Culture : AREZKI L’INDIGÈNEÀ LA MAISON DE LA CULTURE MOULOUD-MAMMERI DE TIZI-OUZOU
Un bandit d'honneur


Après l’avant-première au mois de novembre dernier à Alger, puis à Sétif en janvier à l’occasion de la 8e édition du festival du film amazigh, Arezki l’indigène de Djamel Bendeddouche sera projeté pour les cinéphiles tiziouzouiéns le jeudi 21 février, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri.
Ce long métrage de 130 min qui retrace l’épopée de celui qu’on appelait jadis Bandit d’honneur a été financé sur le budget de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007», parmi les six films d’expression amazighe qui ont été subventionnés dans ce cadre. Tourné principalement en Kabylie, et pour le besoin d’anciennes fermes coloniales dans le film, l’équipe technique a dû opter aussi pour Sidi-Bel-Abbès pour le tournage de quelques séquences. Le tournage n’a duré que neuf semaines, d’après son réalisateur, Djamal Bendeddouche que nous avons rencontré à Sétif lors du Festival du film amazigh. Faute de moyens financiers conséquents, nous fait savoir notre interlocuteur, il y a eu omission de pas moins de sept séquences dont celle relative à la capture d’Arezki L’bachir. Pour Bendeddouche, cette séquence à elle seule revient à pas moins de 300 millions de centimes, puisque «la bataille a nécessité la mobilisation et le déploiement durant trois mois d’hiver de pas moins de 300 soldats et au bout de laquelle Arezki fut capturé», avant d’ajouter que «pour réaliser un film historique comme celui sur Arezki L’bachir, il faut au moins 4 milliards de centimes. Or nous, on est loin de ce budget». Une façon de dire que le montant alloué par le ministère de la Culture est en deçà de ses attentes et prévisions. De même que le réalisateur a fait l’impasse sur le fameux procès qui restera gravé dans les annales de l’histoire de la colonisation française en Algérie, et qui a duré près de vingt jours. «Le procès ne m’intéresse pas», a-t-il répondu à ce propos. Dans ce film, le personnage principal d’Arezki L’bachir a été confié à Salem Aït-Ali- Belkacem, un talentueux acteur qui a joué dans Machahou de Belkacem Hadjadj et Mimezrane de Ali Mouzaoui. Il y a lieu de signaler que Salem Aït-Ali-Belkacem a décroché le Prix de la meilleure interprétation masculine lors du Festival du film amazigh de Sétif. Qu’est-ce qui a motivé Djamal Bendeddouche à réaliser un film sur la révolte d’Arezki L’bachir ? Il nous répondra en toute franchise. L’idée initiale de faire un film historique sur Arezki L'bachir était, pour Djamal Bendeddouche, venue de manière spontanée car il était au départ intéressé par un travail consacré à Bouziane El- Kolai, un personnage de l’Oranie, tout aussi emblématique et fabuleux qui a subi les douleurs de la force coloniale et qui a été guillotiné comme Arezki L’bachir vingt ans avant ce dernier. «Mon intérêt pour ce personnage remonte aux débuts des années 1980. Et les diverses recherches aussi bien au niveau de la Bibliothèque nationale d’Alger et celle de Paris qu’au niveau des archives se trouvant à Aix-en-Provence se sont étalées sur une année. Je me suis aussi référé à des articles de journaux de l’époque, des photos et autres écrits divers pour finaliser mon scénario que j’ai réécrit cinq fois. La première mouture du scénario date de 1982», explique-t-il. A propos du mot «indigène» contenu dans le titre du film ayant suscité une polémique lors du Festival du film amazigh à Sétif que d’aucuns trouvent péjoratif, voilant de fait le personnage d’Arezki L’bachir, Djamal Bendeddouche dira que «le titre n’a absolument rien de péjoratif. Il ne déshonore en rien l’héroïsme du personnage d’Arezki L’bachir, bien au contraire». Se référant au code de l’indigénat de l’époque, Bendeddouche se défendra en disant que «le code de l’indigénat régulait malheureusement cette époque et Arezki faisait partie de l’Algérie. Tous les Algériens dont Arezki étaient soumis aux lois de ce tristement célèbre code qui a été instauré après 1871. Nous étions soumis politiquement, économiquement et nous étions donc indigènes malgré nous». L’histoire du film remonte aux années 1895… Albertine Auclair, jeune journaliste à Paris, débarque en Kabylie pour écrire un article sur l’Algérie et se recueillir sur la tombe de son père, officier de l’armée coloniale. De passage à Alger, elle rencontre le colonel Gardner, ami de son père, qui lui recommande de prendre contact avec Mlle Faure, institutrice en Kabylie (Yakouren). C’est grâce à Mlle Faure qu’Albertine découvre la personnalité d’Arezki L’bachir. Albertine rentre en contact avec Arezki L’bachir grâce à Rosa, la chretienne, née en Espagne d’une mère espagnole et d’un père kabyle, Abdoun en l’occurrence, évadé de Cayenne où il a été déporté suite à l’insurrection de 1871. Albertine est prise alors dans cette réalité violente. Elle est poussée alors à écrire… Sous pression des colons et de l’administration, le gouverneur général d’Algérie lance une grande campagne pour «éradiquer le banditisme et donner l’exemple aux indigènes ». Arezki L’bachir et son groupe sont arrêtés, jugés et guillotinés… A signaler, enfin, qu’il n’y a pas beaucoup d’ouvrages sur la révolte d’Arezki L’bachir hormis les rares publications à l’instar de celles d’Emile Violard et d’Azeddine Taguemout. Ce film de Bendeddouche vient à point nommé pour combler par l’image ce déficit en la matière. A voir absolument !
M. S. Bel

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