Lundi 22 octobre 2007
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Sports : TENNIS
LE Pr MOHAMED DJENNAS (PRÉSIDENT DE LA FAT) SE CONFIE AU "SOIR"
“La famille tennistique doit se remettre au travail”


Une année après son élection à la tête de la Fédération algérienne de tennis (FAT), le professeur en neurochirurgie (chef de service à l’hôpital Mustapha), Mohamed Djennas, 60 ans, s’ouvre pour la première fois à la presse. Partagé entre le bloc opératoire et sa passion, le tennis, cet ancien basketteur au sein du club l’ex-Groupe-laïque durant les années 1960, fait le constat avant d’entamer la nouvelle saison 2007-2008. Mohamed Djennas se dit disponible à travailler avec tout le monde pour le seul intérêt du tennis algérien. Il estime que les faux problèmes qui minent le tennis et le sport d’une manière générale ne vont pas altérer son engagement à redonner à la discipline une stabilité et un visage autrement plus radieux.
Le Soir : Cela fait une année que vous avez été élu à la présidence de la FAT. Pouvez-vous dresser un premier bilan ?
Pr Djennas :
Pour mémoire, il faut noter que dans l’intervention du représentant du ministre de la Jeunesse et des Sports lors de notre installation, l’accent avait été mis sur la massification du tennis, la prise en charge des jeunes talents, la relance du tennis féminin et la préparation de l’élite de demain. La massification du tennis et l’ouverture à la population de tous âges ne peuvent se faire sans la récupération, la réhabilitation, la bonne gestion et l’accessibilité de ces infrastructures. Nous nous sommes immédiatement intéressés à l’état des infrastructures tennistiques et à leur déperdition. Dans ce cadre et forts des renseignements pris dans le rapport des experts, nous avons entrepris une série de visites sur sites et nous nous sommes entretenus avec les responsables et autorités locales des difficultés que rencontre la discipline dans chaque région. Le rapport du membre fédéral, à savoir Cherriak, sur l’état des infrastructures tennistiques a été remis au M.J.S. Nous nous sommes, pour notre part, immédiatement intéressés à l’état des infrastructures tennistiques qui sont en pleine déperdition. Je ne le répéterai jamais assez : la non-disponibilité et le coût élevé du matériel de tennis sont aussi responsables de la régression de la pratique de cette discipline. Pour remédier à cette situation, nous avons pris contact avec la Fédération internationale de tennis (ITF) pour la réalisation d’une centrale d’achat de matériel à bas prix auprès de cette dernière (à l’instar des pays voisins). Ce projet, qui doit voir le jour incessamment, va permettre à la FAT de mettre à la disposition des clubs du matériel peu onéreux. Par ailleurs, dans le cadre du développement du mini-tennis, du matériel didactique va être distribué aux clubs et les ligues qui en ont la charge en œuvrant à augmenter le nombre de pôles de mini-tennis jusqu’à atteindre un pôle pour chaque ligue de wilaya
Parlez-nous du bilan technique et surtout de l’excellente prestation des équipes nationales lors des Jeux africains ?

Comme tout le monde le sait, les brillants résultats obtenus par l’Algérie furent historiques. Une telle performance n’a jamais été enregistrée par d’autres pays dans une compétition continentale qui a regroupé la quasi-totalité des grandes nations du tennis africain (Afrique du Sud, Egypte, Tunisie, etc.). Avec 3 médailles d’or remportées chez les messieurs et 3 médailles d’or chez les féminines, notre pays a survolé le rendez-vous africain. Alors que quelques semaines auparavant, rares étaient les personnes qui présageaient ce succès. Outre cet exploit, notre équipe nationale masculine très en verve après les JA, s’est déplacée à Oslo pour vaincre les Norvégiens à l’occasion du match barrage comptant pour la coupe Davis. Malgré la fatigue qui a pesé lourdement sur nos tennismen, ces derniers sont parvenus à s’imposer sur un score sans appel (4-1). Ce sacre a permis à notre pays de se maintenir dans le groupe formé essentiellement de pays européens. Je ne manquerai pas d’ajouter que ces victoires sont le fruit d’un travail axé essentiellement sur l’aspect psychologique, œuvre de la DTN et de la DEN. Ces derniers ont instauré un bon état d’esprit en sein des équipes nationales. C’est dans cette ambiance saine que nos joueuses et joueurs préparent les prochaines échéances qui sont les Jeux arabes, la Coupe d’Afrique des nations, qui se tiendra prochainement à Rabat, et les Jeux olympiques 2008
Comment voyez-vous l’avenir de l’élite et la formation des jeunes talents ?
Nous avons décidé d’organiser des séances d’entraînement hebdomadaires pour les joueurs et joueuses des équipes nationales et des stages régionaux et nationaux afin de mieux suivre leur évolution. Pour les jeunes talents nous avons organisé 3 circuits ITF juniors et un tournoi pour les jeunes ayant 14 ans et moins. Par ailleurs, le nombre des tournois internationaux a triplé au cours de cette année, ce qui a permis à 6 de nos joueurs de figurer parmi le classement international professionnel. Il faut savoir que, en règle générale, les meilleurs joueurs de tennis ont souvent intégré une structure ou un programme de formation qui leur donne un cadre de travail tout au long de leur carrière. Pour ce faire, nous avons proposé au ministère de la Jeunesse et des Sports la création d’un Centre national d’entraînement, de formation et de regroupements et de deux ou trois centres régionaux. Ces centres fédéraux qui seront encadrés par des entraîneurs de haut niveau auront pour mission la prise en charge des jeunes talents, l’organisation des stages et des regroupements des équipes nationales. Les personnels d’encadrement et d’arbitrage bénéficieront aussi de cette formation
Y a-t-il réellement une politique de formation au sein de la FAT ?
La formation est l’une des priorités de la FAT. Sans cela, on ne peut développer le tennis. Nous avons, avec l’aide de la Fédération internationale de tennis, organisé des stages de formation d’entraîneurs et d’arbitres, à savoir 4 stages pour les arbitres régionaux, 2 pour les entraîneurs level I et 1 stage à thème pour les entraîneurs. Parallèlement à cette formation, nous allons essayer de faire cesser l’exode de nos encadreurs. Pour ce faire, il faut d’abord faciliter leur recrutement et améliorer leur rémunération. La FAT s’est fixée pour objectifs le développement du mini-tennis et l’organisation d’écoles de tennis dans tous les clubs. Dans ce cadre, du matériel éducatif de mini-tennis et des balles d’entraînement vont être remis dans les prochains jours aux clubs.
Et pour ce qui est du développement ?
Parmi les recommandations du comité des experts nous avons retenu en priorité l’élaboration du statut du club de tennis et le regroupement des associations domiciliées dans la même infrastructure en un seul club spécialisé. Notre credo sera désormais : «un club, une infrastructure». Il faut aussi créer des clubs de tennis dans les 23 wilayas qui n’en ont pas. Cette nouvelle organisation bien que difficile à mettre en place est plus que nécessaire, car le club est la véritable assise de tout programme et son activité est la seule garantie pour l’épanouissement de la discipline. La survie du tennis national dépend de la bonne santé des clubs, de leur croissance et de leurs programmes de développement. Pour le développement du tennis de haut niveau, nous avons déjà mis l’accent sur la nécessité de créer un Centre national d’entraînement et des centres régionaux du même type (2 ou 3). Plusieurs activités seront exercées dans ces centres comme la prise en charge des jeunes talents en termes d’entraînement, de scolarité, d’hébergement, transport, suivi médical, suivi sportif lors des compétitions, entraînements, stages et regroupements des différentes sélections des équipes nationales, formation et recyclage des entraîneurs et des arbitres. Dans la foulée, il ne faut oublier ni négliger l’organisation de séminaires et colloques.
On a souvent reproché l’insuffisance de compétitions nationales. Qu’en est-il aujourd’hui ?
En matière de tennis, il faut savoir qu’il y a des compétitions qui sont pilotées par la fédération (championnats nationaux, individuels, championnats nationaux interclubs, circuit national) et les tournois de clubs et de ligues (1 tournoi par club et 2 tournois par ligue). Cette année, le programme a été assez riche et nous n’avons constaté que de rares défaillances. Il faut rappeler que le championnat interclubs par équipes a commencé en 2007 et que le circuit national a permis à nos athlètes de faire de la compétition durant l’été 2006 et l’été 2007. La génération de l’utilisation de la licence est un objectif prioritaire et urgent pour la FAT surtout pour les aspects de prévention (examens médicaux et biologiques) et d’assurance (assurance obligatoire). Je saisis cette opportunité pour informer vos lecteurs que la FAT organise prochainement un jubilé à l’honneur d’un grand champion de tennis algérien, Abdesselam Mahmoudi.
Est-ce que le tennis est en train de bouger en Algérie ?
Le rapport des experts a dénombré pour l’année 2005, 14 ligues de wilaya, 52 clubs actifs et 2525 licenciés. Il a été constaté qu’il n’existe aucune infrastructure tennistique dans la moitié des wilayas et que, sur les 276 courts existants sur le territoire national, 70 ont été abandonnés ou déviés de leur vocation et 82 autres sont en mauvais état. Comme nous l’avons déjà dit, le développement du tennis passe par la réhabilitation des infrastructures et la construction de nouveaux clubs. A titre d’exemple, il faut savoir que le tennis a disparu de Constantine, jadis véritable berceau du tennis algérien. Dans la même région de l’Est, c'est-à-dire à Sétif, le terrain initialement destiné à la construction d’un véritable club de tennis a été affecté à d’autres usages… La situation est aussi dramatique au niveau de la capitale où le club d’Hydra, autre berceau du tennis, est à l’arrêt depuis plusieurs années. Quant au Tennis Club Gadouche (ex- La Madeleine), il a été entièrement détruit il y a 3 ans.
Seraient-ce les principales causes de la régression de la pratique du tennis en Algérie ?
Au-delà de la disparition des courts de tennis mythiques à Alger ou ailleurs, la deuxième cause de la régression de la pratique du tennis dans notre pays est la rareté et le coût élevé du matériel spécifique pour la pratique de ce sport (balles et raquettes). Le tennis étant un sport qui peut être pratiqué par tout le monde indépendamment de l’âge. Il nous semble urgent et nécessaire de remédier à cette situation des plus déplorables et remettre le tennis à la place qu’il doit occuper dans le mouvement sportif national surtout en termes de nombre de pratiquants et de licenciés.
Que préconisez-vous ?
A court terme, il faut aider les clubs qui sont en activité (état des infrastructures, matériel, etc.). Il faut relancer et remettre en activité ceux abandonnés à l’image de Constantine. Il faut rendre le tennis accessible à toutes les franges de la société et faire revenir les adhérents (potentiels parents de futurs champions) dans tous les clubs.
Y a-t-il une politique de prospection de joueurs évoluant à l’étranger ?
 Dès notre installation, nous avons établi des contacts avec nos jeunes joueurs évoluant en France et potentiels joueurs de l’EN tels Bouabbane et Bouras. Nous avons, par ailleurs, établi des relations avec le jeune Chala, né et établi en France, qui a fait son baptême du feu avec l’équipe nationale algérienne victorieuse aux Jeux africains. Nous fondons beaucoup d’espoirs sur ce joueur qui peut rendre service à l’équipe algérienne.
La fédération a été certainement informée du dossier du NRT Boufarik ?
D’abord, je dois dire qu’il ne peut exister un quelconque problème avec cette association dans la mesure où le NRTB n’est pas agréé par la FAT. Conformément aux recommandations des experts du MJS, notre fédération a tout simplement appliqué la réglementation. Dans la même ville, la formation du MCT Boufarik, qui recèle pas moins de 134 licenciés, est un modèle à suivre. Revenons au NRTB pour dire que la FAT a saisi officiellement les autorités locales de Boufarik afin qu’elles octroient une assiette pour la construction des courts de tennis au profit du NRTB.
Quels sont les rapports de la FAT avec le MJS, le COA et l’ITF ?
Sans hésiter, je peux vous affirmer que les rapports de la FAT avec l’administration du MJS ainsi qu’avec le Comité olympique algérien (COA) sont excellents. Avec l’instance internationale (ITF), nous entretenons des rapports professionnels et avons des contacts permanents avec les différentes directions, tout particulièrement celle du développement dont nous avons reçu la visite d’un expert.
Que pensez-vous de la levée de sanction de l’ex-président de la FAT, Mohamed Bouabdellah ?
Il faut rappeler à vos lecteurs que les décisions de sanction et de levée de sanction ont été prises par les ministres de la Jeunesse et des Sports. Je n’émettrai donc aucun avis sur ces décisions de souveraineté. Toutefois, je me réjouis dans l’espoir de voir tous les membres désintéressés de cette même famille se remettre au travail. Je reste convaincu que ce n’est qu’avec l’aide de tous que nous arriverons à gagner la bataille du développement et élever cette discipline jusqu’au niveau qu’elle doit occuper au sein de notre société et dans le mouvement sportif national. Comme toute mission, le poste de président de fédération ou autre est éphémère. A ce titre, j’ai fait la promesse d’éliminer les sources d’animosité, de régler les éventuels conflits et surtout d’empêcher l’installation de toute forme de clanisme dans cette discipline qui se veut avant tout un sport familial.
Entretien réalisé par Chafik B.

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