Lundi 15 octobre 2007
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Actualités : GESTION DE L'APN DURANT LA PÉRIODE 2001-2005
Des insuffisances et des irrégularités flagrantes, relève la Cour des comptes


C’est un véritable réquisitoire que la 2e Chambre de la Cour des comptes a dressé en 2006 à l’encontre de la qualité de la gestion de l’Assemblée populaire nationale (APN) au titre des exercices 2001 à 2005. Un rapport de contrôle et de vérification qui relève moult insuffisances et irrégularités flagrantes dans la gestion budgétaire et comptable et le contrôle interne de la Chambre basse du Parlement.

Chérif Bennaceur – Alger (Le Soir) - Réalisé sur la base d’échantillonnage couvrant les principales rubriques budgétaires, ce rapport porte sur l’appréciation des conditions d’utilisation et de gestion des moyens mis à la disposition de l’APN et des règles d’organisation et de fonctionnement de son administration, au titre des exercices 2001 à 2005. Appréciant la gestion budgétaire et comptable sous trois présidences successives de l’APN, celles de Abdelkader Bensalah, Karim Younès et Amar Saïdani, ce rapport met en évidence «des insuffisances liées au contrôle interne et des irrégularités dans l’exécution des opérations de dépense». Ainsi, il est observé «qu’au cadre comptable spécifique institué par la loi organique n°99-02 et le règlement intérieur de l’APN, et à l’absence de contrôle préalable des dépenses engagées prévu par le décret exécutif n°92-414 du 4 novembre 1992, les responsables concernés de l’institution n’ont pas substitué des systèmes et des procédures de contrôle interne suffisamment élaborés et efficaces à même d’assurer un suivi rigoureux des opérations financières et une rationalisation dans l’emploi des crédits».
Lacunes dans la gestion budgétaire

Tout en notant «une meilleure maîtrise des crédits budgétaire, tant au plan de la prévision budgétaire qu’au plan des réalisations», le rapport présenté par le magistrat rapporteur, le premier conseiller Ikhlef Yessad, assisté du premier conseiller Mlle Fatima Sadou, observe que «de nombreuses lacunes et irrégularités continuent à entacher la gestion budgétaire. Elles sont dues aux insuffisances dans la nomenclature budgétaire, à l’inobservation des prescriptions légales édictées en matière de gestion budgétaire et au manque de rigueur dans le suivi des opérations budgétaires. Concernant la nomenclature budgétaire, ce rapport constate que «si les modifications qui ont été apportées présentent, certes, l’intérêt de répondre au mieux aux besoins des services utilisateurs en tenant compte des spécificités et confirment davantage le principe de la spécialité des crédits, en regroupant les dépenses selon leur destination, il n’en demeure pas moins cependant que la classification adoptée souffre de nombreuses insuffisances». Selon la Cour des comptes, ces insuffisances «sont souvent à l’origine de chevauchements de compétences entre les différents services de l’ordonnateur et de diverses confusions et irrégularités qui altèrent la gestion, en matière de dépenses liées à l’hébergement, restauration et frais de déplacement des députés, du personnel administratif et des moyens de fonctionnement ». Et de relever une budgétisation indue, la répartition de plusieurs acquisitions (achat de téléviseurs en 2003, d’appareils photo, de fournitures et confection d’imprimés et achat de clés de mêmes références et auprès d’un même fournisseur…) sur plusieurs chapitres, le recours systématique à des virements de crédits d’un chapitre à un autre et d’un article à un autre, pour couvrir des dépenses réalisées, en dépassement de crédit.
Des incohérences en matière de paiement
Selon ce rapport, «il apparaît, en effet, qu’au 31 décembre de chaque exercice, l’ordonnateur constatant l’insuffisance de crédits sur certains chapitres et articles demande à l’agent comptable de procéder aux paiements de dépenses matériellement réalisées (bons de commande émis, factures parvenues, marchandises et prestations réceptionnées) en dépassement de crédits sur les rubriques considérées, en s’engageant à régulariser ultérieurement lesdites opérations par des décisions de virements de crédits». Ainsi, «des paiements ont été effectués sans disponibilité de crédits sur les rubriques appropriées de l’exercice concerné et des décisions portant virement de crédits, en régularisation de ces dépassements, ont été établies par le bureau de l’APN, au courant du premier trimestre de l’exercice suivant l’exercice concerné et parfois même au mois d’avril de l’exercice suivant». Citant des exemples, la Cour des comptes considère que «cette pratique exagérément répétitive constitue une entorse aux règles régissant les finances publiques, notamment par la loi 84-17 du 7 juillet 1984 relative aux lois de finances, modifiée et complétée, en vertu desquelles, les modifications affectant la répartition des crédits ouverts au titre d’un chapitre des dépenses de fonctionnement sont effectuées en cours d’exercice. Ce procédé constitue également une violation de l’article 36 de la loi 90-21 du 15 août 1990, aux termes duquel le comptable public doit s’assurer de la disponibilité des crédits, avant d’admettre toute dépense, en paiement». Ce rapport constate également des virements de crédits irréguliers, des prélèvements effectués sur des chapitres abritant des dépenses de personnel au profit de chapitres d’une autre nature ainsi que des virements effectués sur des crédits évaluatifs au profit de crédits à caractère limitatif. En citant, à propos d’opérations de virement des crédits relatifs aux exercices 2001 et 2003, des virements de crédits s’élevant respectivement à 691 020, 65 dinars et 2 384 117,81 dinars ont été opérés sur le chapitre I article 1 (rémunération principale) au profit du chapitre III article 1 (Frais de vacation et consultation). Tel est le cas des honoraires payés au profit des traducteurs et interprètes, infographes, architectes, professeurs de sport, médecins et autres experts, suivant, des notes d’honoraires ainsi que des frais de consultation attribués mensuellement à des cadres retraités employés à titre de conseillers auprès du président de l’APN suivant des contrats de consultant.
Des aberrations comptables
Les magistrats de la Cour des comptes relèvent également la prise en charge de dépenses non obligatoires relatives aux exercices antérieurs sur les crédits de l’exercice en cours, des insuffisances et des irrégularités tant dans la justification et le paiement des opérations de dépenses réalisées que dans la comptabilisation et le contrôle de ces dernières. En outre, le rapport constate que certains bons de commande ont été établis à titre de régularisation, soit après l’émission de la facture, «l’absence d’une comptabilité des engagements (ayant) accentué cette carence, même si au demeurant le recours à cette pratique a progressivement et sensiblement diminué après l’exercice 2001). Bien plus, «la passation de la commande intervient dans certains cas après l’établissement des bons de réception ou des procès-verbaux de réception par les services de l’ordonnateur attestant de l’entrée au magasin des acquisitions ou de la réalisation effective des prestation». Il a été également constaté le recours fréquent aux bons de commande de régularisation pour la prise en charge des dépenses relatives à l’hébergement et à la restauration. C’est ainsi que «la facture EGT Est Gestour n°038 du 11 octobre 2003 relative à la prise en charge des dépenses d’hébergement du personnel de soutien pour la journée du 10 octobre 2003, au niveau de l’hôtel El Hidhab, a été mandatée et payée (MP du 28/12/2003) sur la base d’un bon de commande daté du 16 décembre 2003». Une pratique qui «constitue une irrégularité au regard des règles régissant la comptabilité publique du fait que le bon de commande matérialise la première phase d’exécution de la dépense publique. Il traduit non seulement l’ordre donné au fournisseur à qui il est adressé, mais constitue aussi l’engagement juridique de l’administration impliquant une création ou une augmentation de la dépense publique».
Une facturation irrégulière et indue
De même que le rapport cite des factures non-conformes aux prescriptions réglementaires, des cas d’irrégularité et d’utilisation abusive des photocopies de factures, peu lisibles, en appui des mandats de paiement, de factures ne comportant pas les mentions réglementaires requises (mentions relatives au numéro et à la date d’immatriculation au registre du commerce, à l’identifiant fiscal et l’article d’imposition ainsi que les références bancaires du fournisseur). Ainsi que des cas de facturation de dépenses relevant de plusieurs chapitres et/ou articles dans une même facture, de discordances dans les mentions réglementaires portées sur certaines factures, entre le numéro d’immatriculation au registre du commerce porté à l’en tête de la facture ou porté sur la facture pro forma et celui indiqué sur le cachet humide apposé sur la même facture ou mentionné dans la facture définitive. Des insuffisances qui «résultent dans une large mesure de la faiblesse des contrôles internes exercés tant par les services de l’ordonnateur que par l’agent comptable. De telles anomalies n’auraient pas eu lieu si les contrôles préalables à l’admission de la dépense avaient été accomplis avec rigueur», observe ce rapport. Ce dernier de constater l’absence de la mention de certification de l’ordonnateur sur les pièces justificatives et autres insuffisances dans la justification de certaines dépenses. Et d’indiquer que «les frais d’honoraires payés aux traducteurs et aux interprètes sollicités régulièrement par l’APN pour assurer la traduction à l’occasion des réunions et des visites officielles justifiées par des états d’honoraires établis et signés par l’ordonnateur sur la base d’une demande émanant de services concernés de l’APN, ne peuvent en aucun cas constituer des pièces justificatives. Cette procédure est irrégulière dans le sens où ce sont des mémoires et des notes d’honoraires qui doivent être établis et signés par les prestataires concernés». Autre aberration relevée, le rapport d’indiquer que jusqu’à juin 2004, «les factures émises par la clinique médicale Diascan-Plus- Staouéli couvrant les prestations médicales réalisées au profit des députés dans le cadre d’une convention renouvelable annuellement ne mentionnent pas ou ne sont pas appuyées d’un état reprenant la liste des bénéficiaires, la date de consultation et la nature des prestations assurées, au titre de la période facturée (facturation mensuelle). Elles font apparaître uniquement le nombre des prestations par rubrique (consultation spécialisée, radiologie, chirurgie, accouchement, etc.), les prix unitaires, ainsi que le montant global de la facturation et ne permettent pas, par conséquent, à l’ordonnateur et à la gestion comptable de s’assurer de la régularité du service fait». Comme il est fait état de «certaines dépenses (qui) ont été admises en paiement par l’agent comptable avant l’exécution des opérations de liquidation et de mandatement par l’ordonnateur». Outre le fait que «les contrôles ont révélé, par ailleurs, qu’il a été procédé à l’octroi d’avances à hauteur de 50% du montant de l’opération sur la base d’un simple bon de commande de l’ordonnateur. Ce paiement partiel exécuté par anticipation constitue une violation des règles régissant la dépense publique qui subordonnent toute dépense publique à la réalisation effective des acquisitions et/ou des prestations engagées ».
Insuffisances dans le contrôle interne et l’exécution des dépenses

Pour ces magistrats, les anomalies relevées dans la gestion des opérations de dépenses résultent dans une grande mesure de l’insuffisance des systèmes et des mécanismes de contrôle interne. Ainsi, «la dispense légale du contrôle préalable des dépenses engagées (contrôleur financier), conférée à l’APN compte tenu des spécificités qui caractérisent sa gestion, n’a pas été compensée par des mécanismes de contrôle interne permettant de prémunir et/ou de déceler à temps les anomalies et les lacunes susceptibles d’entacher la conduite et la régularité des opérations de dépenses». Et de relever «l’absence d’un manuel de procédures de gestion, des insuffisances et des déficits dans les structures et dans l’encadrement chargé de la gestion des moyens et des opérations financières, la non mise en place d’une structure de contrôle interne, chargée du contrôle financier et le manque de rigueur manifeste dans le contrôle assuré par l’agent comptable ». Tout en considérant que «les attributions conférées au bureau de l’APN, en matière de suivi des affaires administratives et du contrôle financier, ne sont pas exercées pleinement même si, au demeurant, deux membres du bureau ont été désignés en qualité de questeurs», le rapport de la Cour des comptes cite des anomalies dans l’exécution des dépenses. Telles l’attribution indue de frais de mission à des agents bénéficiaires de stage de formation à l’étranger (causant un préjudice évalué à 4 560 707,55 DA), des anomalies et irrégularités dans le paiement des frais engagés par les agents en mission commandée à l’intérieur du pays (des missionnaires bénéficiant de prises en charge complètes suivant les tarifs applicables aux missionnaires en déplacement sur un rayon de plus de 50 km dans les wilayas et les communes des régions du nord du pays, des ordres de mission ne précisant pas l’objet de la mission, le double emploi pour une même mission). Mais aussi des irrégularités dans la prise en charge des redevances téléphoniques (dépassement des seuils causant, durant la période allant de janvier 2001 à juin 2005, un préjudice de 32 352 338 DA, la prise en charge indue de factures de téléphonie mobile, de frais de téléphone au profit de personnels non prévus par les décisions du bureau de l’APN, un préjudice de 3 764 385,04 DA enregistré entre janvier 2001 et juin 2005 en résultant).
Autres anomalies, dans la gestion des inventaires notamment

Par ailleurs, la Cour des comptes cite plusieurs cas de cumul de l’indemnité de location libre des députés et la prise en charge des dépenses de loyer, l’absence d’un véhicule de marque Passat sur l’état du parc automobile, la non-récupération d’une vingtaine de véhicules attribués à des ex-parlementaires et responsables administratifs. Ainsi que le paiement de factures en inobservation des règles liées à l’application de la TVA, la prise en charge de frais de restauration relatifs au personnel de soutien, ainsi que des imputations irrégulières et aberrantes de dépenses (tels les frais d’honoraires réglés au profit de l’imam à l’occasion des sessions, l’acquisition de tapis traditionnels, d’un coffre-fort…). Le rapport observe également, concernant la gestion des inventaires des biens immobiliers et mobiliers relevant de l’APN, des dysfonctionnements et des lacunes dues à l’inobservation des règles régissant les inventaires. Soit des insuffisances organisationnelles et dans la gestion des stocks, la non-inscription d’équipements, véhicules, livres et autres objets, des désignations et des affectations imprécises ou incomplètes. Ou l’absence de la valeur de l’objet pour les acquisitions d’avant 2004, la non-constatation de la sortie d’inventaire du matériel mis à la réforme, des discordances entre les indications portées sur les pièces justificatives et la prise d’inventaire sur le registre, outre le fait que les numéros d’inventaires ne sont pas systématiquement portés sur les objets inventoriés.
C. B.

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