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Selon le gouvernement, «la grève des lycéens fait partie
d’une vaste manipulation visant à perturber le 3e mandat de
Abdekka.»
Vive la grève !
D’abord une énigme qui me prend la tête depuis hier et ma lecture des
journaux. La plupart des confrères, ont titré, à propos de la grève des lycéens,
«Benbouzid rassure et menace !» Ya bouguelb ! Comment diantre peut-on dans le
même temps rassurer et menacer ? Par quelle alchimie miracle peut-on associer le
«rassurage» et la menace ? Partout ailleurs, on vous répondrait que les deux
matériaux ne sont pas assemblables. Sauf ici, en Algérie. Chez nous, il faut se
rendre à l’évidence, un ministre peut dans le même temps rassurer et menacer. Ça
doit être ça les super-pouvoirs ! Et il faut bien des super-pouvoirs au ministre
de l’Education pour résoudre cette équation impossible que les lycéens viennent
de lui mettre sous le nez et qu’ils ont formulée comme suit : «Il faut 45
semaines pour terminer les nouveaux programmes et l’année scolaire effective
n’en compte que 28.» Mince alors ! Comment faire rentrer un programme de 45
semaines en 28 ? Deux écoles (sans jeu de mots) s’affrontent à ce sujet. La
première, celle du «rassurage ». Elle considère que l’on peut très bien tenir ce
discours aux lycéens : «Chers élèves, très chers parents d’élèves, nous sommes
convaincus qu’en unissant nos efforts, la main dans la main, en étroite et
harmonieuse coordination, dans un esprit de totale concertation nous arriverons
à boucler en 28 semaines un programme conçu à l’origine pour 45 semaines.
Retroussons nos manches, et soyez rassurés, nous irons bravement jusqu’au bout
!» Face à cette école du «rassurage», il y a l’autre école, celle de la menace.
Elle se décline comme suit : «Oui ! Nos programmes sont conçus pour 45 semaines.
Nous le savons bien, puisque c’est nous qui les faisons. Oui ! Nous savons aussi
que l’année scolaire effective ne compte que 28 semaines. Nous le savons
d’autant plus que c’est nous-mêmes qui décidons de la durée de l’année. Et en
sachant tout cela, et beaucoup d’autres choses encore, nous vous ordonnons de
tout apprendre et de tout assimiler en 28 semaines chrono, sinon, nous vous
rentrons dans le lard !» Entre les deux, il y a bien une 3e école. Une école qui
tiendrait à peu près ce langage : «Magnifiques parents ! Avec tout le respect
que nous vous devons, avec toute la circonspection dont nous devons faire preuve
et au vu de l’obligation de réserve à laquelle nous sommes tenus, nous sommes
tout de même obligés de vous dire que si vos enfoirés d’enfants ne reprennent
pas les cours dans les heures qui suivent, dare-dare, nous lâchons sur eux les
blindés, et même vous, leurs géniteurs, vous aurez toutes les peines du monde à
les reconnaître. Veuillez recevoir, chers parents, l’expression de notre
parfaite considération. » En fait, à bien y regarder, c’est l’option de l’Oncle
Ben. Celle qui lui permet dans le même temps de rassurer et de menacer. Je fume
du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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