Actualités : Chronique
EN QUELQUES MOTS : DE-CI, DE-LÀ
Tam-tam pour rien à Tam
Par Leïla Aslaoui
leila.aslaoui@yahoo.fr


Certes, nul ne peut nier que tout a été organisé et planifié par les partisans, courtisans et larbins de Abdelaziz Bouteflika, pour que sa sortie, ou sa promenade, ou encore son bol d’air frais en direction de Tamanrasset se transforme en show présidentiel. Les bouffons du roi, «chauffeurs de foule», étaient bien entendu de la partie. Pas étonnant alors, d’entendre Tamanrasset crier en chœur : «Ouhda talitha» (3e mandat).
Dans cette ambiance euphorique faite de tams-tams et de youyous, comment être surpris de voir les danseurs de karkabou changer de rythme et se trémousser au son de l’unique chanson autorisée à Tamanrasset : «Ouhda talitha» ? Afin que la fête soit une réussite totale et ne pas démentir l’adage populaire : «Plus on est de fous, plus on s’amuse», Abdelaziz Bouteflika, n’a pas entendu demeurer en reste. Rassuré par un impressionnant dispositif de sécurité, engoncé dans son gilet pare-balles, (tiens... tiens, qui a dit que l’on pouvait se promener dans toutes les wilayas de jour comme de nuit grâce à la réconciliation bouteflikienne ?). Il s’est déguisé en targui, a tapé dans un ballon (un quotidien arabophone le montre à la «Une», écrasant plutôt le pied d’un joueur que lançant le ballon... Echourouk 8 janvier 2008) et il s’est mêlé à la foule triée sur le volet, pour chanter «ouhda talitha». Le show terminé, Abdelaziz Bouteflika a alors conclu : «Les choses sont claires». Signifiant ainsi aux journalistes présents :
1) Je suis en parfaite santé
2) Je suis partant pour un troisième mandat.
Sur le premier point, il est évident que seuls Dieu, les médecins de Abdelaziz Bouteflika et celui-ci, connaissent la vérité. Pour autant, cette vérité ne pourra demeurer éternellement un «secret d’Etat», car enfin, jusqu’à quand Abdelaziz Bouteflika persistera-t-il à accomplir ses fonctions et missions à temps partiel ? D’omniprésent , d’omnipotent qu’il fut, le voici alternant de longues absences de la scène nationale accompagnées de mutisme total, y compris lorsque l’Algérie pleure ses morts comme ceux du 11 décembre 2007, (70 morts déchiquetés par les bombes, combien faut-il à Abdelaziz Bouteflika pour qu’il daigne prononcer un mot de compassion ?) ou au contraire, de shows présidentiels comme celui de Tamanrasset. La vraie question dès lors n’est pas : est-il malade ou pas ? La véritable interrogation est de savoir si l’Algérie peut continuer à fonctionner avec un chef d’Etat à «mi-temps» ? Ce n’est évidemment pas aux citoyens d’y répondre, pas même aux courtisans de Abdelaziz Bouteflika puisque ceux-là savent que le départ de leur maître, signifiera leur disgrâce définitive et leur mise en bière. C’est pourquoi ils s’accrochent au troisième mandat, beaucoup plus par souci de ménager leurs arrières, et conserver leurs privilèges que par fidélité à Abdelaziz Bouteflika. La réponse est entre les mains de ceux qui ont cru d’abord en 1999 puis en 2004 qu’en cooptant Abdelaziz Bouteflika, celui-ci serait l’homme de la situation. Ils peuvent comme nous, constater que le bilan est un véritable fiasco. Il est connu, et je ne l’établirai pas une énième fois. Je citerai seulement deux exemples :
1) A compter du 12 janvier, les psychologues, les praticiens de la Santé publique, les enseignants du supérieur, le personnel de l’éducation et de la formation, les vétérinaires, l’administration seront en grève. Cela ne rappelle- t-il pas des relents de 1988 ?
2) Un Etat digne de ce nom, l’Etat «d’el izza oua el karama» traite-t-il ses hadjis (pèlerins) de la façon la plus immonde en rémunérant grassement des fonctionnaires pour ce faire ? Qui a lu El Watan, et Liberté du lundi 7 janvier comme moi, ne peut que ressentir une profonde colère face à tant de mépris à l’égard du citoyen hadji de surcroît. Et pour une fois «la main de l’étranger» appelée à la rescousse lorsqu’il y a défaillance de nos gouvernants est innocente. Ce sont des Algériens payés pour protéger, guider, orienter et défendre les intérêts des hadjis algériens eux aussi, qui les ont totalement abandonnés jusqu’à les réduire à l’état de misère, dormant tel ce vieux papy photographié par les journalistes de Liberté et El Watan, sur un carton. Et ce n’est pas par hasard que les Saoudiens heureux de nous épingler ont classé l’Algérie en matière de pèlerinage dernière. Dernière en ceci, ou en cela, première en corruption et magouilles en tout genre ! Est-ce cela l’Algérie «d’el izza oua el karama » promise par Abdelaziz Bouteflika ? Comment le croire lorsqu’un de ses ministres — les affaires religieuses , Ghoulamallah, accepte qu’on le laisse choir à l’aéroport de Djeddah deux heures durant ? Il a eu droit à des excuses, nous révèle la presse. C’est plutôt un avion de retour sur l’Algérie qu’il aurait dû prendre mais après tout, chacun a le «nif» qu’il peut... Le nif on ne l’acquiert pas, c’est inné comme les bonnes manières. On comprend fort bien que cette presse qui nous informe et qui dénonce, puisse être d’une manière récurrente via des tentatives de muselage, telle celle de la mise sous tutelle du ministère de la Communication des imprimeries, l’objet de rappels à l’ordre. C’est bien Abdelaziz Bouteflika qui a déclaré un jour que «la plume était plus assassine qu’une balle». C’est le seul acquis qui nous reste de 1988, et nul ne peut plus nous en déposséder, quand bien même je suis consciente que les tracasseries — et le mot est faible — des dettes prétendument impayées, des mesures de rétorsion financière ou autres sont de sérieuses difficultés pour la presse. Mais après tout, est-ce le combat de celle-ci ou est-ce également et surtout le nôtre ? Il ne s’agit nullement d’une digression mais bel et bien du fond du débat : Si Abdelaziz Bouteflika veut un troisième mandat — et c’est le second point —
2) Ce ne sera pas pour veiller au développement, à la prospérité de Tamanrasset et autres wilayas de l’Algérie, ce ne sera pas non plus pour une ouverture démocratique : il n’aime pas le pluralisme et la tolérance, son seul principe démocratique est : ou tu es avec moi, ou tu es contre moi en bon islamiste qu’il est. Abdelaziz Bouteflika veut d’un troisième mandat pour nous ôter les rares libertés qu’il nous reste, c’est-à-dire peu de choses. Voilà pourquoi ceux dont la confiance a été trahie, lorsqu’ils ont porté leur choix sur lui ont leur mot à dire et ils se doivent de le dire. Qu’on ne se méprenne pas sur le sens réel de ce propos : je ne suis pas aguerrie notamment par l’élection présidentielle de 2004 — de ceux qui croient au sauvetage démocratique via ceux qu’on a pour habitude d’appeler les «décideurs». Si troisième mandat il y a, ce sera notre responsabilité et notre fait, voire notre «infraction». Le silence et la peur ne nous éviteront pas la catastrophe pire que celle des huit années passées sous le règne de Bouteflika. Cependant ceux qui ont coopté Abdelaziz Bouteflika, ont quant à eux, la responsabilité de ne plus laisser le pays sombrer tel le Titanic au fond des eaux. C’est leur responsabilité et surtout leur devoir. Qu’a donc fait Abdelaziz Bouteflika en presque neuf années pour prétendre à une rallonge avant même que la Constitution ne soit amendée ? (Mais en est-il à une violation près ?) Qu’a-t-il donc réalisé de positif pour réclamer un troisième mandat puisque selon lui «les choses sont claires». Elles le sont dans le sens où il en veut et il en redemande. Cela nous l’avions compris et n’avions guère besoin de tams-tams à Tam pour en être convaincus. L’homme de main de Abdelaziz Bouteflika s’agite suffisamment (Abdelaziz Belkhadem) pour le troisième mandat. Reste à savoir si elles sont aussi claires que veut nous le faire croire le même Bouteflika parti déjà en précampagne tandis que que l’on est à quinze mois (15) de 2009. Certes, Abdelaziz Bouteflika veut profiter de la lassitude des Algériens partagés entre le désenchantement (pour ceux qui ont eu la naïveté de croire en lui) et le désespoir, ainsi que de l’absence de toute opposition mobilisatrice, pour imposer son troisième mandat comme une fatalité et un fait inévitable. Mais qu’un show à Tamanrasset signifierait-il que «le peuple algérien, tout le peuple veut encore de lui ?» Quel sens alors donner dans ce cas aux grèves, aux émeutes à l’est, à l’ouest, au sud, au centre du pays ? Et la vraie question serait alors de savoir si les tams-tams de Tamanrasset ne seraient pas une sorte de défi (ou de provocation) de Abdelaziz Bouteflika lancé à sa maladie, mais surtout à ses adversaires, quand bien même il n’y croirait pas sérieusement ? En somme, des tams-tams pour rien à Tam. C’est là évidemment une question et non une affirmation. Car je sais fort bien que telle une moule collée au rocher, Abdelaziz Bouteflika s’accroche à son fauteuil présidentiel envers et contre tout. Contre vents et marées. Il aurait pu quitter ce même fauteuil dignement comme le lui a appris son prédécesseur, M. Liamine Zeroual réellement élu par son peuple. Mais que dis-je ! Abdelaziz Bouteflika n’a rien retenu de cette leçon de démocratie car n’est pas M. Liamine Zeroual qui veut et l’honneur ne frappe pas à toutes les portes. Monsieur Zeroual l’a eu comme cadeau de naissance. Abdelaziz Bouteflika croit encore, encouragé en cela par sa fratrie et sa cour, que s’imposer à son peuple est un droit alors que cela a un nom : «Coup de force». Voulons-nous de cela pour l’Algérie ? Républicains réveillez-vous ! Il est encore temps de croire que nous méritons mieux que Bouteflika et sa fratrie. Organisons-nous aussi, notre tam-tam, le nôtre, ne sera pas vain. L’Algérie mérite beaucoup mieux que «le plus mauvais des candidats».
L. A.

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