi, accro de la première heure à la série télé, je ne jetterai pas la
pierre à Si Tayeb. Je ne ferai pas partie de ces bandes hystériques qui
tentaient de passer une camisole de force à David. Non ! Ma curiosité
professionnelle m’interdit de crier au canular. Peut-être que Louh sera bientôt
en mesure de nous fournir des preuves de l’existence de ces Algériens dont le
pouvoir d’achat aurait flambé ? Peut-être… Ou alors, c’est qu’il nous faudra
vachement surveiller son petit doigt à l’avenir. Et fumer du thé pour rester
éveillés à ce cauchemar qui continue.
H. L.
|