lundi 17 décembre 2007
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Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
IMMUNISER L’ENFANT CONTRE LA TOLÉRANCE
Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com


Depuis quelques jours, je comprends mieux pourquoi les Egyptiens sont, en majorité, hostiles à la normalisation des relations de leur pays avec Israël. Ils n’ont pas peur, en fait, de l’afflux massif de citoyens israéliens vers l’Egypte mais du second choc culturel provoqué par le retour d’Israël de leurs émigrés. A la fin des années soixante-dix, les Egyptiens, qui revenaient dans leur pays après un séjour en Arabie saoudite ou dans les Emirats, ramenaient dans leurs bagages des flacons entiers de wahhabisme.

Aujourd’hui, ils tendraient même à le réexporter si on en croit les confessions à la presse du théoricien du djihad en Egypte (1). Depuis Camp David, les Egyptiens, qui ne savent plus à quelle identité se vouer, craignent surtout le danger israélien qui se profile à l’horizon. Ce danger n’est ni militaire ni industriel et, encore moins sanitaire, comme les sornettes sur le sida propagé par des espionnes israéliennes kamikazes. Il risque de revenir, tout comme le wahhabisme, dans les malles des milliers de travailleurs égyptiens établis en Israël ou en Palestine occupée, si vous aimez l’ivresse des mots. Ils sont, en effet, 10 000 environ à vivre et à travailler dans les villes israéliennes de Tel-Aviv, Bir Saba et Haïfa. Ils ne s’arrêtent pas là mais se marient également avec des Israéliennes, et leurs enfants deviennent ainsi israéliens. Est-ce à dire qu’un «Hizb Israël» est en passe de rafler tout sur son passage comme la coalition FLN-RND, née, si j’ose dire, par duplication cellulaire en Algérie ? Toutes proportions gardées et tous détournements d’objets et d’objectifs mis à part, le péril est bien réel, aussi réel que la pérennité du duo précité. En tout cas, le quotidien Al-Misri Al-Youm, qui rassemble autant de mortellement patriotes que de démocrates, y croit fermement. Citant une récente enquête du journal Al-Ahram sur «l’exode vers Israël», Magdi Mehna relève que 13% des Egyptiens établis en Israël travaillent dans les services de l’armée. Ce qui signifie qu’ils possèdent la nationalité israélienne et que leurs enfants, nés de mariage avec des Israéliennes, ont aussi la nationalité égyptienne, en plus d’être israéliens. Et il n’est pas possible de les déchoir de la nationalité égyptienne même si la déchéance de celle de leurs pères est prononcée. Ces enfants se comptent aujourd’hui par centaines, note Al- Misri Al-Youm et on peut se demander quel sera le comportement de la société à leur égard. De plus, ajoute le quotidien, on remarque que la plus grosse vague d’émigration a eu lieu sous le gouvernement de Atef Abid (1999- 2004). C’est ce dernier qui a allégé les dispositions permettant aux jeunes Egyptiens d’émigrer en Israël. «Je suis sûr, cependant, que la question dépasse la personne de Atef Abid et qu’il n’est pas question d’imputer la responsabilité à son seul gouvernement, estime notre confrère. Je ne peux imaginer que des faits aussi graves aient échappé à la vigilance de l’Etat. Que s’est-il donc passé et qui a donné des instructions et des ordres en ce sens ? interroge Magdi Mehna. Pour débusquer les dangers qui menacent la jeunesse, il suffit de visiter le salon du livre pour enfants du Caire, comme l’a fait l’hebdomadaire Rose-Al-Youssef (2). La journaliste Asma Nessar a relevé certaines incongruités, en faisant le tour des étals de littérature pour enfants. Elle cite pêle-mêle : «La relation affective entre l’homme et la femme», «Le sexe dans notre vie», «Le développement affectif et sexuel dans les pièces obscures » (3). Comme pour donner le tournis aux enfants, on trouve aussi les œuvres de Cheikh Kechk, celles de Karadhaoui ainsi que les best-off de Omar Khaled et «Les encyclopédies de la médecine alternative», de Adel Abdelal. L’enfant découvre ensuite des titres comme «Asmodée, prince des démons», «Comment les diables revêtent une forme humaine», etc. On tombe ensuite sur un rayon entier de livres portant questions et réponses sur les relations sexuelles. Les éditeurs affirment d’ailleurs que les livres traitant de la démonologie, de la sexualité et du charlatanisme sont les plus appréciés et les plus vendus. Certains enfants ou adolescents viennent même au salon avec des titres en tête. Si on peut s’attendre à de tels dérapages chez les maisons d’édition privées, que dire alors de l’Entreprise générale du livre, organisme public et organisateur de la manifestation ? observe notre consœur. Au rayon de cette instance, nous avons été étonnés de trouver des livres comme «Dialogues avec les démons», ou «Mon expérience scientifique dans l’exorcisme et la mise en échec des sortilèges». On dit que l’auteur de ce livre n’est autre que Mohamed Saïm, l’un des savants d’Al-Azhar. Il traite de sornettes comme le mariage entre les «djins» et les humains. Une rencontre étonnante encore, celle des œuvres de Heba Qotb, spécialiste de sexologie. Ses livres trônent sur un rayon avec la mention «Pour adultes seulement». Ce qui aurait dû, en principe, attirer l’attention des organisateurs sur cette présence inopportune. Asma Nessar visite ensuite le pavillon des éditions «Hala» où elle remarque surtout la présence des œuvres du «douktour» Yasser Mendji, sur «les ressources secrètes du corps», notamment. «Ce livre, note la journaliste, contient des expressions et des détails que j’ai honte de rapporter ici. Comment alors, les organisateurs du salon ont-ils eu l’impudence de les accepter dans une telle manifestation ? Tout comme ils ont accepté des livres qui n’ont rien à voir avec les enfants comme «L’âge de la ménopause et de l’andropause», «La cité des tombeaux», etc. Pourquoi un tel déploiement de livres étrangers aux préoccupations enfantines ? Notre consœur a trouvé l’explication chez un éditeur. Ce dernier explique que ces livres n’étaient pas là au premier jour du salon, lors de son inauguration par Suzanne Moubarak, première dame d’Egypte. C’est au deuxième jour que des exposants ont ramené toute la littérature qui fait vendre, provoquant ainsi un effet boule de neige et détournant le salon pour enfants de sa véritable mission. Pour les organisateurs de telles manifestations et pour les gouvernements, l’essentiel est de protéger les enfants contre l’esprit de liberté et de tolérance. Il importe de leur interdire seulement ce qui peut les écarter du moule contraignant et obscurantiste d’un sunnisme en pleine déliquescence.
A. H.

(1) Il s’agit de Mohamed Imam Cherif, dit Docteur Fadhl qui a fait son acte de repentance en Egypte et qui est devenu la coqueluche des médias arabes qui cherchent une alternative plus crédible à Al-Qaïda.
(2) L’hebdomadaire a été catalogué récemment par un dirigeant des Frères musulmans comme «Le journal des services». Un journal des services de cette qualité, je veux bien.
(3) Je comprends mieux maintenant pourquoi la Sonelgaz met du temps à rétablir une alimentation normale en électricité.

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