Le Soir des Livres : Jugurtha, roi, guerrier et résistant

Depuis les écrits de Salluste, Jugurtha n’avait fait l’objet d’aucune biographie. C’est chose faite avec l’ouvrage de Haouaria Kadra Jugurtha, un Berbère contre Rome. Rééditée chez Casbah Editions, l’œuvre rassemble sous forme de récit toutes les connaissances accessibles à ce jour sur le personnage et son contexte historique. Qu’avons-nous retenu de cette page de notre histoire, si ce n’est le nom de celui qui l’a écrite.

Jugurtha, figure emblématique de la résistance à l’Empire romain, devenue au fil du temps le symbole de la résistance à l’oppression. Qui se cache réellement derrière ce roi guerrier ? L’auteur se livre à une étude scrupuleuse étayée de citations qui, loin de nuire à la fluidité du récit, nous apportent la caution du sérieux de ses recherches. Soucieuse d’appréhender la globalité de son sujet, elle n’omet aucun détail sur la société numide de cette époque : situation géographique, langues, religions, influences, art de la guerre, l’Empire romain et ses rouages, instruments de la domination… Sans oublier une mise au point concernant Salluste, cet historien romain sans qui Jugurtha nous demeurerait inconnu. Le décor planté, l’auteure nous invite à la suivre sur les traces du roi numide. Enfant naturel de Mastanabal, l’un des fils de Massinissa, et d’une concubine, Jugurtha reçoit une éducation punique et grecque laissant une large place à la formation militaire. Ses goûts, sa tenue, son portrait nous donnent l’image d’un jeune homme brillant, courageux, ambitieux : «Par bravoure, par goût du risque, il préférait se mesurer avec les grands fauves.» Autant de qualités qui le font aimer de son peuple : «Ce peuple de guerrier désirait pour roi un seigneur de la guerre et non, comme Micipsa, un souverain pacifique et adonné à l’étude.» Autant de traits de caractère qui le font redouter de son oncle Micipsa qui pressent le danger qu’il représente pour lui et ses fils appelés à lui succéder au pouvoir. Le souverain l’éloigne en l’envoyant combattre aux côtés des Romains au siège de Numance. C’est là qu’il se forme à l’art de la guerre sous les ordres de Scipion Emilien, le petit-fils adoptif de Scipion l’Africain. Se couvrant de gloire au combat, il ne tarde pas à gagner l’amitié et la faveur des Romains : «L’entourage de Scipion fut conquis par la grâce, la finesse d’esprit et la générosité de Jugurtha, qui put ainsi nouer de nombreuses et étroites amitiés…» C’est aussi auprès des Romains qu’il se forme à l’art de la politique. Dans les coulisses du pouvoir, il s’initie aux alliances et à la corruption. L’influence des nobles corrompus sera un temps freinée par les conseils de Scipion pour qui il éprouve une réelle fascination. Son ambition, son caractère impulsif et rancunier, les affronts commis à son encontre par ses frères, l’assurance du soutien de ses amis romains, l’inciteront à faire fi de toute sagesse et à privilégier la conquête du pouvoir, fusse au prix de l’assassinat de ses frères. Ce n’est qu’après avoir perdu le soutien de Rome qu’il se dressera contre elle. Les batailles, dont l’auteur nous fournit amples détails, se succèdent alors, donnant à voir la juste mesure de la qualité de stratège du personnage que seule la trahison de Bomilcar, son homme de confiance, parviendra à vaincre. Avec son talent de conteuse, Haouaria Kadra-Hadjadji nous restitue le portrait d’un être de chair et de sang dans ses faiblesses, ses contradictions, ses passions, un homme assoiffé de pouvoir, prêt à tout pour satisfaire ses ambitions mais un homme seul face à un empire contre lequel il a retourné ses propres armes : corruption, terreur et trahison.
Meriem Nour

Jugurtha, un Berbère contre Rome, de Haouaria
Kadra-Hadjadji, Casbah Editions, novembre 2007.

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