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Terrorisme. L’émir Hamza abattu par l’armée.
Lequel des Hamza ?
La sortie de Cherarba. En venant de Larbaâ. Et en se dirigeant vers Alger. 18
heures 30 minutes. Une brume dense. Faite d’humidité pétrifiée par des nuages
bas et des fumées d’écobuages sauvages grimpant en filets noirâtres vers un ciel
qui n’en peut plus. Imaginez, dans ce décor lunaire, entre des maisons
semi-finies (ou semi-commencées, c’est selon) et une casse auto où s’amoncellent
des tôles tordues, des restes de bus et une baraque à la porte disjointe, un
terrain vague. Quand j’écris «vague», il faut vraiment comprendre vague, très
vague, très très vague. Cette portion de terre boueuse, par endroits inondée par
un mélange saumâtre d’eau de pluie et de fuites d’égouts, n’aurait pas attiré
mon regard d’automobiliste pressé de rentrer chez lui s’ils n’avaient pas été
là. Vingt. Peut-être un peu plus. Pas beaucoup plus. Ce qui distingue ces
bambins, ce sont les dossards fluo qu’ils portent pardessus leurs joggings et
tenues de sport. Deux couleurs, deux équipes. Les jaunes. Les oranges. Des
ballons sont posés au milieu du terrain vague. Et de part et d’autre, les jeunes
footballeurs suivent les conseils de deux entraîneurs, des adultes usant de
force gestes. Séance d’entraînement à proximité d’un ancien car Vanhool à bout
de souffle, posé sur des cales, elles-mêmes recouvertes d’une mousse verdâtre.
Mouvements d’assouplissement exécutés en cadence sous le museau étonné de
«chiens arabes» visiblement agacés par l’intrusion de ces mioches dans l’univers
oublié de cette casse du bout du monde. Je suis saisi par le contraste violent
entre l’éclatante propreté des dossards fluo, visiblement tout neufs, et
l’ignominieuse crasse qui dévore chaque portion de ce terrain vague et métastase
bien au-delà, jusqu’aux maisons chantiers environnantes. Ces dossards- là
donnent des allures de feux follets aux apprentis footballeurs de Cherarba.
Comme autant de pieds-de-nez à la dictature de l’inertie qui semble régner sur
la casse auto et sur toute cette région damnée. Jaune. Orange. Couleurs
irréelles dans ce décor de triste réalité. Aux fumées d’écobuage viennent
s’ajouter maintenant les flammes mauvaises de pneus que l’on brûle en bord de
route. L’air devient irrespirable. Les dossards de plus en plus imprécis.
J’accélère, scrutant la sortie vers Dar-El- Beïda et l’autoroute. On n’a pas le
droit, on ne devrait pas avoir le droit de dire « je gouverne ce pays » lorsque,
à des enfants, on n’offre comme perspective de vie que ce terrain vague, très
vague, à la sortie de Cherarba. Vers Alger. Vers cette si proche capitale. Je
fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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