jeudi 03 janvier 2008
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Actualités : NOUVELLES DISPOSITIONS POUR L'IMMIGRATION CHOISIE EXCLUANT LES ALGERIENS
Le docteur Rafik Hassani, député RCD immigration :
"Le gouvernement algérien a été défaillant vis-à-vis de son émigration"


Le docteur Rafik Hassani, membre du RCD, est le député nord de la France, élu par la communauté algérienne en France lors des dernières législatives. Très actif au sein de la communauté algérienne en France, il consacre beaucoup de son temps actuellement, avec d’autres cadres algériens, à la création d’un rassemblement qui fédérerait toutes associations et compétences algériennes et franco-algériennes pour «peser davantage politiquement en France et construire une passerelle entre les deux pays».
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed
En tant que député algérien, son combat se situe aussi et en même temps au plan de l’amélioration des conditions d’accueil et de séjour des Algériens en France, dont il a fait son cheval de bataille au sein de l’Assemblée algérienne. A ce titre, Rafik Hassani s’insurge contre les nouvelles lois Hortefeux de mise en place d’«une gestion concertée des flux migratoires» et réagit aussi et surtout contre le silence fait autour des dispositions particulières qui régissent aujourd’hui les conditions d’entrée et de séjour des Algériens, les nouvelles dispositions n’étant pas applicables aux ressortissants algériens. Pourquoi ce silence ? Comment se retrouver dans tous les textes qui régissent aujourd’hui l’entrée et le séjour des immigrés en France ? Comment peuvent se retrouver les candidats à l’immigration dans un maquis de lois et de dispositions dont les dernières qui portent sur les métiers accessibles aux immigrés mais qui ne s’appliquent pas aux Algériens. Mais alors aujourd’hui, à quelles dispositions sont soumis nos concitoyens ? s’insurge notre député, qui poursuit : «Que fait le gouvernement algérien ? S’il négocie avec le gouvernement français, il est peut-être temps qu’on le sache et surtout que la population immigrée et les candidats à l’émigration sachent dans quelle voie les accords bilatéraux de 1968 et ses trois amendements s’orientent.»
Le Soir d’Algérie : Le gouvernement français vient d’émettre tout récemment (le 20 décembre dernier) une circulaire en direction des préfectures pour la mise en œuvre de sa nouvelle politique d’immigration économique. Ces nouvelles dispositions excluent les Algériens et les Tunisiens, qui constituent pourtant 30% des entrées permanentes en France, de l’accès aux métiers listés. Nos compatriotes qui souhaitent travailler dans les métiers qu’ouvre l’Hexagone aux étrangers ne pourront le faire et n’auront donc pas de permis de travail. Il se dit que la France est en train de tenter de forcer la main aux Algériens pour renégocier l’accord bilatéral du 27 décembre 1968 et pour revenir sur les conditions de regroupement familial favorables, théoriquement, aux Algériens dans cet accord, avant d’ouvrir la porte aux Algériens pour l’immigration de travail. L’on sait que le régime dérogatoire appliqué aux Algériens et institué par cet accord de 1968 et des trois avenants qui ont suivi, s’il a été à l’époque avantageux pour nos concitoyens, est devenu au fil du temps de plus en plus pénalisant pour nos émigrés et pour nos candidats à l’émigration. A vouloir garder à tout prix un régime dérogatoire, ne crée-t-on pas l’impasse aujourd’hui, dont seuls sont victimes les Algériens ?
Rafik Hassani :
Ce régime dérogatoire, censé favoriser l'immigration algérienne par rapport aux autres immigrants, est réduit comme une peau de chagrin par les trois amendements qui ont modifié significativement l'accord originel de 1968, par plusieurs entraves à la circulation et à l'installation des personnes. L'instauration des visas, les conditions d'attribution devenues progressivement draconiennes, et les difficultés souvent insurmontables de regroupement familial, rendent caducs les accords de 1968, qui eux-mêmes ont rendu caduques les dispositions en matière de libre circulation des personnes et des biens résultant des accords d'Evian. Le gouvernement algérien, dans son programme présenté annuellement devant les députés, fait état de sa mission de protection des intérêts des nationaux à l'étranger. C'est d'ailleurs malheureusement (pour l'émigration) la seule mission qu'il revendique, ce qu'on peut déplorer. Dire que le gouvernement a été défaillant est évident. Cette défaillance touche d'ailleurs tous les Algériens et dans tous les domaines. Le gouvernement algérien devrait être lui aussi soucieux d'une réduction de l'émigration, émigration qui se traduit particulièrement aujourd'hui par la fuite de ses élites. Il s'agit d'ailleurs moins d'empêcher les gens de partir, que de leur offrir un environnement à même de les retenir, car l'Algérie le peut aujourd'hui. Cet arsenal de lois concernant l'immigration en France est à l'initiative des autorités françaises qui, de toute évidence, ont opté pour une immigration choisie, favorisant les candidats issus des pays d'Europe de l'Est. La France peut élaborer les lois qu'elle souhaite. Le devoir de l'Algérie est de défendre notre communauté contre toute disposition discriminatoire la concernant, dans les négociations, si toutefois ont lieu ces négociations, ce dont on peut douter sérieusement.
Votre statut de député de l’immigration vous conduit tout naturellement à vous inquiéter de la situation insolite dans laquelle va évoluer la communauté algérienne en France avec l’arsenal de lois et de dispositions diverses. Concrètement, en direction de qui — le pouvoir algérien ? Celui de la France ? Le Parlement algérien ? — va s’organiser votre réaction ?
Le député algérien, représentant la communauté installée à l'étranger, agit bien sûr en direction de cette communauté, mais aussi auprès des autorités algériennes en leur rappelant leur mission. Je m'y emploie quotidiennement. Le pouvoir algérien doit proposer un cadre épanouissant à l'ensemble de ses ressortissants. Il en a les moyens matériels et financiers. Manquent sans doute la volonté politique et la compétence. Qu'il n'oublie pas que plus de 10% de la population algérienne se trouve à l'étranger. Cette diaspora mérite au moins 10% des efforts de son pays. Un rapport argumenté de sociologues réputés constate qu'un flux migratoire ayant atteint un seuil de 5% de la population déclenche des effets vertueux pour le pays d'origine. Cette assertion est vérifiée chez notre voisin marocain, mais pas en Algérie. Cette diaspora, riche dans sa diversité et ses compétences, est susceptible pourtant de représenter un poids économique important pour le développement du pays. Considérée et bien défendue, elle serait heureuse d'apporter à son pays son énergie et ses richesses. L'histoire l'a prouvé déjà.
K. B.-A.

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