Douze ans après son premier titre décroché en 1995, l'Afrique du Sud a remporté la Coupe du monde en battant l'Angleterre (15-6) au terme d'une finale sans essai, samedi au Stade de France. Les Sud-Africains ont profité de la réussite de leurs buteurs Percy
Montgomery, auteur de quatre pénalités, et François Steyn, d'une, pour
ravir le titre aux Anglais, sacrés en 2003 en Australie. Cette finale
fut à l'image de la Coupe du monde. Colorée et enjouée dans les
tribunes, où s'entassa un public record (80 430 spectateurs), mais
cloisonnée et serrée sur la pelouse. Un combat volcanique devant, et un
festival de jeu au pied, pour occuper le camp adverse et attendre la
faute. Dans ce match à l'ancienne, on se promena longtemps de touche en
mêlée, de “ruck” avec coups de tête en option en maul inefficace, sans
risquer le moindre lancement de jeu. Une véritable propagande pour
l'évolution des règles, rendues obsolètes par la priorité accordée à la
défense par tous les grands de la planète. D'ailleurs, la première
période accoucha d'une seule occasion d'essai pour les Sud-Africains,
juste avant la mi-temps. Et à la sortie d'un pilonnage en règle de la
ligne anglaise, ils confièrent à leur buteur Percy Montgomery le soin de
passer la troisième pénalité de la soirée (9-3).
La vidéo fait la différence
Inspiré par l'exemple sudafricain, le XV de la Rose choisit de
donner davantage de volume à son jeu en seconde période. Simple
observateur de la bataille atomique en cours pendant les quarante
premières minutes, le centre Mathew Tait avait repéré quelques espaces
dans la muraille adverse. Il s'engouffra goulûment dans un trou au ras
de François Steyn. Avant d'être repris à trois mètres de la ligne. Sur
le renversement, Cueto servi en bout de ligne plongea dans l'en-but des
Boks (43’). Essai ? Non ! trancha l'arbitre vidéo, l'Australien Stuart
Dickinson. De quoi philosopher à loisir sur les avantages et
inconvénients de l'apport technologique sur la décision sportive. Les
bonnes intentions douchées incitèrent les buteurs à reprendre leur
ouvrage. D'abord Wilkinson pour les Anglais, puis Montgomery pour les
Springboks (12-6, 50’). Les Sud-Africains vécurent sur ces six points
d'avance en s'appuyant sur un rideau défensif très agressif, repoussant
tous les enchaînements du XV de la Rose. Surtout, ils profitèrent de
leur unique visite dans le camp anglais, pour passer leur cinquième
pénalité de la soirée, par François Steyn (15-6, 61’). La Coupe William
Webb Ellis semblait avoir choisi d'abandonner les brumes de Londres pour
le climat sec de Johannesburg. L'Afrique du Sud, qui avait largement
battu le XV de la Rose (36-0) lors de la première phase le 14 septembre,
déjà au Stade de France, défendait âprement la moindre parcelle de
terrain. Surtout, les avants boks, bousculés sur les phases statiques,
pouvaient compter sur un alignement souverain en touche, autour de
Victor Matfield et Bakkies Botha, pour confisquer quelques précieux
ballons à l'appétit vorace des Anglais, incapables d'inscrire le moindre
essai en deux matches disputés face aux Boks. La stérilité du XV de la
Rose fut symboliquement soulignée sur la dernière grande offensive du
match, où le troisième ligne Lawrence Dallaglio, l'un des vétérans du
titre de 2003, fut “bouclé” par la défense sud-africaine (77’). Les
Springboks étaient en route pour leur deuxième sacre mondial. Un titre
semblable à celui de 1995, remporté aux dépens des All Blacks (15-12
a.p.) au terme d'une finale, déjà cloisonnée et fermée. Et sans le
moindre essai. Sacré clin d'œil !
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