Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Comment empêcher le mandat de trop ?
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Alors qu’au sein de l’alliance, les passes d’armes prennent des allures de vaudeville tragicomique, comme l’exige le genre, ailleurs à l’abri des regards, s’élabore patiemment la stratégie destinée à la future échéance. C’est qu’il fait de moins en moins de doute sur les intentions du président quant au réaménagement de la constitution afin de lui permettre de rester à son poste jusqu’en 2014, au moins.
Maître du jeu dès lors qu’il est le seul à en falsifier les règles et à établir le calendrier des urnes, quelle riposte doit lui être opposée pour contrarier un tel dessein ? La question concerne évidemment l’autre versant de la classe politique hostile, par éthique d’abord, à ces sordides travestissements de la loi juste à la veille d’une date couperet. A ce jour, le peu de réactions enregistrées ici et là relevait de l’incantation passive alors que le hold-up constitutionnel est depuis un mois annoncé sur tous les toits. Dans la maison de la courtisanerie, la mobilisation s’organise quand, en face, l’on bivouaque en rangs dispersés. Ne pouvant empêcher, dans un premier temps, l’irréparable forfaiture de s’accomplir il faut pourtant, à cette opposition, qu’elle réagisse autrement afin d’éviter le naufrage fatal au lendemain des élections de 2009. Sa survie ne dépendant que de sa capacité à s’unir en front de la contestation, elle doit se résoudre à laisser aux vestiaires ses petites identités et à élaborer ensuite un large consensus afin que le mandat de trop ne fasse de ce pays la copie conforme des oligarchies arabes. Qu’est-ce à dire si ce n’est qu’il est nécessaire de prendre de court le timing du pouvoir en entrant en campagne avant lui et avec une seule figure de proue. Car dans une compétition majeure, les mots d’ordre de boycott n’ont d’abord que peu d’effet et ensuite n’inquiètent guère les faussaires qui se soucient peu du formalisme de la légitimité. Aussi la seule possibilité qui sera offerte aux partisans de l’alternance serait de rassembler la totalité des forces démocratiques autour de ce thème-programme consistant à dire durement et sans précaution de langage aux électeurs tout le mal qu’il y aurait à accorder un troisième blanc seing à celui qui en tout état de cause a transgressé, à des fins personnelles, la règle. L’enjeu est crucial car il concerne essentiellement le devenir des libertés publiques et les perspectives d’un Etat de droit pour lesquelles ce pouvoir a si peu fait au cours de ces dix années. La présidentielle de 2009 n’aura de chance de faire bouger les lignes politiques et rompre avec le statu quo imposé par le système que si elle s’inscrit dans une confrontation binaire. Face au clanisme et à la bureaucratie politique soudés par les privilèges, il ne reste que la solution d’un front commun où les différences idéologiques doivent être transcendées pour les besoins d’une cause vitale. Quoique pensent les sceptiques qui voient en ce scénario une utopie, il reste néanmoins le constat que la société civile, elle, est tout à fait disposée à emboîter le pas à l’élite politique pour peu que celle-ci lui apparaisse agir dans le sens du véritable changement. L’électorat, c'est-à-dire justement cette société civile encore inorganisée, n’a-t- il pas par deux fois sanctionné le pouvoir actuel à travers l’abstention éclatante aux scrutins qu’il a organisés. C’est par conséquent ce capital de colère qu’elle doit à son tour fructifier pour faire barrage à ce complot contre l’alternance. Les leçons de la lamentable dispersion de 2004 doivent servir à l’opposition pour réussir son bloc même si cela doit coûter quelques déceptions à certains qui seront forcés de renoncer à leurs ambitions personnelles. Mais nous dira-t-on, les profils d’hommes d’Etat ne courent pas les chapelles et qu’il est ardu de dénicher celui qui consensuellement possède les atouts de rassembler au-delà des camps et de surcroît véhicule une image rassurante auprès de l’opinion. Il est vrai que les Aït Ahmed et Taleb Ibrahimi, disqualifiés par leur grand âge, pourraient se reconnaître dans cet épigone qu’est Mouloud Hamrouche. Cependant, la grande inconnue en ce qui le concerne n’est pas tant dans sa disponibilité personnelle mais dans l’idée que se font de lui les Saïd Sadi, Rédha Malek, Louisa Hanoune, etc. tous parties prenantes du projet d’un front. Descendu du «manteau» du système, son parcours est tout autant étonnant que son intelligence politique est aiguisée. Sollicité souvent dans les débats, il n’a jamais été avare de critiques développant chaque fois des analyses novatrices. A l’exception de son aventure avortée lors des présidentielles de 1999, il s’est depuis refusé à cautionner la moindre manœuvre politicienne se forgeant progressivement une image d’homme libre de toute connivence partisane. Et c’est ce détachement et cette hauteur qui ont fait qu’il soit souvent consulté. Une sorte d’oracle sans concessions. Récemment encore, il participa à un débat (lire El- Watan du 15 décembre) au cours duquel il restitua avec clarté la nature des régimes arabes et partant le nôtre. Il relèvera entre autres qu’ils ne «considèrent pas la Constitution et les lois comme des limitations à leur autorité, mais des contraintes à imposer à la société et aux contestataires».Or, comment faire pour que ce signe distinctif des «cités arabes» n’affecte pas la si fragile démocratie algérienne ? La tentation autoritaire du régime actuel qui, jusque-là, s’est illustrée par la répression de la contestation identitaire (Kabylie), par l’intimidation de la presse et l’incarcération des journalistes, s’apprête à casser le seul verrou qui nous différenciait des républiques orientales. Face à un président sortant, mais qui s’accroche à son poste en usant de tous les subterfuges paralégaux, l’ultime parade réside dorénavant dans l’émergence d’un front commun et d’un homme et un seul pour le conduire. Hamrouche, par son expérience passée et sa «neutralité» trans-partisane pourrait être celui-ci. Quant à la sincérité des urnes dont l’électeur se méfie depuis longtemps, il faudra, le temps venu, lui opposer la vigilance de la … rue Utopie que tout cela ? Peut-être, mais celle-ci vaut bien mieux que la fatalité et le renoncement. Autant rappeler la formule célèbre d’un homme politique français qui disait que «les seules batailles perdues sont celles que l’on n’a pas engagées».
B. H.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable