Actualités : BOUTEFLIKA ET LA JEUNESSE
L'aveu d'échec


Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui, dans dix-sept mois, aura consommé deux mandats pleins et successifs à la tête de la magistrature suprême, finit par reconnaître l’inéfficience, voire l’intégral échec des politiques jusque-là réfléchies et mises en branle en faveur de la jeunesse. S’il consent à cet aveu d’échec, c’est que bien terni est le tableau que la réalité lui donne à voir.
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir) - Bouteflika, qui prononçait, hier, devant les walis et les membres du gouvernement le plus court laïus qu’il a eu à commettre depuis son investiture, il y a près de neuf ans, dans sa fonction de chef de l’Etat, dut noter la gravité de la profondeur de la crise dans laquelle s’enlise la jeunesse comme dans un mea-culpa résigné. Car, en fait, ce sont près de neuf années de discours taillés dans les plus épais des optimismes qui soient qui sont ainsi brutalement contredits, et en très peu de mots. «Malgré l’importance du travail accompli pour la création d’un environnement favorable au développement de la jeunesse et à son insertion active dans la société, de graves problèmes menacent aujourd’hui la nouvelle génération. Ces problèmes, qui nourrissent la délinquance, la violence et la fuite vers d’autres horizons, sont d’autant plus difficiles à résoudre que cette catégorie de la population a été directement confrontée aux méfaits de la crise qui a affecté le pays», avouait le président d’une voix enrouée, presque éteinte avant d’encore asséner : «Il faut reconnaître que les politiques nationales n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes de nos jeunes. Elles ont en particulier manqué d’efficacité et de cohérence du fait de l’absence de mécanismes opérationnels de concertation et de coordination des diverses institutions chargées des questions de la jeunesse.» L’enchaînement dans ce discours à peine long d’une dizaine de minutes est une déclination d’illustrations saillantes du marasme dans lequel s’enlise la jeunesse. Et c’est tout naturellement que haragas et kamikazes s’insèrent au chapitre du discours présidentiel. Les 2 400 «haragas» recensés et les kamikazes d’Alger, Lakhdaria, Batna et Dellys pourraient devenir bien plus nombreux si l’on y prenait sérieusement garde», avertissait-il. Et du moment que le président lui-même l’évoque, le risque d’aggravation de la situation est donc bien réel. Que faire pour corriger les ratées d’une gouvernance longue de près d’une décade ? Le président Bouteflika a plaidé le rétablissement des connexions entre la frange juvénile et les pouvoirs publics. «Les sondages effectués sur les attentes de la jeunesse confirment ce constat, illustratif de la déconnexion de la relation entre les jeunes et l’action des pouvoirs publics», reconnaissait, au demeurant, Bouteflika. Par ailleurs, le désespoir qui ronge la jeunesse, de loin la frange dominante de la population, confirme le postulat de ce que l’injection à elle seule de l’argent dans des projets destinés à la jeunesse ne suffit pas tant que ne soient pas en même temps améliorés d’autres paramètres. Car il faut dire que, depuis 1999, des milliards de dinars ont été budgétisés et dégagés dans l’optique d’un mieux-être social sans résultats probants, au bout du compte. Preuve en est que des jeunes vont au naufrage dans l’espoir d’échapper à des quotidiens tout de noir faits. «Depuis le début de la décennie actuelle, l’Etat a consacré près de 150 milliards de dinars au seul secteur de la jeunesse et des sports dans le cadre des programmes d’équipement », rappelait Bouteflika.
S. A. I.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/10/24/article.php?sid=59901&cid=2