Le Soir des Livres : La mémoire de Danielle Mitterrand *

Ça commence comme cela : «Tout à coup, ma mère sembla vouloir s’échapper en courant. Mon père la retint par le bras. Elle se débattait, elle courut comme une folle vers le pont. (...) Trop malheureuse, elle voulait mourir. (...) Il aurait suffi qu’un geste désespéré aboutisse. Comme elle devait souffrir cette jeune femme enceinte de moi, trahie par l’homme qu’elle aimait (...) ! Et mon histoire aurait pu se terminer par le saut fatal de ma mère.» Elle ne se termine pas.

En prenant connaissance de la tentative de suicide de sa mère racontée par son frère, écrivain, Danielle Gouze fait un rapide calcul et s’aperçoit qu’elle était déjà là. Témoin de la scène, à partir du ventre de sa mère. Elle se plaît à dire qu’elle l’a peut-être sauvée en naissant. Elle lui a redonné, en tout cas, goût à la vie. Elle naît dans une famille de vignerons qui ne sont pas traditionnellement de gauche. Ils le deviennent. Ce positionnement politique s’accentue avec le père de Danielle, enseignant et défenseur de la laïcité. La petite Danielle baigne dans un milieu où la conscience politique se renforce tous les jours. Avec cet héritage, elle va traverser trois Républiques, participer dangereusement au combat contre le nazisme et persévérer dans des engagements politiques ancrés dans la laïcité des «hussards de la République», la Résistance et la gauche socialiste. L’ex-«première dame» de France, qui a une sainte horreur de ce titre, a évolué auprès de son époux, le soutenant à toutes les étapes de son ascension politique vers les plus hautes charges de l’Etat, tout en gardant une opinion et des engagements propres. C’est le cas, par exemple, de son combat pour faire reculer en France les préjugés à l’égard de Fidel Castro, qu’elle ne laisse pas traiter de dictateur. C’est le cas aussi de son soutien aux Tibétains, aux Indiens du Chiapas, aux Kurdes. Partout où des peuples souffrent de la grande injustice de l’ultralibéralisme, Danielle Mitterrand et sa fondation France- Libertés se battent pour leur offrir au moins de porter leur voix. Danielle Mitterrand n’a pas de doute, et elle a bien raison, sur ceci : «Oui, je suis une femme de gauche et je sais encore ce que ça veut dire !» Ces mémoires riches d’anecdotes, d’émotions et d’une certaine cocasserie, nous racontent le destin de cette femme hors du commun.
A. M.

* Danielle Mitterrand,
Le livre de ma mémoire,
Editeur : Jean-Claude Gawsewitch.

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