Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Les minorités, casse-tête arabe
Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com


Les temps sont durs pour les minorités, qu’elles soient ethniques, linguistiques, religieuses ou politiques. Lorsque les démons de la politique et les mauvais génies du religieux s’en mêlent, ce sont justement les minorités religieuses qui en pâtissent. Ne parlons pas des laïcs qui se sot enfermés dans une étrange clandestinité faite de dissimulation («taqia») et de pratiques ostentatoires. Ceux-là ne s’expriment plus, entre une «Omra» et un pèlerinage à la «tour Eiffel», que dans des espaces de plus en plus restreints.
Les rares médias encore estampillés laïques se paient eux aussi le luxe d’indignations, en phase avec l’intégrisme vilipendé. Il ne faut plus s’étonner que des mots et des concepts soient minorisés, réduits à des pièces d’archéologie. L’Oumma doit se reconstituer en éliminant les causes de discorde, les fauteurs de trouble qui ont survécu à l’Andalousie et à la décadence. On sait de quelle manière les minorités chrétiennes au Machrek sont inexorablement poussées vers la mer. Les Arabes qui n’ont jamais accepté Israël réduisent l’avenir, débarrassé des gêneurs, à un morbide tête-à-tête avec l’Etat juif. Désespérant de ne jamais pouvoir noyer tous les Juifs dans la Méditerranée, les nouveaux prophètes de l’Islam retrouvé ont changé leur fusil d’épaule et déplacé leur ligne de mire. Pour les minorités religieuses chrétiennes, les jours sont aujourd’hui comptés, en termes d’existence spirituelle, en dépit de leur tendance à plier pour ne pas rompre. On sait de quelle manière les chrétiens maronites ont introduit le loup syrien dans la bergerie libanaise. Ceux d’entre eux qui refusent la fatalité du suicide sont impitoyablement éliminés et la singulière alliance de Michel Aoun et de Hassan Nasrallah au Liban ne fait que confirmer l’échéance, à défaut de la retarder. Les coptes d’Egypte semblent, eux, mieux armés mais aussi plus fragilisés, comme au Liban, en raison de leurs divisions. Ainsi, lorsque les coptes de la «diaspora» se réunissent en congrès aux Etats-Unis, ceux du Caire manifestent contre eux. Visiblement manipulés, les manifestants d’Egypte traitent leurs frères exilés de minoritaires. Ce qu’ils sont, en fait, mais chacun de ces minoritaires de la minorité a eu un maximum de raisons pour choisir de s’expatrier. Mais lorsque les coptes de l’étranger profitent de la liberté d’expression qui règne en Occident pour dénoncer la condition qui est celle de leur communauté en Egypte, ils sont traités de minoritaires, voire de traîtres. Les dignitaires coptes se font, quant à eux, les avocats du diable en versant dans la surenchère religieuse. Ils s’acharnent à vouloir imiter sans jamais l’égaler le taux de croissance démographique de leurs concitoyens musulmans. Leur clergé hurle au viol chaque fois qu’une femme copte embrasse l’Islam, après avoir succombé sous l’étreinte torride d’un jeune musulman. Et là-dessus, ils n’ont pas tellement tort puisque le jeune musulman commence souvent par kidnapper sa voisine copte avant de la convertir puis de l’épouser (l’ordre des actes importe peu). De là à proclamer qu’il y a un intégrisme copte face à l’intégrisme musulman, il y a un pas que certains n’hésitent pas à franchir, par calcul ou par commodité. Un reproche qu’on ne peut pas faire à Khaled Mountassar, médecin de formation et journaliste impénitent, qui anime la rubrique sexologie du magazine Elaph, (http://www.elaph.com/ElaphWeb/Healt h/2007/10/272727.htm), en plus de ses talents de polémiste. Ayant souvent dénoncé les torts causés à la communauté copte par l’intégrisme islamiste, Khaled Mountassar est d’autant mieux armé pour dénoncer les dérives coptes. Dans sa dernière chronique, il interpelle l’acteur Adel Imam à propos de sa récente rencontre avec le pape Chenouda. Le comédien qui s’apprête à jouer le rôle d’un prêtre copte dans son prochain film, a été reçu par le pape Chenouda qui lui a délivré un blanc seing pour le film. Adel Imam a expliqué qu’il avait demandé une audience au pape pour solliciter un avis religieux et des conseils pour son rôle de prêtre. «Attention ! Cadeau empoisonné !», réplique Khaled Mountassar à une initiative qui conforte, selon lui, la prépondérance de la censure religieuse. Il estime qu’en réalité, Adel Imam a demandé au pape l’autorisation de jouer le rôle d’un religieux. Ce faisant, il s’est mis en position de quêter un visa de censure préalable auprès d’une autorité religieuse. Ce qui est une manière de conférer plus de pouvoirs en la matière aux religieux coptes et musulmans. En agissant ainsi, il conforte l’Eglise copte dans son attitude rétrograde et hostile aux œuvres artistiques mettant en scène des personnages coptes. Khaled Mountassar rappelle le tollé provoqué par les dirigeants religieux coptes à propos d’un film comme J’aime le cinéma, dont le réalisateur, découragé par cette réaction, a renoncé au cinéma. «Le plus dangereux dans cette initiative que nous ne bénissons pas, c’est qu’elle émane d’un artiste de la dimension, de l’aura et du charisme de Adel Imam, affirme notre confrère. C’est un homme qui sait très bien que le terrorisme, au nom de la religion, commence par l’idée avant la bombe, par le lavage de cerveau et par la peur avant le recours à la kalachnikov. Car, celui qui autorise peut aussi interdire et permettre à l’Eglise de jouer le rôle de conseiller artistique, c’est jouer avec le feu. D’ailleurs, on a entendu le pape dire qu’il aurait aimé lire le scénario alors que l’art possède son propre alphabet qui échappe généralement à l’entendement des théologiens. Le pire dans tout cela, et qui tourne au film noir, c’est que le pape Chenouda n’a jamais demandé à voir Adel Imam, note encore Khaled Mountassar. Il n’a même jamais entendu parler du projet de film. C’est Adel Imam, lui-même, qui a pris l’initiative de la rencontre, ouvrant ainsi la voie à toutes les supputations. «Notre respect et notre considération pour les hommes de religion ne vont pas jusqu’à les sacraliser, souligne notre confrère. Ce respect et cette considération ne s’étendent pas à leurs opinions sur l’art. Ils ne signifient absolument pas que les poèmes du pape Chenouda ou ceux du Cheikh Chaaraoui sont d’une qualité exceptionnelle. » Suit l’évocation de quelques vers concoctés par les deux religieux et Khaled Mountassar de conclure : «Je préfère personnellement les poèmes de Nizar Qabbani et de Darwiche. Car la poésie a des secrets que les religieux les plus doués ne peuvent pas percer». Ceci dit, il y a une minorité qui constitue un vrai casse-tête pour les Arabes, c’est celle des Kurdes. Ils sont résistants aux fatwas mortifères, étant eux-mêmes musulmans et parfois plus musulmans que les autres. Le fait d’être musulmans et sunnites ne les empêche pas, par rancune et par intérêt, de s’allier tactiquement avec les ennemis chiites et de militer pour un Irak fédéral. Ce sont les ennemis du moment pour les bonnes consciences de la nation arabe. C’est pour ça qu’un silence aussi assourdissant que les hauts-parleurs de Ghaza a répondu aux projets turcs d’attaquer le nord de l’Irak, en vertu du droit de suite contre les «supposés» terroristes du Parti des travailleurs du Kurdistan. «Supposés» est le terme affectueux utilisé par les gros médias arabes pour qualifier les terroristes islamistes. Je suppose que les Kurdes n’ouvrent plus droit à cette appellation. Revoyez les dernières déclarations de Bechar Al-Assad. Son soudain amour pour la Turquie est sans doute le signe d’une profonde nostalgie pour le califat ottoman dont les Arabes ne veulent plus évoquer que les bienfaits annoncés.
A. H.



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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/10/22/article.php?sid=59830&cid=8