Actualités : TÉLÉPHONIE FIXE
Lacom en sursis


On le dit agonisant, en faillite ou encore en instance de disparition, les rumeurs sur le dépôt de bilan de l’opérateur privé de téléphonie fixe, le Consortium algérien de télécommunications Lacom, ne cessent d’enfler depuis quelques mois.
Une chose reste certaine, Lacom fait face à d’importantes difficultés financières. Selon un ancien cadre de l’entreprise, “cette situation résulte du non-respect par Algérie Télécom (AT) de certaines règles concurrentielles” que doit faire respecter l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT). A en croire notre interlocuteur, ”la libéralisation du marché de la téléphonie fixe n’a pas été accompagnée d’une levée du monopole de l’opérateur historique sur l’exploitation des lignes téléphoniques ou ce qu’on appelle dans le jargon de la téléphonie le dégroupage, freinant ainsi le processus du développement du réseau Lacom”. ll convient de souligner à ce sujet que le dégroupage est une opération technique permettant l'ouverture du réseau téléphonique local appartenant à l’opérateur historique aux opérateurs tiers. Le dégroupage permet donc aux opérateurs tiers d'accéder à cette boucle locale, soit en partie par le biais du dégroupage partiel, soit en totalité par le biais du dégroupage total. Pourtant, la loi oblige l'opérateur historique à fournir un accès dégroupé à la boucle locale aux autres opérateurs. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce droit d’exploitation de la boucle locale d’AT a été accordé à un provider privé algérien qui offre la voie sur IP mais pas à l’unique concurrent qui pourtant offre le même service. Après l’achat de la licence en mai 2005, pour 65 millions de dollars, Lacom a investi plusieurs dizaines de millions de dollars dans l’installation des équipements et matériels pour asseoir sa position. Beaucoup d’argent mais également de temps (perdu), qui a permis à l’opérateur public de prendre une longueur d’avance sur son unique concurrent. Le non-respect par AT des règles concurrentielles est allé crescendo avec le lancement de promotion à des prix défiant toute concurrence. Une offensive qui accéléra la débâcle de Lacom qui essuie, malgré la multiplication des offres promotionnelles, d’importantes pertes. Des pertes énormes et un environnement concurrentiel malsain qui ont poussé l’un des actionnaires, Egypt Telecom en l’occurrence qui forme avec Orascom Telecom Holding SAE la joint-venture Lacom, à envisager son retrait du marché algérien de la téléphonie fixe. Se plaignant de «concurrence déloyale», le président du conseil d’administration du groupe Egypt Telecom avait imputé les pertes enregistrées par son entreprise aux mauvaises performances de sa filiale algérienne, Lacom. «Egypt Telecom est toujours partie prenante de Lacom et aucune procédure de mise en faillite n’a été engagée», nous assure-t-on à la direction générale de l’opérateur. Notre interlocuteur reconnaît néanmoins «une baisse de l’activité et la suspension provisoire du plan de déploiement de l’entreprise ». Concrètement, cette débâcle s’est traduite par la réduction du nombre d’employés qui est passé de 500 en 2006 à environ 200 actuellement. Cependant à la direction générale de l’opérateur, on préfère parler de «départs volontaires». Cette hémorragie a surtout touché les travailleurs liés à l’entreprise par des contrats à durée déterminée. Aussi, l’absence de mise à jour du site Internet de l’entreprise, un service client téléphonique inopérant ainsi que l’absence de campagne publicitaire sont autant de signaux d’alerte qui laissent deviner que le deuxième opérateur de téléphonie fixe en Algérie traverse une phase critique. Plus grave, une provision de 45,7 millions de dollars aurait été constituée par les entreprises mères afin de faire face au manque à gagner pouvant résulter de la disparition de l’opérateur. Et sauf miracle, celle-ci n’est qu’une question de temps.
Lotfi Mérad



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