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«L’Etat n’a plus d’argent !» Cette déclaration de Abdelhamid Temmar, ministre
de la République et donc pas un rigolo, quelqu’un qui sait, forcément, m’a
plongé dans une profonde perplexité. Depuis que j’ai entendu cette sentence
terrible, j’ai tout abandonné. Femme, enfants, domicile et amis. Je me suis
enfermé au journal, et depuis, j’essaie de comprendre. Comment un Etat pétrolier
qui claironne sur tous ses toits dorés qu’il vend son pétrole et qu’il le vend
cher, que ses réserves de devises flirtent de manière cochonne avec la barre des
100 milliards de dollars en arrive à nous dire aujourd’hui «je n’ai plus de blé»
? Et plus je me penche sur ce casse-tête, plus je gamberge, plus les pistes
s’embrouillent. Au début, j’ai pensé à des rongeurs. Des rats ! Des rats,
hachakoum ! Des millions de bestioles se seraient réunies sous une seule
bannière et auraient attaqué les sous-sols de la Banque d’Algérie. Car, c’est
connu : lorsque le rat algérien est affamé, il pense immédiatement à aller se
restaurer dans les réserves de change. Ensuite, j’ai pensé à une inondation, un
tsunami. Mais un tsunami très localisé. Il n’aurait submergé que l’endroit où
est entreposé l’argent du pays. Partout ailleurs, personne ne l’a ressenti. Il
n’a été signalé par aucun instrument de mesure. Il a juste déferlé sur la
banque, a littéralement avalé tout le blé de la République et s’est ensuite
retiré sans demander son reste, sans attendre la petite monnaie. Ensuite, j’ai
pensé au python d’El-Harrach. Eh ouais ! Jusqu’à preuve du contraire, personne
ne l’a retrouvé. Personne n’a la preuve que le reptile serait mort. Pourquoi
s’interdire alors de penser que la bête se serait discrètement éclipsée du
quartier d’El- Harrach pour aller humer l’air du quartier des banques ? Et un
python, ça bouffe ! J’ai vu des documentaires sur la 5e où l’on montre un python
en train d’avaler une vache entière. Alors, pourquoi pas les caisses de l’Etat,
je vous le demande ? Voilà où j’en suis ce matin dans ma cogitation sur le
mystère de la disparition soudaine du magot, de la cagnotte, de la «hassa». Si,
de votre côté, vous avez des réponses ou des propositions à formuler pour
résoudre cette déconcertante énigme, envoyez-les à ce pauvre Monsieur Temmar. La
dernière fois où je l’ai vu, il levait les bras au ciel en signe d’impuissance
et semblait encore plus perdu que «notre» argent. Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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