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Attentat contre le commissariat de Naciria. L’enquête
avance à grands pas. Le kamikaze n’était pas atteint
d’une maladie incurable et n’était pas méprisé au
maquis.
Ouf ! Ça me rassure !
Tu t’appelles Djabelkheïr. C’est pas de ta faute. Ni vraiment celle de tes
parents. C’est juste politique ! Déjà, au départ, ta vie, c’est pas trop ça ! Tu
n’arrives pas à joindre les deux bouts rapiécés. Tu crains pour les lendemains
incertains et de moins en moins remboursés par la sécu. Tu regardes tes enfants
en te sentant dans la peau d’un serial killer par le simple fait de les avoir
mis au monde. Donc, t’as déjà la tête dans le bidon, lorsque soudain, la nature
et les hommes te l’enfoncent encore plus. Un séisme te jette à la rue. Ta maison
n’est déjà plus. Des experts sont passés par là. Ils l’ont badigeonnée un matin
à l’orange. Avant de revenir le soir lui peindre une croix rouge. Partout dans
le monde, une croix rouge, c’est signe d’espoir. Sauf ici ! En pleine déprime,
tu apprends par des voisins dont l’immeuble n’a pas subi trop de dégâts que toi
et les autres sinistrés, vous allez être rapidement relogés. Et un jour, on
t’appelle, toi, tes enfants et les caméras de l’ENTV pour la remise des clés
d’un chalet de 40 m2 situé dans un coin que tu ne connais pas forcément, à
proximité duquel il t’est arrivé de passer un jour, il y a fort fort lointain,
lorsque tu t’étais trompé de chemin. Mais bon, tu te dis maâlich ! El houkouma a
fait des efforts certains pour que ma famille et moi ayons un toit au-dessus de
nos têtes. Et puis, tu te dis que c’est provisoire. Jusqu’à la réhabilitation de
ton ancien chez toi. Locataire d’un chalet en bois, tu découvres ensuite qu’on
peut vraiment avoir très très froid l’hiver, très très chaud l’été et très très
peur le soir, lorsque tous les chats de gouttière sont aussi gris que ton
avenir. Mais bon, tu te dis maâlich ! Il faut que je tienne la distance. Ça ira
mieux demain. Seulement voilà, demain, c’est déjà aujourd’hui ! Le feu
d’artifice ! La cerise sur le gâteau empoisonné que te sert depuis des années la
houkouma : tu es sur le point d’être englouti par les flots, par des torrents de
boue, tout cela parce que la houkouma fait des essais sur son nouveau barrage.
Bon Dieu ! Là tu te dis que ça ne va plus du tout. Pourquoi mériter un tel sort
? Pourtant, tu n’as participé à aucune émeute. Tu n’as observé aucun sit-in
devant la Maison de la Presse. Et tu as voté lorsque les autres, tous les
autres, la masse énorme de tous les autres s’était abstenue de voter. Sauvé in
extremis de la hamla née d’une erreur grossière de manipulation des masses, tu
t’assieds sur le bord mouillé de l’entrée de ton chalet et, fataliste, tu te dis
la seule chose qu’un être sensé peut se dire lorsqu’il survit à Boumerdès :
«Décidément, en Algérie, il faut se méfier des barrages. Des faux, comme des
vrais !» Et tu fumes du thé pour rester éveillé à ton cauchemar qui continue.
H. L
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