Périscoop : BAZOOKA
La tentation du pire ?
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Maâmar Farah a répercuté l’information envoyée par un lycéen de Annaba : une bande de voyous dopés à la drogue a agressé les grévistes des lycées à coups de matraque et de couteau et les ont poursuivis jusqu’aux portes de leurs lycées. Le correspondant d’ El Watan rapporte qu’à Oran deux incidents ont émaillé la marche des lycéens : une bande de voyous a attaqué les lycéens au gourdin.
On ne peut que rester perplexe devant de telles agressions impunies alors qu’un quadrillage impressionnant maille nos villes pour les protéger des menaces terroristes. Pire, la présence policière renforcée autour des cortèges et des lycées rend légitime la question de savoir si ces voyous n’ont pas été «lâchés» sur les protestataires ou si la police n’a pas fait preuve de laxisme. Je n’ose pas imaginer que des secteurs du pouvoir ou que des responsables locaux encouragent ou couvrent de tels agissements. La tentation de faire appel au lumpen pour casser la mobilisation est un acte de «guerre sociale» avec toutes les conséquences possibles d’une guerre tout court. C’est une vieille ficelle de la guerre sociale abondamment utilisée aux Etats-Unis, le long de la première moitié du 20e siècle, pour casser grèves et syndicats et dont vous pouvez trouver un admirable écho esthétique dans le film Sur les quais d’Elia Kazan et dans lequel Marlon Brando atteint un sommet dans son art. Dans notre propre pays, des cercles du pouvoir ont utilisé, en 1967, un groupe de dockers pour casser le syndicat étudiant lors d’une fameuse grève. Notez qu’il s’agissait de dockers, des hommes socialement insérés, vivant les problèmes de leurs enfants ou de leurs fratries et que les étudiants ont convaincu en quelques minutes de la justesse de leurs revendications. Mais que pouvez-vous discuter avec des voyous complètement désocialisés ? Utiliser ces méthodes de la terreur ne suffira pas à ériger les barrières protectrices autour des décisions du pouvoir et elles peuvent déboucher sur le pire. Il faut espérer que ces deux «incidents» ne se reproduisent pas et surtout qu’au plus haut niveau du pouvoir, des gens réellement responsables et conscients des conséquences catastrophiques, donnent les instructions les plus fermes pour dissuader d’éventuels apprentis sorciers et de les prévenir. Il est temps que le ministre annonce les mesures d’urgence les plus faciles à prendre comme la révision à la baisse des coefficients de certaines matières, la suppression d’autres non nécessaires à la carrière scientifique de nos potaches et à prendre l’engagement d’un vrai débat sur les autres mesures qui demandent un examen plus approfondi. Sur le fond, le ministère a reconnu le succès de la grève, et retarder les solutions ne sert plus personne. Sauf à vouloir «pourrir» la grève et l’entraîner dans une impasse, dans une «guerre» menée aux espérances de nos enfants. Le choix du pire a souvent fasciné nos dirigeants.
M. B.

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