Le Soir des Livres : Signet
Courage


Une vague de révisionnisme se soulève. La guerre d’Algérie ? Ce n’est pas une lutte de libération menée par un peuple mais un affrontement entre «bandes» armées qui aurait coûté autant aux civils colonisés qu’aux colonisateurs. En France, les voix de ce négationnisme qui veut réhabiliter le colonialisme en multipliant, au pire, les sources de la victimisation, s’élèvent de plus en plus haut dans le ciel d’un débat où tout peut être dit.
Mais, face à la culpabilisation sans vergogne des tenants des «bienfaits du colonialisme» ou du «refoulé de l’inconscient colonial», heureusement qu’il se dresse des historiens comme Alain Ruscio qui non seulement ne laissent pas dire n’importe quoi sur la colonisation mais défendent aussi une sorte d’écriture démocratisée de l’histoire, une écriture où l’acteur et l’historien se donnent la main pour relativiser l’un et l’autre et avoir la meilleure mesure. Il n’y a pas de doute qu’un tel sacerdoce est risqué à des moments de consensus sur ce besoin de voir objectivement le passé colonial de la France en oubliant de mentionner que l’histoire de la colonisation de l’Algérie démarre, qu’on le veuille ou non, par le viol de la souveraineté du peuple algérien. Après quoi, on peut broder ce qu’on veut mais perdre de vue ce point de départ, c’est laisser la porte ouverte à tous les négationnismes. C’est dire à quel point le travail d’Alain Ruscio et ses collègues est non seulement courageux mais aussi exemplaire de cette recherche de la vérité qui ne soit pas prise en otage dans des enjeux politiques du présent.
Bachir Agour

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