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12e salon du livre d’Alger.
Y a des ratissages qui se perdent…
Deux textes. Deux tisons pour revenir dans la plaie. Celui de Leïla Aslaoui
publié dans le Soir d’Algérie de ce jeudi. Comme un voile que l’on déchire
rageusement, tissu camisole posé (apposé devrais-je écrire) pour étouffer le
plus gros scandale de ce siècle algérien de compromission avec l’intégrisme et
le terrorisme : l’affaire du moudjahid Gharbi Mohamed Tounsi, emprisonné à vie
pour avoir lavé un peu de cette terre d’Algérie d’une souillure. Leïla nous
rappelle à nos amnésies. Nous oblige tous comme nous sommes — et l’auteur de
cette chronique en premier — à regarder le bout de nos chaussures. Dans ce drame
d’un moudjahid de la décennie coloniale et d’un moudjahid de la décennie
intégriste, nous nous sommes tus ! Ou alors, pour les plus courageux d’entre
nous, nous avons murmuré. Leïla, elle, a crié. Et ce cri déchire le voile. Dieu
de Dieu ! Que nous étions prompts, il y a quelques années encore, à pétitionner
pour le moindre dépassement, pour la plus petite gifle sur la joue de l’un
d’entre nous. Nous sommes aujourd’hui incapables de donner une signature à
Gharbi et à sa famille. Leïla ne nous en fait pas le reproche. Elle se contente
de déchirer le voile. Autre texte. Plus long. Presque aussi long que deux années
de prison, deux années de privation de liberté par le fait du prince. Aussitôt
sorti des presses, le dernier livre de Mohamed Benchicou Les geôles d’Alger est
interdit de salon international du livre. J’y étais à ce salon. Ce jeudi. Et je
les ai vues ! Ces cohortes de barbus, en kamis, en pantalon «mi-jambe», la barbe
en proue, la basket en alerte et les bras croulant sous des sacs et des cartons
de livres «religieux ». Ah ! Les fameux cartons Marlboro ! On m’en avait parlé.
Je les ai matérialisés enfin ! Des cartons de cigarettes américaines contenant,
par milliers, une littérature des lendemains incertains. Celle qui autorise la
poignée à dicter à la masse les contours de son avenir. Je les ai vues ces
processions de marchands de l’écrit religieux négocier fermement, férocement,
les saintes écritures et rêver déjà, à la sortie du pavillon central de la Safex,
aux bénéfices de leur «tidjara». Cette littérature-là et ces marchands du sacré
sont autorisés de salon. Mohamed Benchicou et son dernier opus y sont interdits,
en sont exclus. Alors, dire et écrire. Encore et encore. Tracer sur la feuille
blanche, en noir, en gras : MOHAMED BENCHICOU Les geôles d’Alger. A lire, à
faire lire, à faire circuler, à diffuser. Pour que rien ne s’oublie. Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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