Actualités : CE MONDE QUI BOUGE
Pakistan, la revanche posthume de Benazir Bhutto
Par Hassane Zerrouky


Même si la participation a été relativement faible, moins de 50%, il n’en reste pas moins que ni le pouvoir de Musharraf, ni l’opposition, ni les médias, et encore moins les observateurs internationaux, n’ont contesté la régularité de ce scrutin. Un scrutin qui s’est traduit par deux résultats inattendus : la défaite du parti de Musharraf et celle des islamistes du Muttahida Majlis-e-Amal (MMA).
Le parti au pouvoir du président Pervez Musharraf n’est arrivé qu’en troisième position, après le Parti populaire pakistanais (PPP) de feu Benazir Bhutto, arrivé en tête de ces élections suivi par la Ligue musulmane de l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif. La violence qui frappe ce pays, notamment la multiplication des attentats suicides, les menaces lancées par les plus radicaux groupes djihadistes, ne sont pas étrangers à cette forte abstention. La crainte des attentats a certainement fait renoncer beaucoup de Pakistanais à se rendre aux urnes. Mais pour être objectif, le fait que les partis n’aient eu pour seul et unique programme que le départ de Musharraf du pouvoir a dû dissuader de nombreux électeurs des couches les plus pauvres du pays. Reste que la grande surprise de ce scrutin, et non des moindres, aura été la déroute des partis islamistes radicaux dans leur fief de la région de Peshawar et ailleurs. La défaite du Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), cette alliance de six partis islamistes soutenant ouvertement les talibans et Al-Qaïda, a été fêtée dans la rue. A Peshawar, connue pour être le fief de l’islamisme radical, des scènes de liesse populaire, aux cris de «longue vie à Bhutto», ont accueilli la défaite électorale des islamistes. Leur principal leader et député sortant, Fazlur Rahman, qui se vantait de ses amitiés avec Ben Laden et le chef des talibans, Mollah Omar, n’a même pas été élu : il a été battu par un jeune inconnu du PPP, le parti de Benazir Bhutto. Les islamistes ont perdu 57 sièges passant de 62 (en 2002) à cinq en 2008 ! Ils ont été de fait laminés. Il s’agit (d’un net revers pour des mouvements qui avaient cautionné et applaudi l’assassinat de Benazir Bhutto, et qui croyaient dur comme fer en l’instauration à terme d’une république islamiste au Pakistan. Lassés par la violence, par les attentats, par les interdits de toutes sortes au nom de la charia, ne croyant plus aux promesses d’une justice sociale inspirée par la loi divine, les habitants de la province de Peshawar ont saisi la première occasion pour exprimer leur refus d’un ordre social rétrograde. Désormais, le parlement provincial de cette région limitrophe de l’Afghanistan sera dirigé par des partis non religieux. Le plus dur les attend toutefois, comme faire reculer la pauvreté, l’analphabétisme et l’exclusion sociale qui frappent cette région et qui ont constitué le terreau de l’islamisme. Il n’en reste pas moins que les islamistes sont loin de s’avouer vaincus. Le retour à la normale dans ces zones tribales frontalières de l’Afghanistan où les talibans sont toujours présents, n’est pas acquis, et ce, même s’ils ont conclu un cessez-le-feu avec l’Etat pakistanais. Ils peuvent à tout moment semer la discorde et empêcher les partis vainqueurs de leurs alliés islamistes de concrétiser leurs promesses électorales. Au niveau national, après que le PPP et la Ligue musulmane eurent annoncé la constitution d’un gouvernement d’union qui sera dirigé par le parti de feu Mme Bhutto, les deux formations n’ont pas réglé la question du devenir du président Musharraf. Si le Parti populaire pakistanais (PPP) n’est pas hostile à un gouvernement de cohabitation, la Ligue musulmane exige toujours la démission du chef de l’Etat. Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que ces élections, non truquées, ont dérouté plus d’un observateur occidental : elles ont montré que les Pakistanais ne veulent pas d’une république islamiste.
H. Z.

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