Le 12e congrès du Front Polisario, qui se tient à Tifariti, a poursuivi hier ses travaux à huis clos. Les participants ont débattu du rapport moral présenté la veille par le secrétaire général, Mohamed Abdelaziz. Les congressistes éliront dès aujourd'hui les membres de la nouvelle direction du Front Polisario et auront à élaborer la nouvelle «stratégie de lutte».
De notre envoyé spécial dans les territoires sahraouis libérés,
Tarek Hafid
Une pluie glaciale s'abat sans discontinuer sur Tifariti, localité
sous souveraineté sahraouie où se tient le 12e congrès du Front
populaire de libération de la Saguia-el- Hamra et du Rio-de-Oro. Le
mauvais temps — qui est en fait une véritable bénédiction en cette
contrée — n'a pas empêché les 1 525 congressistes de poursuivre leurs
travaux. Des travaux qui se sont tenus à huis clos et qui étaient
consacrés, en cette seconde journée, au débat autour du rapport moral du
secrétaire général du Front Polisario. Quatre-vingt interventions ont
été enregistrées à cette occasion. «Nous encourageons les délégués à
prendre la parole. Il est essentiel que tout le monde puisse participer
et débattre librement », a indiqué Mohamed Sidati, membre de la
direction du Front Polisario et représentant de la Rasd en Europe. Il
est utile de rappeler que Mohamed Abdelaziz a eu l'occasion, dans son
rapport moral, de faire «l'autocritique » du mandat de la direction
sortante. «Les congrès du Front ont toujours été l'occasion de réviser
les différents aspects de notre gestion, de pointer les erreurs et les
lacunes pour pouvoir les rectifier et les dépasser à travers des
programmes et des plans d'action issus de ces mêmes congrès», dira-t-il.
Le secrétaire général s'est montré particulièrement critique sur le plan
politique. «Dans le domaine politique et organisationnel, nous
soulignons une faiblesse dans l'action et le peu d'idéalisme chez les
cadres. Le décalage entre le discours et l'application résultant du
manque de conscience professionnelle et de l'auto-surveillance touche la
crédibilité de l'organisation et affaiblit la confiance en elle. Le
discours et la pratique ne s'adaptant pas aux évolutions sociales, ont
engendré des difficultés dans l'insertion de certaines catégories de la
jeunesse», avait-il précisé dans son rapport. En fait, le Front
Polisario se doit de faire un «recadrage» sur le plan organique afin de
lui permettre de passer à une nouvelle phase. C'est précisément cette
problématique qui a été abordée hier lors de l'intervention des
délégués. «Les congressistes n'ont pas pour habitude de ménager les
membres de la direction et encore moins le secrétaire général. C'est un
processus éminemment démocratique qui permet d'avoir une vision
objective de la situation actuelle et de définir les actions futures», a
tenu à préciser un délégué. Le secrétaire général, qui est comptable
envers le congrès, a répondu aux interventions au terme de la séance de
débats. L'étape suivante, qui pourrait intervenir aujourd'hui, sera la
dissolution de la direction politique. La commission électorale sera
alors chargée d'étudier les candidatures des nouveaux membres de la
direction. «Les candidatures sont libres», insiste Mohamed Sidati. «Il
ne faut pas qu'il y ait un monopole sur les postes de responsabilité,
tout peut changer. Il revient aux délégués de décider s'il faut opter
pour la continuité ou alors changer la composante de la direction»,
ajoutera-t- il. En effet, la future direction politique de la Rasd aura
à mettre en œuvre la nouvelle «stratégie de lutte», qui sera élaborée
lors de ce congrès. Il faut dire que les enjeux sont considérables.
Continuer à négocier ou reprendre les armes: la décision finale revient
au congrès. M'hamed Khedad, porteparole du Congrès l'a d'ailleurs
confirmé lors d'un point de presse: «la stratégie d'avenir repose sur
deux points : la poursuite des négociations ou d'autres méthodes (…).
Les congressistes trancheront sur la question de la reprise ou non des
armes».
T. H.
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