
Périscoop : BAZOOKA Le rêve d’Algérie… PAR MOHAMED BOUHAMIDI mbouhamidi2001@yahoo.fr
Dans le documentaire de Djamal Sellali projeté dans la salle d’Arts et Culture, les mots des trois moudjahidate (Eliette Loup, Louisette Ighilahriz et Fatma Baïchi) ne sont pas les seuls à provoquer une intense émotion en nous. Comme tressés avec eux, les autres mots d’autres personnages viennent renforcer le sentiment de remonter vers un univers mental et moral oublié. Fatma Baïchi continue de parler des frères comme les fidas d’Alger s’appelaient entre eux : frères et sœurs. A lui seul, ce vocable oublié nous restitue combien cette lutte pour l’indépendance a exigé de ceux qui l’ont menée de s’unir dans le fusionnel, frères et sœurs, et porté la promesse de la fraternité future, accomplissement de la fraternité de combat. Sans expression doctrinale précise, sans grandes phrases, cette façon de se désigner entre combattants et cette façon que le peuple avait de nommer les combattants entendaient dire que dans cette Algérie rêvée au cœur de la bataille d’Alger et dans les maquis, l’Algérien ne sera jamais un loup pour l’Algérien. Mesurez par vous-mêmes où nous ont menés dans cette promesse les dirigeants de ce pays. Nous sommes si loin de cette solidarité promise, de cet engagement du partage, de ce refus de laisser les lois de l’économie briser un frère et élever un autre. Que nous en sommes loin avec ces chantres du libéralisme sauvage, ces prophètes de la soumission aux lois du marché qui signifie la soumission à la loi du plus fort et à la loi du néo-colon, que nous en sommes loin avec cet acharnement des prédateurs sur la dépouille d’une Algérie livrée au pillage par une partie des libérateurs avides de remplacer le colon. A sa manière, en accueillant de nouveau Ighilahriz revenue en pèlerinage sur les lieux de son maquis, cette paysanne des hautes montagnes de Kabylie le dira sans détour, avec la franchise des gens simples qui ont fait les choses parce qu’il fallait les faire : si elle avait su que son rêve d’Algérie deviendrait cette réalité, elle n’aurait pas bougé le petit doigt. On sent bien qu’elle ne parlait pas de l’Algérie ni de tous les combattants ; mais de cette partie des combattants qui l’ont oubliée dans sa montagnes et dans sa maison aux solives apparentes sous les tuiles et sans plafond, dans sa maison où le froid en hiver doit couper les chairs de ses enfants et petits-enfants ; oublié les promesses implicites de ceux qui ont porté le même fardeau, les mêmes risques de mort et de souffrances ; oublié qu’ils ne sont au pouvoir que par le courage sans faille de ces femmes si simples, si modestes, si courageuses. Et, je vous le dis ouvertement et sans précaution : les propos de cette vieille montagnarde m’ont éclairé sur les harragas. Si elle, combattante désespère de ce régime à la fin de sa vie, que doivent ressentir les jeunes ? Et je me dis que ce pouvoir a réussi, entre autres catastrophes, à transformer les Algériens qui mouraient pour ce pays en Algériens prêts à mourir pour quitter ce pays. A mon avis, c’est sans appel ! M. B.
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