samedi 15 décembre 2007
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LA FABLE DU KAMIKAZE ÉLARGI !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Vaste opération de ratissage aux abords de plusieurs maisons de retraite. Une opération qui se serait déjà soldée par la mise hors d’état de nuire de 3 septuagénaires, 2 octogénaires et un centenaire. 

La bête ne passera pas !

Nom : Charef. Prénom : Larbi. Age : plus ou moins 35 ans. Métier kamikaze. Larbi, avant d’exercer à plein temps le job de kamikaze, avait été élargi en 2006. Le terme aseptisé et stérilisé d’ «élargi» voulant en fait dire «libéré». Nous avons voulu savoir qui avait libéré Larbi, le mettant ainsi à la disposition du marché du travail des kamikazes. Pour cela, nous avons joint le gardien de prison qui a introduit une clé dans la serrure de la cellule de Larbi et lui a dit «tu peux sortir !» Le maton, encore sous le choc après le mardi noir, nous a balbutié une réponse à peine audible : «Je n’y suis pour rien ! Le directeur m’a ordonné d’ouvrir la cellule de Larbi. J’ai obéi. C’est tout !» Nous avons alors joint le directeur de la prison. Encore sous le choc après le mardi noir, le directeur nous a d’abord demandé si nous avions un ordre de mission et une autorisation, puis il a déclaré : «Je n’y suis pour rien ! J’ai reçu un fax de la direction des services pénitentiaires, au ministère de la Justice qui m’ordonnait de faire ouvrir sur-le-champ la cellule de Larbi et de le libérer. J’ai obéi. C’est tout ! » Nous avons alors joint la direction en question, au siège du ministère de la Justice. Après nous avoir rappelé que nous-mêmes avions des affaires pendantes auprès du tribunal d’Alger pour diffamation et outrage au Président, on nous a répondu : «Nous n’y sommes pour rien ! Le ministre de la Justice nous a fait dire par sa secrétaire qu’il fallait immédiatement élargir M. Larbi. Nous avons obéi à notre hiérarchie. C’est tout ! » Nous avons alors joint le ministre de la Justice qui ne nous a rien dit. Muet comme une carpe du barrage de Beni-Haroun, il montrait juste du doigt un point invisible, imaginaire, au-dessus de sa tête. Nous ne sommes pas allés voir au-dessus de sa tête. Le temps était gris. Menaçant. La pente nord glissante. Le versant sud verglacé. Et les nuages en ordre de bataille tout autour du pic de la montagne. Nous avons donc renoncé. Ca aurait été bête tout de même ! Echapper à deux attentats dans Alger, pour ensuite dévisser, chuter et crever en escaladant la mauvaise pente. Malgré tout, malgré le fait que nous ne saurons peut-être jamais qui a «élargi» Larbi Charef, nous nous sommes consolés en fumant du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue.
H. L.

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