Mercredi 29 Août 2007
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Actualités : AU COEUR DES FLAMMES AVEC LES GARDES FORESTIERS DE CONSTANTINE
Quand la pelle remplace le canadair


Plus de 50 hectares de pâturages et de forêts ont été ravagés par les flammes dimanche dernier à Constantine. Notre reporter qui rendait visite ce jour-là à la Conservation des forêts précisément pour s’enquérir du bilan des sinistres causés par le feu depuis le début de l’été est témoin de la première alerte. C’est le branle-bas de combat. Il décide de suivre, au cœur des flammes, les gardes forestiers qui ont vécu cet été une saison particulièrement éprouvante. Reportage.

«Voilà nos hélicoptères !» ironise un sapeur-pompier en essayant de circonscrire les flammes avec une branche d’eucalyptus. Le terrain accidenté de la forêt de Djebel-El-Ouahch est inaccessible pour le camion-citerne de la Protection civile d’autant plus que le rayon d’action de son dévidoir ne dépasse pas les 80 mètres. Le vent, qui souffle dans tous les sens, a mis à rude épreuve aussi bien les pompiers que les gardes forestiers qui ont mobilisé tous les moyens de bord pour faire face aux feux qui se sont déclenchés sur plusieurs fronts. Et n’étaient l’intervention du consortium japonais (COJAAL), en charge de l’exécution d’un tunnel traversant le mont de Djebel-El- Ouahch, les dégâts auraient été plus importants. Le feu s’est déclenché vers 12h30 du côté de la ferme Massali, sise à Merdj-ERoth à quelques kilomètres de la clôture du parc de Djebel-El- Ouahch. Les flammes, poussées par le vent, se sont vite propagées aux terrains de parcours limitrophes à la forêt. La végétation, constituée essentiellement de paille et autres gîtes de la faune locale, a été détruite. Les animaux (lièvres, corneilles et autres reptiles), encerclés par les feux, courent à hue et à dia pour fuir l’enfer. La fumée a formé des nuages asphyxiants au-delà du périmètre sinistré. «Ce sont les éleveurs de la région qui sont derrière ces feux», accusera le chef du service de la protection auprès de la Conservation des forêts de Constantine, M. Didine Saïghi en l’occurrence. En route vers un foyer de feu à bord d’une Toyota- Station, dotée d’un petit réservoir et d’une motopompe, ce responsable expliquera que la paille n’est plus consommable par le bétail dès qu’elle se dessèche et que les maquignons procèdent à sa destruction par le feu afin de renouveler les pâturages. L’état déplorable des chemins forestiers a poussé le chauffeur du 4x4 et pas moins chef du district de Djebel-El-Ouahch à emprunter des pistes tracées, aménagées par les Japonais afin de faciliter la mobilité de leurs engins — pour se rendre au front qui n’est pas loin de la centrale à béton de COJAAL. Les Nippons ont même érigé un rond-point devant le parc des engins, convenablement intégré dans son environnement, pour couronner le système de signalisation hautement précis, mis en place à même la montagne dans le but de rendre fluide la circulation. De la clôture du parc, il ne reste que la fondation qui sert actuellement comme point de repère aux gardes forestiers. «Les barreaux en acier, placés dans les années 1980, ont été volés», précise Nadjib, le chef du district. Il est 13h. Les quelques éléments de la Conservation des forêts qui étaient sur place, collaborent avec les pompiers dépêchés pour faire face au sinistre du côté de la ferme Massali. Le renfort de la Protection civile n’est pas encore arrivé et les flammes qui se déplacent à une vitesse foudroyante viennent à bout des framboisiers qui bordaient la piste, plus ou moins goudronnée, jouxtant la clôture du parc. Le feu poursuit sa course vers le nord en direction du hameau dit Ksar El-Kallal et vers l’est en direction des eucalyptus de la forêt récréative de Djebel-El- Ouahch. La forêt n’est plus qu’à 300 mètres environ et le réservoir de la Toyota s’est rapidement épuisé. M. Saïghi décide de solliciter l’aide des Japonais. À bord du 4x4, Nadjib qui connaît parfaitement le terrain, prend, vers 14h, la direction de la centrale à béton. Dans un français approximatif, il a sué pour transmettre le message aux responsables de cette unité de la COJAAL. L’un de ses derniers, qui a tenu une longue conversation avec ses supérieurs, l’avait rassuré et décidé de le guider vers le parc d’engins, situé en bas à la sortie nord du tunnel. En vain. Tout le matériel était sur chantier. Il prendra, alors, la voie du retour via des raccourcis, des cours d’eau pour rejoindre rapidement le point de départ. La majorité des chemins forestiers sont barricadés de pierres. «C’est l’œuvre des bergers », assène Nadjib. La montre affichait 15h. Sur place, l’on apprend que le front du côté de la ferme de Massali est maîtrisé à 100%. Les gardes forestiers ont rejoint le renfort de la Protection civile (un camion-citerne et huit pompiers) pour participer à l’extinction des flammes au niveau de ce flanc. D’autres volontaires parmi les riverains ont également adhéré à l’action des sapeurs-pompiers. Cependant, l’autre camion-citerne d’incendie (CCI) a été maintenu sur place pour parer aux feux en cas de reprise. Mais, le CCI mobilisé a vite épuisé ses réserves. Pis encore, il ne pourra plus accéder aux surfaces parcourues par les flammes. «Les feux de forêt nécessitent des bombardiers d’eau. Si nous disposions de canadairs, ces feux ne devraient pas parcourir toute cette flore», déplore l’un des pompiers qui ont poursuivi, avec courage, faut-il le signaler, leur travail, manuellement, à l’aide de branches feuillies d’eucalyptus. En dépit du massif rocheux, les flammes ont continué de ravager les terrains de parcours et ce, jusqu’à la limite de la forêt. Vers les coups de 16h30, elles attaquèrent les arbres sous le regard impuissant de tous les présents. Débordés, les pompiers comme les gardes forestiers n’avaient plus qu’à espérer un miracle. Fort heureusement, une fois de plus, les Japonais décident d’intervenir. Ils avaient déjà, il y a quelques jours, participé à la sauvegarde de cette forêt. Des bulldozers appartenant à un sous-traitant de Oued-Souf commencent vers 17h10 à niveler la terre pour barrer la route aux flammes. Le feu a été ainsi maîtrisé vers 18h. Une demi-heure plus tard, une petite reprise est signalée et est rapidement circonscrite, manuellement par les pompiers. Bilan : plus de 50 hectares de pâturages et pas moins de 5 autres de forêt ont été dévastés.
L. H.

Un bilan alarmant
Le feu qui s’est déclenché dimanche dernier à la forêt de Djebel-El-Ouahch fut le 26e sinistre à Constantine depuis l’avènement de la période des grandes chaleurs. En fait, le bilan est très lourd et les origines de ces flammes ne sont pas encore identifiées. La surface parcourue par les flammes est de 1 474 hectares dont 165 hectares de forêt, 1 163,5 hectares de broussailles et 145,5 hectares de pâturages. Ainsi, la forêt de Djebel-El- Ouahch, Draâ-E-Nagha, El-Meridj, El-Djebbas, Hadj-Baba Chettaba ont été, toutes, partiellement dévastées par les flammes. Des sites paradisiaques classés zones d’expansion touristique ayant vu leurs richesses florales endommagées. Des milliers d’arbres de pin d’Alep, de chêne-liège, d’eucalyptus, de chênes… ont été réduits en cendres. Ces chiffres restent, cependant, approximatifs dans la mesure où les moyens utilisés par la Conservation des forêts dans l’estimation des dégâts sont caducs. Si les surfaces forestières ravagées sont calculées en fonction du nombre des sujets calcinés, précisément 150 arbres par hectare, celles des broussailles et des pâturages sont estimées à l’œil, autrement dit, c’est l’expérience des gardes forestiers qui détermine l’ampleur des pertes. Aussi, la Conservation des forêts fait des levés topographiques par un théodolite et calcule les dégâts en fonction de l’échelle des cartes géographiques exploitées. Cette méthode, selon un forestier, prend beaucoup de temps et de ce fait, son administration compte amplement sur l’expérience de ses agents. Par ailleurs, la Conservation des forêts a lancé bien avant la période des grandes chaleurs une campagne de sensibilisation auprès des agriculteurs. Cette campagne a été couplée à un plan d’action qui consiste dans la réquisition des moyens matériels des entreprises publiques et privées implantées à proximité des forêts et ce, en cas de catastrophe. Mais la portée de ce plan est limitée parce que les moyens d’intervention aussi bien matériels qu’humains, de la Conservation des forêts comme ceux de la Protection civile sont inadaptés à ce genre de sinistres et aussi, insuffisants. Il est également à signaler que le bilan des feux de récoltes n’est pas mince, voire jamais atteint à Constantine par le passé. La canicule ayant touché la région ces derniers mois ainsi que la bêtise humaine ont provoqué des centaines de foyers de feu à travers le territoire de la wilaya qui ont ravagé des milliers d’hectares de céréales. La Protection civile a enregistré 276 interventions et comptabilisé 3596 hectares de pertes dont 1097 hectares de blé dur, 1131 h de blé tendre, 282 h d’orge, 53h d’avoine et 1018h de chaume en plus de 49 602 bottes de foin et 2 289 arbres fruitiers.
L. H.

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