|
«Cuba. Castro renonce au pouvoir.»
Tout a une fin !
Contrairement à ce qui se dit, le plus vieux métier du monde n’est pas celui
auquel on pense, embaumeur, mais bien plutôt celui de «lecteur public de motions
de soutien». De mémoire humaine, dans toutes les cours, depuis que les hommes se
sont mis en tête de s’entourer d’une cour, il a été pratiqué cette profession de
«lecteur public de motions de soutien». L’humanité s’est tellement habituée à
les voir, à les entendre qu’elle avait fini par banaliser ce métier, le
considérant comme une activité normale, simple et accessible. Que nenni ! N’est
pas «lecteur public de motions de soutien» qui veut. On ne s’improvise pas
«lecteur public de motions de soutien». En plus de dons naturels, congénitaux et
héréditaires qu’il faut avoir la chance de voir détecter très tôt, il y a tout
un savoir-faire à acquérir, à travailler, à entretenir et à perfectionner en
permanence. Le lecteur public de motions de soutien n’est pas un vulgaire
ânonneur de mots, de phrases et de paragraphes les uns plus lénifiants que les
autres. Non ! Le lecteur public de motions de soutien doit avoir, à la base, une
qualité essentielle. Celle qui consiste à essayer de nous convaincre que le
texte lu est sincère alors que tout le monde, le lecteur public y compris, sait
que c’est du pipeau. Le lecteur public est doté d’une autre qualité qui n’a rien
à envier à la première : nous prendre pour des demeurés tout en donnant l’air de
nous regarder comme des êtres intelligents, exceptionnels. Certains pourraient
être tentés de qualifier ces qualités de simple don de comédien, voire de
saltimbanque. Erreur. C’est de l’art ! C’est l’essentiel même de la tragédie.
Donner de l’intensité dramatique à un machin fondamentalement burlesque.
Essayez, vous, de lire un texte chiant, crapule et hypocrite sur un ton enflammé
et la main posée sur votre cœur qui palpite à vue d’œil ! C’est plus difficile
qu’on ne le pense. C’est pour cela que je tenais à rendre hommage ce jeudi à ces
femmes et à ces hommes qui ont fait leur l’ingrat métier de «lecteurs publics de
motions de soutien». Qu’ils trouvent ici l’expression de mon admiration profonde
devant leur maestria à chaque fois renouvelée. D’ailleurs, je voudrais plaider
dans cet espace la cause de l’intersyndicale des lecteurs publics de motions de
soutien. Ils viennent de m’adresser un gentil courrier dans lequel ils
s’inquiètent des tentatives de certains cercles occultes et malveillants qui
voudraient limiter à deux les mandats légaux des «lecteurs publics de motions de
soutien». Pour l’heure, en effet, on peut être, à vie, lecteur public de motions
de soutien. Et je ne vois pas pourquoi, au nom de quelle logique, des forces
tapies dans l’ombre voudraient ramener à deux la formidable possibilité qu’ont
certains artistes de nous prendre, à vie, pour une bande de tarés ! Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|