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«Le président bientôt en visite dans le sud du pays.»
Ohé ! Y a quelqu’un ?
C’est tout de même rassurant ! Savoir que vous pouvez encore contrôler
quelque chose, que vous êtes en mesure de donner des ordres à une partie de
vous, ça apaise l’esprit. Et hier, par une journée qui hésitait entre l’automne
et les miasmes d’été, j’ai ordonné fermement à mes pieds et à mes jambes de ne
pas aller aux rassemblements contre le terrorisme et pour la réconciliation.
«Non ! Ai-je dit à mes guibolles ! Vous ne marcherez pas !» Interloqués, stoppés
net, mes membres inférieurs m’ont regardé par le trou de la chaussette sans
vraiment comprendre. Pédagogue avec les autres, je ne voyais pas de raison
majeure de ne pas l’être avec mes propres pieds. J’ai donc patiemment expliqué
le pourquoi du comment de cette interdiction : «Chères guibolles qui me portez
tous les jours vaillamment, et Dieu sait que c’est là une très lourde tâche, en
être se targuant d’être toujours empreint d’un peu de logique, je ne peux pas
vous laisser marcher pour dénoncer le terrorisme et, dans le même temps, pour
soutenir celui qui libère plus de 3000 tangos. Ça ne correspondrait pas à mon
mécanisme de pensée. Et dans le mécanisme de pensée qui vous commande ô fidèles
guibolles, celui qui libère des diplômés en chimie et qui bafouille ensuite
devant les micros et les caméras «qu’il ne comprend pas que l’on s’en prenne à
lui, l’homme de paix», celui-là ne mérite pas que mes pieds s’usent le durillon
à le soutenir. A l’origine du raffut, du problème, il y a lui, lui et encore lui
! Si, très chers pieds, vous voulez marcher pour dénoncer quelque chose, allez !
Courez ! Volez au-dessus du pavé et dénoncez celui qui a ouvert la cage aux
drôles d’oiseaux qui font boum. L’avantage avec mes guibolles, c’est qu’elles
peuvent penser un instant qu’avec l’âge, je suis devenu un peu casse-pieds, mais
en dernière instance, au moment de lasser les chaussures, elles se rangent
toutes les deux de mon côté. Ce qui est tout de même plus pratique pour la
locomotion. Elles m’ont donc obéi. Tout en manifestant quand même, sous la forme
de fourmillements, leur impatience de marcher enfin aux côtés de milliers
d’autres pieds et de jambes pour dénoncer le vrai détonateur des derniers
attentats, celui que l’on croit être la cible mais qui est derrière tout ça. Un
homme dont le nom de code serait «La Main d’Ici». Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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