Le docteur Rafik Hassani, membre du RCD, est le député nord de la France, élu par la communauté algérienne en France lors des dernières législatives. Très actif au sein de la communauté algérienne en France, il consacre beaucoup de son temps actuellement, avec d’autres cadres algériens, à la création d’un rassemblement qui fédérerait toutes associations et compétences algériennes et franco-algériennes pour «peser davantage politiquement en France et construire une passerelle entre les deux pays». De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed En tant que député algérien, son combat se situe aussi et en même
temps au plan de l’amélioration des conditions d’accueil et de séjour
des Algériens en France, dont il a fait son cheval de bataille au sein
de l’Assemblée algérienne. A ce titre, Rafik Hassani s’insurge contre
les nouvelles lois Hortefeux de mise en place d’«une gestion concertée
des flux migratoires» et réagit aussi et surtout contre le silence fait
autour des dispositions particulières qui régissent aujourd’hui les
conditions d’entrée et de séjour des Algériens, les nouvelles
dispositions n’étant pas applicables aux ressortissants algériens.
Pourquoi ce silence ? Comment se retrouver dans tous les textes qui
régissent aujourd’hui l’entrée et le séjour des immigrés en France ?
Comment peuvent se retrouver les candidats à l’immigration dans un
maquis de lois et de dispositions dont les dernières qui portent sur les
métiers accessibles aux immigrés mais qui ne s’appliquent pas aux
Algériens. Mais alors aujourd’hui, à quelles dispositions sont soumis
nos concitoyens ? s’insurge notre député, qui poursuit : «Que fait le
gouvernement algérien ? S’il négocie avec le gouvernement français, il
est peut-être temps qu’on le sache et surtout que la population immigrée
et les candidats à l’émigration sachent dans quelle voie les accords
bilatéraux de 1968 et ses trois amendements s’orientent.»
Le Soir d’Algérie : Le gouvernement français vient d’émettre tout
récemment (le 20 décembre dernier) une circulaire en direction des
préfectures pour la mise en œuvre de sa nouvelle politique d’immigration
économique. Ces nouvelles dispositions excluent les Algériens et les
Tunisiens, qui constituent pourtant 30% des entrées permanentes en
France, de l’accès aux métiers listés. Nos compatriotes qui souhaitent
travailler dans les métiers qu’ouvre l’Hexagone aux étrangers ne
pourront le faire et n’auront donc pas de permis de travail. Il se dit
que la France est en train de tenter de forcer la main aux Algériens
pour renégocier l’accord bilatéral du 27 décembre 1968 et pour revenir
sur les conditions de regroupement familial favorables, théoriquement,
aux Algériens dans cet accord, avant d’ouvrir la porte aux Algériens
pour l’immigration de travail. L’on sait que le régime dérogatoire
appliqué aux Algériens et institué par cet accord de 1968 et des trois
avenants qui ont suivi, s’il a été à l’époque avantageux pour nos
concitoyens, est devenu au fil du temps de plus en plus pénalisant pour
nos émigrés et pour nos candidats à l’émigration. A vouloir garder à
tout prix un régime dérogatoire, ne crée-t-on pas l’impasse aujourd’hui,
dont seuls sont victimes les Algériens ?
Rafik Hassani : Ce régime dérogatoire, censé favoriser l'immigration
algérienne par rapport aux autres immigrants, est réduit comme une peau
de chagrin par les trois amendements qui ont modifié significativement
l'accord originel de 1968, par plusieurs entraves à la circulation et à
l'installation des personnes. L'instauration des visas, les conditions
d'attribution devenues progressivement draconiennes, et les difficultés
souvent insurmontables de regroupement familial, rendent caducs les
accords de 1968, qui eux-mêmes ont rendu caduques les dispositions en
matière de libre circulation des personnes et des biens résultant des
accords d'Evian. Le gouvernement algérien, dans son programme présenté
annuellement devant les députés, fait état de sa mission de protection
des intérêts des nationaux à l'étranger. C'est d'ailleurs
malheureusement (pour l'émigration) la seule mission qu'il revendique,
ce qu'on peut déplorer. Dire que le gouvernement a été défaillant est
évident. Cette défaillance touche d'ailleurs tous les Algériens et dans
tous les domaines. Le gouvernement algérien devrait être lui aussi
soucieux d'une réduction de l'émigration, émigration qui se traduit
particulièrement aujourd'hui par la fuite de ses élites. Il s'agit
d'ailleurs moins d'empêcher les gens de partir, que de leur offrir un
environnement à même de les retenir, car l'Algérie le peut aujourd'hui.
Cet arsenal de lois concernant l'immigration en France est à
l'initiative des autorités françaises qui, de toute évidence, ont opté
pour une immigration choisie, favorisant les candidats issus des pays
d'Europe de l'Est. La France peut élaborer les lois qu'elle souhaite. Le
devoir de l'Algérie est de défendre notre communauté contre toute
disposition discriminatoire la concernant, dans les négociations, si
toutefois ont lieu ces négociations, ce dont on peut douter
sérieusement.
Votre statut de député de l’immigration vous conduit tout naturellement
à vous inquiéter de la situation insolite dans laquelle va évoluer la
communauté algérienne en France avec l’arsenal de lois et de
dispositions diverses. Concrètement, en direction de qui — le pouvoir
algérien ? Celui de la France ? Le Parlement algérien ? — va s’organiser
votre réaction ?
Le député algérien, représentant la communauté installée à
l'étranger, agit bien sûr en direction de cette communauté, mais aussi
auprès des autorités algériennes en leur rappelant leur mission. Je m'y
emploie quotidiennement. Le pouvoir algérien doit proposer un cadre
épanouissant à l'ensemble de ses ressortissants. Il en a les moyens
matériels et financiers. Manquent sans doute la volonté politique et la
compétence. Qu'il n'oublie pas que plus de 10% de la population
algérienne se trouve à l'étranger. Cette diaspora mérite au moins 10%
des efforts de son pays. Un rapport argumenté de sociologues réputés
constate qu'un flux migratoire ayant atteint un seuil de 5% de la
population déclenche des effets vertueux pour le pays d'origine. Cette
assertion est vérifiée chez notre voisin marocain, mais pas en Algérie.
Cette diaspora, riche dans sa diversité et ses compétences, est
susceptible pourtant de représenter un poids économique important pour
le développement du pays. Considérée et bien défendue, elle serait
heureuse d'apporter à son pays son énergie et ses richesses. L'histoire
l'a prouvé déjà.
K. B.-A.
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