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“Driss Basri est mort. Les tyrans mourront tous un jour ou
l’autre. C’est une question de temps.»
Et je trouve le temps long !
Je suis toujours émerveillé devant la candide patience de certains de mes
confrères, à commencer par mon propre journal. Eh oui ! Comment peut-on
sérieusement, raisonnablement se poser cette question affichée en caractères
gras sous la photo du gus, en Une : «Que dira Belkhadem?» M’enfin ! Les cocos !
Regardez bien la photo. Appréciez le regard. Décryptez le front. Parcourez la
barbe. Plongez dans les yeux. Voyez ce qui fait tache. Que voulez-vous que cette
personne vous dise ? Qu’attendez-vous d’elle vraiment ? Plus brutalement,
pensez-vous sincèrement que ce gars-là est là pour vous dire des trucs qui vont
faire avancer les choses ? Avez-vous cru un instant, une seconde, une fraction
de seconde que Abdelaziz II allait enfin expliquer l’absence de Abdelaziz I,
énoncer les mesures énergiques pour éviter le double attentat social de cette
rentrée ou encore décrire dans le détail les instructions fermes données au
ministre de la Santé afin d’éviter que la moitié de la population ne meure de la
typhoïde et que l’autre ne succombe à la mystérieuse maladie de Bel-Abbès ?
C’est pas son boulot au monsieur sur la photo ! Kounou aâklin ya dj'maâ ! Lui,
il est juste là pour dire des machins qui ne sont compréhensibles que par lui et
par ses copains de fortune. Lui, il est là pour prononcer des phrases à faire
renoncer à son métier le meilleur des ébénistes. Des phrases du genre «Nous
veillerons à ce que cette rentrée se déroule dans les meilleures conditions. Les
citoyens ne manqueront de rien incha Allah. Les prix seront abordables. Et le
Ramadan, cette année encore, plus que l’année dernière et moins que l’année
prochaine sera un mois de piété, de fraternité et d’unité entre frères ! »
Alors, après cette bordée, après cette tirade, vous tenez toujours à savoir ce
que va dire ou ce qu’a dit Belkhadem ? Je vais vous faire un aveu. Nous sommes
mercredi. Le chef du gouvernement a parlé hier mardi à la presse. Eh bien, je
suis tellement écœuré par tout ce cinoche que j’ai tout simplement refusé
d’appeler le journal pour savoir ce qu’il a balancé à la figure de mes
confrères. Ce n’est pas professionnel ? Oui ! Mille fois oui ! Je le reconnais.
Mais reconnaissez-le aussi à votre tour : de temps en temps, une diète de
Belkhadem, un refus de s’alimenter de ce que ce gars-là peut bien essayer de
nous vendre, c’est vachement bon pour la santé. Et pour le moral. Hein ? Je fume
du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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