Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Le piège des prières en plein air
Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com


C'est le monde à l'envers : ils lancent une mode, la propagent, ici par la persuasion, là par la force (armée) de l'habitude, puis ils se rebiffent dès que les autres font mine de se mettre à la page. Ce sont les dirigeants du Hamas palestinien qui se mordent la queue à Ghaza. Vous savez : cette ville où, entre deux mosquées, vous trouverez fatalement une mosquée. Grâce au Hamas et à l'argent des monarchies pétrolières.

Pendant des années, voire des décennies, les islamistes palestiniens ont construit, conquis ou reconquis des édifices du culte. Ils se sont avisés ensuite que les ruelles et les terrains vagues entourant ces lieux devaient aussi leur appartenir. Ils ont donc lancé et imposé la prière collective du vendredi sur la voie publique, là où la voirie et l'eau passent rarement, à cause des restrictions israéliennes. C'est ainsi que les services religieux se sont transformés en meeting au service du Hamas sous le regard attendri des deux parents adultérins l'Etat sioniste et la monarchie saoudienne. Comme tout ce qui tend à faire tache d'huile, le rituel du vendredi a donné des idées à d'autres. Le Fatah, mouvement rival du Hamas évincé manu militari de Ghaza, et ses "barbéfélènes" se sont dits : "Pourquoi pas nous aussi ?" Interrogation tout à fait légitime, au demeurant, et mise en conformité avec la Charia, par décret. Après avoir fait le dos rond, et pratiqué la "takia" (dissimulation), les militants du Fatah ont décidé de proclamer leur ardente foi sous le soleil de Ghaza qui ne l'est pas moins. Le vendredi 31 août, ils ont donc déserté les mosquées, contrôlées par les prêcheurs du Hamas, pour les places et les terrains vagues. Comme le prescrivent les usages intégristes en pays arabes, le meeting politique a dégénéré en manifestations violentes. La milice du Hamas a réagi avec force et les nouveaux maîtres de Ghaza ont décidé d'interdire désormais la prière dans les rues. Le gouvernement de Ramallah a donc lancé un appel à des prières publiques pour vendredi dernier. L'ordre serait venu du président Mahmoud Abbas, respectueux de la tradition arabe et qui a assisté sans broncher à la reprise en main des mosquées par le Hamas. Moins timorés et plus déterminés que les autres, les miliciens du Hamas ont montré qu'ils étaient prêts à en découdre. Hamas est au service de Dieu et les maisons de Dieu, ainsi que les rares espaces qui les entourent, sont donc au service du Hamas ! Oui à la réconciliation interpalestinienne mais sur la base des avantages acquis. Mahmoud Abbas a donc reculé mais cela n'a pas empêché ses militants de se faire tabasser. Le Hamas est maître de Ghaza et entend le demeurer. C'est pour cela qu'aucune parole de compassion pour les victimes de l'attentat de Batna ne s'est élevée des minarets de Ghaza ou même de Cisjordanie. Vous me direz qu'on n'a rien entendu aussi du côté des enclaves algériennes de Ghaza. Comme Mahmoud Abbas, nous avons livré nos mosquées au bon vouloir de l'internationale islamiste. Alors que des Algériens meurent faute de soins, nous accueillons ses dirigeants dans nos hôpitaux. Mieux : nous le faisons savoir urbi et orbi. Nous proclamons à la face du monde que Karadhaoui est notre beau-frère, ce qui veut tout dire. Comment voulez-vous, après ça, que nos imams condamnent l'attentat de Batna où pas un seul Palestinien ou Qatari n'a été tué ? Pas de politique dans les mosquées, autre que celle estampillée par l'internationale intégriste. Haro sur les Américains ! Sus aux chiites d'Irak et d'Assi-Youssef (1) ! Mort aux juifs et aux chrétiens impies ! En dehors de ces créneaux, ne comptez pas sur eux pour s'émouvoir sur leurs frères algériens, violemment rayés des listes de jeûneurs à une semaine du Ramadan. En ce dernier vendredi de chaâbane, ce n'est pas à l'ordre du jour des imams fondamentalistes que l'Algérie a formés de façon inconsidérée. Mais si la violence perdure, on dira que l'Islam n'a rien à voir avec ces kamikazes qui se font exploser au milieu de la foule. Ce qui est une façon de laver les musulmans de l'opprobre alors qu'ils s'évertuent à envoyer sur le terrain du djihad des cohortes de jeunes exaltés. C'est trop facile de désigner un ennemi extérieur alors que les exécutants sont la chair de notre chair. Sans coup férir, les gens qui ont interdit le FIS sont en train d'appliquer son programme avec un zèle et des résultats inespérés. Pourquoi un parti politique islamiste alors que tous les partis légaux ou presque piétinent dans la même ornière ? Le FIS a peut-être perdu en tant que tel mais son étendard, virtuel, flotte partout et son hidjab est sur (dans) toutes les têtes. En fait, nous refusons de voir les causes réelles du terrorisme pour ne prendre en compte que ses effets. Ceux qui tuent des Algériens au nom de Ben Laden sont des Algériens. Ils sont des milliers, voire des millions d'admirateurs du terroriste saoudien. Et s'ils sont ainsi, c'est parce qu'ils ont acquis des prédispositions dans nos écoles et dans nos mosquées. Ceux qui réclament plus de Charia dans notre enseignement pour bloquer toute réforme salvatrice, travaillent objectivement pour Ben Laden. En excommuniant post-mortem ces jeunes kamikazes et en fermant les yeux sur leurs maîtres à penser, nous faisons justement le jeu de Ben Laden. Il a raison d'exulter, le bougre, et se teindre la barbe en noir. Pendant qu'il planifie ses attentats, sa famille travaille à faire fructifier sa fortune. C'est avec le nerf de la guerre, les complicités et l'influence de clans que Ben Laden reste introuvable. Encore faudrait-il accepter comme vérité absolue que les Américains veulent vraiment le capturer. En attendant, les affaires de la famille prospèrent, et aux Etats-Unis mêmes où les Ben Laden sont associés aux Bush. La dernière intervention de la famille a consisté à jouer les Ponce Pilate en ce qui concerne les attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Les avocats du Groupe Ben Laden viennent de rejeter toute responsabilité de la famille dans ce drame. Ils affirment que les Ben Laden ont contraint Oussama à interrompre ses activités au sein du groupe depuis 14 ans. On sait que des rescapés et des parents de victimes du 11 septembre 2001 ont intenté plusieurs procès à l'entreprise Ben Laden pour demander des milliards de dollars à titre de réparations. Leur argumentation repose sur le fait que le groupe a prodigué aide et assistance financière à Al Qaïda, avant le 11 septembre 2001. Le président du groupe, frère utérin de Ben Laden, a été l'un des principaux financiers de l'organisation. La firme Ben Laden est considérée comme l'une des plus grosses entreprises de construction dans le monde arabe. Ses actifs sont évalués à 5 milliards de dollars et elle est présente sur les plus gros chantiers d'Arabie saoudite et du monde arabe et musulman, comme l'agrandissement de l'aéroport du Caire, précise le magazine Elaph. Les réactions à ces informations montrent cependant que Ben Laden n'a pas que des partisans dans le monde arabe. Un lecteur affirme que ce ne serait que justice que la famille indemnise toutes les victimes du 11 septembre 2001. Les enfants d'Oussama devraient même donner tous leurs vêtements, en particulier son fils Amr qui voyage partout et qui vient de se marier en Angleterre, ajoute-t-il. Commentaire d'un pauvre et futur riche marocain du PJD islamiste : "La corruption est arrivée première et nous sommes seconds". En effet, arriver seconds juste derrière les corrompus, ça prouve qu'on a des aptitudes certaines.
A. H.

(1) J'ai appris avec fierté que mon village natal comptait désormais une dizaine de chiites identifiés, en plus de la vingtaine de chrétiens déjà repérés.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/09/10/article.php?sid=58317&cid=8