lundi 25 fevrier 2008
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Chronique du jour
Pousse avec eux
Le HIC
Edition du jour
 
Corruptions
Le Soir Mobile
Société
 
 
Nos archives en HTML
 

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
L'art d'écrire en patrie marâtre
Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com


Vous avez tous remarqué, comme moi, cet étrange avis de condoléances paru la semaine dernière dans un journal arabophone avec la photographie de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah du Liban et d’ailleurs. Il s’agissait, en fait, de compatir à la disparition de Imad Moughnieh, chef lui aussi de la branche militaire du «Parti de Dieu», tué le 12 février à Damas. L’auteur de l’avis, ancien député ou député ancien, exprime à tous les éplorés, sympathisants du Hezbollah, dont lui-même, sa sympathie et sa solidarité sans faille.
Précaution de style judicieuse, parce que les failles dans la solidarité arabe sont aussi nombreuses que celles ornant le fuselage d’un Mig 29, acheté en contre-remboursement. Par précaution aussi, l’auteur se garde bien de montrer une quelconque inclination envers le chiisme. Ce serait imprudent par les temps qui courent, même si tout le monde est occupé à faire la chasse aux évangélistes adventistes. Avec des dirigeants et une opinion versatiles, les chiites pourraient bien être la prochaine cible. Il suffirait, pour cela, que l’euphorie du 3e mandat se dissipe devant la funeste perspective de voir les mêmes têtes hanter nos écrans et nos cauchemars pendant cinq ans encore. Pensez-y : cinq ans, c’est long, ennuyeux et c’est plus long encore avec des mandats à rallonge et des constitutions rédigées à l’encre sympathique. Certes, on continuera à vous flatter en vous faisant croire que vous êtes issus d’une nation élue pour prêcher le bien et proscrire le mal. Votre vie ici bas vous prouve amplement et quotidiennement qu’il n’en est rien. On vous promet moins de sécheresse : sachez que toutes les eaux de Taksebt, d’Arzew et du Hamma réunies ne suffiraient pas à étancher vos futures soifs de liberté. On vous dira aussi que des Ben Laden viendront vous construire des villes splendides, lorsque les vrais Ben Laden auront détruit celles que vous avez. En prime, vous aurez toujours les mêmes députés qui salueront le combat du Hezbollah, créé non pas pour détruire Israël mais pour désintégrer le Liban. Notre annonceur, en l’occurrence, s’est sans doute inspiré de ces deux députés chiites libanais qui ont organisé la semaine dernière un hommage à Imad Moughnieh. Or, ce dernier était considéré par les autorités koweïtiennes comme l’auteur principal du détournement d’un avion koweïtien sur l’aéroport chypriote de Larnaca en 1988. Deux passagers koweïtiens avaient été tués lors de l’attaque et l’hommage rendu à Moughnieh est considéré comme une injure aux familles des victimes. Les dirigeants du Koweït soupçonnent fortement l’existence d’une branche du Hezbollah dans le pays qu’ils appellent le Hezbollah-Koweït. Cette cellule ne serait pas étrangère à l’initiative d’organiser un rassemblement à la mémoire de Moughnieh. Quant à la presse, elle se fait l’écho des réactions de protestation locales. Nous voulons de ces députés «des preuves de loyauté envers le Koweït au lieu de faire allégeance au Hezbollah», écrit Al-Watan, en réponse à l’un d’eux qui exige des preuves de l'implication de Moughnieh dans des actes terroristes contre le Koweït. Dieu merci, nous n’avons, en ce qui nous concerne, aucune preuve de l’implication du Hezbollah dans les attentats islamistes mais il n’est pas interdit d’émettre des soupçons. Tenir en suspicion des groupes ou des courants qui lancent des fetwas de mort à tous les vents fait partie du devoir de préservation. C’est un réflexe d’autodéfense qui peut être souvent provoqué, voire stimulé par l’apathie des autorités officielles ou leur propension à regarder ailleurs. Je veux bien croire à la raison d’Etat pour autant qu’elle ne sert pas à faire passer les lubies ou les folles ambitions de ceux qui s’en réclament. Pour fuir la raison d’Etat et la soif de pouvoir, Oussama Gharib, journaliste égyptien, s’est d’abord exilé au Canada. Au bout de cinq ans, il s’est aperçu que la liberté et le bonheur ne s’emportent pas souvent dans les valises. Il est donc revenu à son Egypte natale et s’est engagé comme chroniqueur au journal indépendant Al Misri al youm. Il vient de publier la somme de ses écrits dans un recueil intitulé : L’Egypte n’est pas ma mère, c’est juste ma marâtre. Sans avoir lu le livre qui vient juste de paraître, j’ai sursauté à la lecture du titre et j’ai crié au génie. Pour connaître plus mortellement patriote que soi, il faut aller sur les bords du Nil. L’amour des Egyptiens pour cette étroite et chiche bande de terre qui leur sert de galère est quelque chose d’inimaginable. Le jour où ils saisiront la dimension de cet attachement au pays, nos écrivains produiront des chefs-d’œuvre immortels. En attendant, Oussama Gharib qui a fui la mère patrie pour revenir dans le giron de la patrie marâtre, nous montre la voie. Il ne prétend pas accéder au panthéon de la littérature universelle mais il écrit, comme il voit les choses et comme il les sent. Sous la signature d’un de ses collègues du journal, on découvre les quelques textes, dont «L’holocauste» que Oussama Gharib a écrits avec des larmes dans les yeux, comme il le dit. Il ne fait pas référence aux pogroms juifs sous le nazisme mais à l’holocauste quotidien que subit le peuple d’Egypte. «La lecture de certains textes de Gharib suscite de l’émotion et du chagrin tant ils distillent la souffrance et le malheur», note ce confrère. Mais il s’empresse de citer d’autres écrits qui mélangent l’humour acerbe et la dérision comme «Les amis couci-couça». Dans cette chronique, il raconte la perte de ses amis et la disparition de l’amitié sous les coups de boutoir des avidités et de la détresse morale et sociale. Quoi qu’il en soit, le titre du recueil à lui seul devrait lui valoir un franc succès, contrairement à la pauvre Besnat Rashed qui s’est retrouvée dans la posture d’un Salman Rushdie, au féminin, sans avoir eu son audace. Sa mésaventure mérite d’être contée, parce qu’il y va de sa carrière et peut-être de sa vie. En janvier dernier, Besnat Rashed expose au Salon du livre du Caire son livre récent consacré à la vie privée du Prophète de l’Islam sous le titre : L’amour et le sexe dans la vie du Prophète. L’œuvre est pratiquement passée inaperçue du grand public et des médias mais la machine à broyer islamiste s’était mise en marche. Le 15 février denier, un aréopage de théologiens appointés est mobilisé par la chaîne intégriste Al-Hikma. Les inquisiteurs lancent une fetwa de mort contre Besnat, précisant qu’elle doit être tuée même si elle se repent. Quelques jours plus tard, un barbu se présente à son domicile à Alexandrie et adresse des menaces à peine voilées à son mari. Entre-temps, un député islamiste a interpellé le gouvernement sur la façon dont ce livre a été édité en Egypte. Craignant pour sa vie, Besnat Rashed a quitté son domicile et elle a adressé aux médias une longue lettre expliquant sa démarche. Elle explique que son œuvre est une contribution scientifique à la compréhension des problèmes du sexe en Islam. Elle se base d’ailleurs sur des Hadiths authentiques et des témoignages. Elle voulait démontrer que le Prophète avait une vie sentimentale et sexuelle normale. Il n’était pas obnubilé par les femmes comme tendent à le présenter certains théologiens repris par l’imagerie occidentale. Peine perdue : la campagne persiste encore. Le malheur de Besnat, c’est qu’elle est femme et que son livre a été écrit en arabe. Les théologiens barbus ont le droit de disserter à perte de sens sur le sexe et ses pratiques mais le sujet reste interdit aux femmes. Sauf à en être l’objet ou le partenaire à la rigueur.
A. H.

Nombre de lectures : 441

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site