Périscoop : BAZOOKA
La shoah à Gaza
Par Mohamed Bouhamidi
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Entre mercredi et hier midi, trente- six Palestiniens sont morts dont six enfants. Rien ou presque sur ces enfants palestiniens dans les médias français, surtout pas sur France 24 qui avait terminé un sujet sur la chaîne humaine à Gaza, organisée lundi dernier, en filmant la fenêtre endommagée d’une maison israélienne en parlant d’un enfant israélien blessé. Façon de nous rappeler que les morts palestiniens se justifient par le danger que font planer les pétards volants imprécis du Hamas.
Mais enfin, au vu du bilan de centaines de morts palestiniens pour quelques blessés israéliens, cela vous donne la mesure de ce que vaut la vie des uns et des autres. Ces médias cacheront soigneusement la réalité de sang et de mort du colonialisme israélien, de l’intégrisme juif qu’est le sionisme et de la théocratie qu’est l’Etat d’Israël avec la couverture du «professionnalisme et du souci de vérité» qu’ils nous assènent comme leçons après Timisoara, la maternité «koweïtienne» filmée aux USA et l’interminable liste des mensonges sur les armes irakiennes. Six enfants palestiniens, c’est de l’anecdote et si vous n’en êtes pas convaincus, Matan Vilnaï, adjoint de Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense, s’est chargé hier de nous ouvrir les yeux : sur les ondes de la radio militaire israélienne il a menacé de faire subir une «shoah» aux Palestiniens de la bande de Gaza. Vous avez bien lu il parle de Shoah et il sait de quoi il parle. La veille, le gouvernement israélien a informé certains pays amis qu’il lancerait bientôt une grande opération à Gaza. Le but et le contenu de cette opération sont déjà dévoilés par Matan Vilnaï, question de préparer les relais médiatiques à recevoir et à «traiter» le choc du bain de sang qui se prépare. Il n’a pas tort : les relais trouveront toujours moyen de faire passer pour de la légitime défense tous les crimes sionistes. Tout de suite, les autres responsables du gouvernement ont tenté de corriger la maladresse de leur ministre-tueur en faisant de la linguistique : shoah veut dire aussi catastrophe et il voulait juste parler de catastrophe. Comme ils se moquent du monde entier, ils oublient qu’ils ont eux-mêmes «spécialisé» ce mot dans la stricte désignation des crimes nazis. Et en admettant leurs «explications», comment qualifier l’enfer vécu par Gaza aujourd’hui quand la réalité dépasse déjà tous les sens et tous les entendements du terme catastrophe ? Voilà le résultat pratique d’Annapolis : lier encore plus les mains du Fatah et de l’Autorité palestinienne, stigmatiser encore plus toute la population de Gaza y compris les enfants pour détruire chez les Palestiniens, par la peur de la mort violente et des souffrances inouïes, toute velléité de sortie du statut de mendiant international, de peau-rouge parqué dans les réserves et la dégénérescence. Il sera difficile pour l’Autorité de ne pas passer pour une administration harkie mais je ne connais pas encore une seule lutte de libération qui n’ait pas connu ses harkis, ses collabos, ses petits et ses grands fascistes. Nous sommes dans l’ordre tortueux de la lutte des peuples qui ne prennent les armes que dans les conditions matérielles et morales qui leur sont faites. Y compris sous la menace d’une shoah.
M. B.



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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/01/article.php?sid=65135&cid=3