Lundi 22 octobre 2007
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Femme magazine
Chronique du jour
Pousse avec eux
Le HIC
Edition du jour
 
Corruptions
Le Soir Mobile
 
 
Nos archives en HTML
 

Corruptions : EN ATTENDANT L'ÉTERNELLE RÉFORME DE L'INSPECTION GÉNÉRALE DES FINANCES
"Renforcer la maîtrise et le contrôle des dépenses publiques"


Le gouvernement annonce, depuis au moins deux ans, à intervalles réguliers, son intention de réformer en profondeur l'Inspection générale des finances, mais on ne voit toujours rien venir. Dernier communiqué en date à ce sujet, celui du ministère des Finances daté du 26 septembre 2007, largement repris par les médias, tombé comme un cheveu dans la soupe, et qui s'ajoute aux précédents communiqués, mais rien de bien concret. Ce communiqué fait même allusion à une instruction du chef du gouvernement datée du... 12 mars 2007 ! Il faut plus de 6 mois au ministère des Finances pour commencer à appliquer une instruction qui, en plus, n'a jamais été rendue publique. Retour en arrière. Il était une fois en mars 1980…
La création de l'Inspection générale des finances (IGF) remonte au 1er mars 1980 (décret exécutif n°80-53) en même temps que celle de la Cour des comptes (CDC) et de la loi portant contrôle par l'APN. Le JO n° 10 du 4 mars 1980 était consacré entièrement à ces 3 dispositifs. Vingt-sept années plus tard, le bilan de ces trois organes de contrôle est bien maigre. Plus grave encore, ces fonctions de contrôle ont été souvent détournées, perverties, voire corrompues. Le décret de l'IGF de 1980 a été remplacé par celui du 22 février 1992 (JO n°15 du 26 février 1992) : le changement dans la continuité des... affaires ! Début 2000, le président Bouteflika veut à son tour réformer la fonction de contrôle en introduisant la “spécialisation” du contrôle, proposée par la commission Sbih sur la réforme des institutions de l'Etat. Le contrôle pour le compte de l'Etat serait réparti en quatre subdivisions : l’inspection des affaires sociales, l’inspection des affaires économiques, l’inspection des affaires administratives et l’administration des affaires financières. C'est le dispositif qui prévaut actuellement en France. Plus rien de concret depuis. Jusqu'à l'année 2006 où, finalement, le chef de l'Etat se contentera d'essayer de réformer l'IGF en lui attribuant de nouvelles missions, alors qu'il lui faut d'abord plus de moyens, une indépendance effective vis-à-vis de l'exécutif et surtout des fonctionnaires compétents et intègres. Les maux sont connus. Mais là aussi, dépoussiérer cette “vieille dame indigne” n'est pas chose aisée : les résistances au changement sont terribles. Les déclarations officielles se sont multipliées, ces derniers mois, Conseil des ministres, Conseil du gouvernement, comité interministériel, communiqués, etc. Les annonces se succèdent, mais on ne voit rien venir. Un projet de révision du statut de l'IGF serait en voie de maturation depuis le mois de février 2006, selon le ministre des Finances. Une année plus tard, toujours rien. Ci-dessous un survol chronologique.
29 octobre 2006. Auditions président- gouvernement : le secteur des finances est passé en revue. Extrait du communiqué officiel à propos de l'IGF : “En complément du contrôle interne, le renforcement du contrôle externe par l'Inspection générale des finances (IGF) induit, d'une part, la mise à jour des textes la régissant pour adapter ses attributions et son mode de fonctionnement au nouvel environnement institutionnel et, d'autre part, l'amélioration de ses moyens opérationnels d'intervention. Les nouveaux statuts en cours d'élaboration doivent, par ailleurs, permettre l'adéquation des moyens humains avec le volume, la nature et la qualité de son plan de charge.”
15 novembre 2006. Le statut de l’Inspection générale des finances (IGF) sera révisé et ses moyens renforcés, selon le ministre des Finances, intervenant le 15 novembre 2006 en séance plénière au Conseil de la nation. Il a précisé que le contrôle des dépenses publiques sera renforcé. Le statut de l’IGF sera révisé, un projet en ce sens étant en voie de maturation depuis le mois de février 2006, pour doter cette institution de plus de moyens humains et d’investigation. L’objectif est de renforcer l’IGF dans le cadre de la lutte contre la corruption.
16 décembre 2006.
Forum de l'ENTV. Revenant sur le projet en cours pour la révision du statut de l'Inspection générale des finances (IGF), le ministre des Finances a indiqué que le principal changement va porter essentiellement sur un élargissement des prérogatives de cette structure de contrôle des finances publiques. Il a ainsi expliqué que les missions de l'IGF ne vont plus se limiter au contrôle de gestion des dépenses des institutions à caractère administratif uniquement mais seront étendues systématiquement au contrôle des entreprises économiques publiques. Le statut actuel ne permet à l'IGF d'entreprendre ses contrôles sur des entreprises publiques qu'à la demande du gouvernement. Or, quand il s'agit de contrôle des deniers de l'Etat, “il ne devrait pas être fait de différence entre l'administration et les entreprises publiques puisque ces deux entités appartiennent à l'Etat”, a-t-il justifié.
18 décembre 2006.
Recommandations d'un Conseil interministériel (CIM) réuni sous la présidence du chef du gouvernement. Il y est notamment question de “l’élargissement du champ d’intervention de l’IGF aux entreprises publiques économiques”, et le “renforcement des moyens humains et matériels de l’IGF”. Le Conseil interministériel prévoit, en outre, la préparation d’un texte réglementaire pour “clarifier les missions et responsabilités des différents acteurs concernés par la gestion des finances publiques (ordonnateur, contrôleur financier, comptable, trésorier…)”. Toutes ces mesures seront présentées prochainement sous la forme d’un “plan d’action” comportant un échéancier de leur mise en application, a décidé le conseil.
5 février 2007.
2e Conseil interministériel consacré aux questions de contrôle budgétaire et à l'IGF. Examen du rapport du CIM chargé de l'amélioration du contrôle des finances publiques portant propositions pour la mise en œuvre des directives données lors du précédent CIM du 18 décembre 2006 et adoption d'un plan d'action. Le communiqué issu de ce conseil n'en dira pas plus.
25 février 2007.
Pour un meilleur contrôle du système financier en Algérie, le ministre des Finances a annoncé à la radio Chaîne III une série de mesures qui renforcent les pouvoirs de l’Inspection générale des finances. Un nouveau décret confère, selon lui, à l’IGF la possibilité d’effectuer des inspections au sein des entreprises publiques économiques en plus des administrations publiques en Algérie. Ce texte, qui a pour fondement de renforcer les prérogatives de l’IGF et celles de la Commission nationale des marchés, sera signé et validé dans les prochaines semaines. L’objectif principal recherché à travers ce texte, toujours selon le ministre, est de permettre le bon fonctionnement du nouveau dispositif de contrôle.
26 septembre 2007.
Étrange communiqué du ministre des Finances, où il est annoncé l'installation d'un “Comité de coordination de l'action de l'IGF avec les actions des inspections générales des différents départements ministériels”, Comité dont les missions sont floues et imprécises. Dans le même document il est fait allusion à une instruction du chef du gouvernement datée du 12 mars 2007. Pourquoi avoir attendu plus de 6 mois pour exécuter cette instruction ? Transparence pour transparence, pourquoi ne pas rendre publique cette Instruction ? Selon ce communiqué, “cette instruction prévoit que le comité de coordination regroupe, sous la présidence du chef de l’IGF, l’ensemble des inspecteurs généraux des départements ministériels. Les objectifs assignés au comité étant de créer un espace de concertation et d’échanges d’expériences et d’informations entre ces différents organes de contrôle afin d’assurer une complémentarité dans leurs actions et une meilleure efficacité dans leurs interventions”. A-t-on fait le bilan de l'IGF et des Inspections générales des ministères ? A quoi servent-elles ? Sont-elles efficaces ? Sont-elles indépendantes et ont-elles les moyens de leurs actions ? Très peu probables. Ces diverses inspections sont non seulement en état d'échec et très souvent aux ordres de leur tutelle, mais elles ne sont pas épargnées par des pratiques opaques. Seront-elles dotées un jour d’un code d'éthique et de bonne conduite ? Le gouvernement, comme d'habitude, a fonctionné en huis clos ne se donnant même pas la peine d'esquisser un semblant de concertation avec les partenaires sociaux et la société civile sur le dossier important des fonctions de contrôle de l'Etat, a contrario d'un contexte où les scandales et affaires de corruption connaissent une explosion sans pareille. L'Exécutif, touché lui-même de plein fouet par les affaires où sont impliqués plusieurs de ses membres, n'a pas jugé utile de tirer les leçons de sa propre déroute.
Djilali Hadjadj

Nombre de lectures : 150

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site