lundi 11 fevrier 2008
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LE VERTIGE DES PROFONDEURS !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Amendement de la Constitution. Il semble bien que l’on s’achemine vers une présidence à vie. Et très franchement, c’est le volet de la réforme qui… 

…m’inquiète le moins

J’ai lu hier, dans des journaux officiels de chez officiel, que l’appel à un 3e mandat «est une demande populaire qui émane de l’Algérie profonde». J’ai toujours été émerveillé devant ce concept franchement révolutionnaire de «pays profond». Dès que j’entends parler d’Algérie profonde, j’imagine aussitôt une équipe de spéléologues, casque à lampe vissé à la tête, piolet en main, corde passée en travers du corps, crochets de rappels accrochés à la ceinture et un décamètre déroulé pour mesurer la profondeur de l’Algérie… profonde. Et dans ce genre d’équipées dans les tréfonds d’une nation, une question m’a toujours taraudé l’esprit : à partir de quelle profondeur décrète-t-on atteintes les frontières du profond pays ? Ce n’est d’ailleurs pas la seule question qui me turlupine. Dès qu’il s’agit de pays profond, je deviens prolixe en questionnements divers. Comment peut-on décider des normes de profondeur d’un pays à partir de la surface ? Les mesures prises par les spécialistes, à partir de la surface, au niveau de la mer — du Club-des-Pins, par exemple — peuvent-elles être considérées comme fiables ? Le label «Pays profond» peut-il être exploité par des gens n’ayant jamais pratiqué la spéléologie et souffrant de vertige des profondeurs dès qu’ils franchissent le poste de gendarmerie de la zone de sécurité de Moretti ? Plus intrigant encore : comment les gens de la surface peuvent savoir avec exactitude ce que veulent les gens de la profondeur dans un pays où les voies de communication et de circulation sont aussi peu performantes, voire même inexistantes ? Les temps de rencontre entre le pays de surface et le pays profond étant très rares, sporadiques, ces croisements éphémères entre deux mondes suffisent-ils aux gens du haut pour comprendre et saisir ce que veulent vraiment les gens du bas ? Et puis, question subsidiaire : comment se fait-il que des gens aussi au fait des pulsions de l’Algérie profonde, des cracks qui viennent aujourd’hui nous assurer que le pays profond exige un 3e mandat pour Abdekka, n’aient pas pu prévoir le boycott massif des dernières élections législatives et locales par les électeurs du… pays profond ? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar des profondeurs continue.
H. L.

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