Nul ne peut nier que la société algérienne dans son ensemble et plus particulièrement les jeunes, est en pleine crise sociale et culturelle. La perte des repères culturels, la mondialisation et les modèles de société étrangers accentue cette crise. En pareille situation, le “sujet” cherche refuge vers des notions, des pratiques qui lui procureront, croit-il, la sécurité : médecine traditionnelle, voyance, surnaturel, etc. C’est ainsi que depuis quelque temps à Oran, une pratique qui remonte au Moyen Age est en vogue et fait même l’objet d’un commerce lucratif. Il s’agit en l’occurrence d’ el hijama “la saignée”. Ainsi, des témoignages de pharmaciens, de patients nous confirment qu’ el hijama se pratique désormais ouvertement posant un problème d’éthique et remettant même en cause les notions de médecine moderne. “Plusieurs de mes clients m’ont avoué la faire soit chez des particuliers connus pour être bons ou carrément chez des médecins qui la font aussi !” nous explique Nawel une pharmacienne qui avoue avoir été tentée de la faire, mais craint de se retrouver avec des problèmes avec l’administration et alors même qu’il y a un risque évident. Une femme nous explique qu’elle a eu recours à el hijama et très sûre d’elle, elle nous explique : “C’est connu, c’est bon pour la santé, celui qui s’y connaît peut guérir plus de 300 pathologies, suivant votre problème, on nous enlève 2 à 20 verres ça dépend…”. Le coût d’une séance varie de 500 DA à 1500 DA, nous dit-on encore. C’est, en fait, un revers, pour la médecine moderne et sa pratique dans nos établissements de santé. Le système de santé dans notre pays s’avère incapable d’assurer les soins de base, et prévenir les épidémies, les contagions et pour ce qui est de la prise en charge des pathologies lourdes c’est pire. Le coût des soins pour les familles aux revenus modestes est encore un élément de plus qui jette vers le recours à la “médecine traditionnelle” des dizaines de personnes. Par ailleurs, une autre pratique qui est aussi ancienne et qui se faisait généralement dans un cercle discret est celle de la voyance : les cartes, les lignes de la main sont sollicitées tout autant. Ce phénomène qui attire surtout les femmes, mais pas uniquement, attire de plus en plus les hommes et aujourd’hui à Oran, une séance de voyance peut se faire dans la rue, sur le trottoir le plus normalement du monde. C’est ainsi que certaines diseuses de bonne aventure auraient élu domicile au quartier d’El-Hamri près du stade Ahmed-Zabana . Moyennant 200 DA, le client peut s’offrir un avenir reluisant ou dramatique ça dépend de ses lignes. Avoir un signe, même irrationnel de ce qui nous attend, de ce vers que l’on tend est une manière de se rassurer quand les gouvernants s’avèrent incapables de projeter pour la société un programme, un projet social. Fayçal M.
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