jeudi 03 janvier 2008
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Actualités : CE MONDE QUI BOUGE
Amère fin d'année
Hassane Zerrouky


Il y a d’abord eu Alger. Ces deux attentats suicide dont l’un commis par un papy kamikaze, entraînant la mort de plusieurs dizaines de personnes qui ne savaient pas ce jour-là qu’elles ne verraient pas la nouvelle année. En arrière-plan, un débat politique se réduisant à la question de savoir s’il y aurait ou non une révision constitutionnelle qui permettrait au chef de l’Etat de postuler pour un troisième mandat, alors que l’urgence est ailleurs.
Il y a eu ensuite l’assassinat de Benazir Bhutto, première femme à avoir dirigé un Etat musulman à deux reprises et qui était en passe de remporter un nouveau pari : devenir pour la troisième fois Premier ministre, à l’issue des élections qui devaient avoir lieu le 8 janvier. Elle était femme, voulait le pouvoir et dérangeait. Un statut sans doute inacceptable pour certains milieux islamo-conservateurs de son pays, mais pas pour une majorité de Pakistanais qui avait placé en elle tous leurs espoirs. Elle était et restera un symbole pour toutes ces Pakistanaises et, au-delà, pour toutes ces femmes du monde musulman dont les attentes et les aspirations sont freinées par des pesanteurs sociales entretenues par les pouvoirs en place. Sa mort, qui a plongé le pays dans sa plus grave crise depuis sa création au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, risque de porter un sérieux coup d’arrêt à la démocratie. Il y a eu la Mauritanie qui semble avoir renoué avec le terrorisme islamiste. Si en ce qui concerne le meurtre des quatre touristes français la semaine passée, on ne peut accuser avec certitude Al Qaïda d’en être l’auteur, en revanche, l’attaque qui a coûté la vie à trois militaires mauritaniens serait bien l’œuvre de l’ex-GSPC. Autre pays, autres problèmes : le Kenya, connu surtout grâce à ses fabuleux athlètes de demi-fond, l’un des pays les plus pauvres au monde, vient d’être la proie de très fortes violences de type ethnico-politique. La réélection du président kenyan Mwai Kibaki, d’ethnie Kikuyus, majoritaire dans le pays, a provoqué la colère des partisans du candidat de l’opposition, Raila Odinga, appartenant à l’ethnie Luo : près de 300 morts ! A l’évidence, tout porte à croire que cette élection présidentielle a été le théâtre de fraudes massives. En effet, les résultats de 183 circonscriptions sur 210 accordaient au candidat de l’opposition, Raila Odinga, 3,7 millions de voix, contre 3,4 millions au président sortant, Mwai Kibaki, Il disposait donc d’une avance de 231 728 voix. Mais voilà, par la magie de la fraude, c’est le chef d’Etat sortant qui a été déclaré vainqueur. Reste, qu’au Kenya comme ailleurs en Afrique, le temps où les régimes en place fraudaient en toute impunité appartient à une autre époque : les peuples n’acceptent plus la fraude, ils se révoltent ! Le Liban. Au pays du Cèdre, l’année 2007 s’est achevée sans élection d’un nouveau président de la République. Les Libanais se sont réveillés en 2008 sans chef d’Etat. La vacance de la présidence se poursuit depuis la fin du mandat présidentiel d’Emile Lahoud le 23 novembre. Pourtant, majorité et opposition (Hassan Nasrallah et Michel Aoun), qui s’étaient mis d’accord pour que le chef de l’armée libanaise, Michel Sleimane, soit le nouveau président de la République, butent sur la formation d’un cabinet d’union nationale. N’entrons pas dans les détails — nous y reviendrons — mais retenons cette dangereuse invitation de la Maison Blanche à la majorité au pouvoir au Liban à passer en force en faisant élire le président de la République sans tenir compte des exigences de l’opposition. Si certains au sein de cette majorité étaient enclins à y répondre favorablement, le reste n’a pas voulu y donner suite et a préféré la poursuite du dialogue. Dans le cas contraire, le spectre de la guerre civile aurait de nouveau fait son apparition dans le ciel libanais. Concluons. Ce monde qui bouge, n’a pas bougé dans le bon sens en 2007. Et en 2008, rien ne permet de penser qu’il en sera autrement. Bonne année tout de même.
H. Z.

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