Le Centre de traitement du renseignement financier (CTRF) a été destinataire de 80 déclarations de soupçon. 78 affaires sont en instruction alors que 2 ont abouti à des cas de blanchiment avérés. 15 millions d'euros ont été récupérés. De notre envoyé spécial à Laghouat Nabil M. Le phénomène du blanchiment d'argent est alarmant en Algérie. C'est le constat établi par des experts en la matière. C’est généralement l'œuvre de personnes dont le profil n'est pas forcément celui d'un criminel-type. Il n'en demeure pas moins que ces cols blancs se transforment en criminels lorsque leurs intérêts sont menacés. «Ils n'hésitent pas à commanditer des homicides pour aller au bout de leur entreprise». A titre d'exemple, quand un banquier tombe sur une affaire de domiciliation qui semble être bizarre, il saisit le CTRF. Ce dernier exerce à son tour son droit de geler pour 72 heures les comptes du concerné. Seulement, ce retard de 72 heures peut être très préjudiciable dans le monde des affaires. La liquidation physique entre en acte. Cet aspect n'est en fait que l'un des risques auxquels sont confrontés les banquiers face au blanchiment d'argent. Les autres risques répondent à des considérations différentes mais tout aussi dangereuses. Du point de vue économique, les nuisances peuvent être considérables sur la valeur des actions en bourse. Selon le comandant Rmili, sous-directeur de la lutte contre la criminologie spéciale à la Gendarmerie nationale, le risque sur l'image de marque est l'aspect le plus néfaste du blanchiment d'argent. Les sanctions administratives ne sont pas en reste. En effet, les banquiers et autres acteurs du secteur des finances sont obligés d'établir des déclarations de soupçon lorsqu'ils traitent des dossiers non conformes. Or, il se trouve que le fonctionnaire en question n'a pas pour principale vocation de lutter contre le blanchiment d’argent. Des aspects contournés peuvent échapper à son attention. Lorsqu'une affaire éclate, ce fonctionnaire, qui n'a pas établi de déclaration de soupçon, tombe sous le coup de sanctions administratives voire même pénales. Le commandant Rmili a par ailleurs expliqué qu'il existe une certaine confusion dans l'identification du blanchiment d'argent. En Algérie, ce phénomène est à l'origine de la cherté de l'immobilier. Un citoyen lambda qui bénéficie d'un lot de terrain qu'il paye à 10 millions de centimes, reçoit des offres de rachat pour environ 500 millions de centimes. Cette spéculation fait que les prix du lotissement flambent. Il va sans dire que celui qui achète à 500 millions tente de laver son argent. Le conférencier a soutenu que le processus de blanchiment passe par trois étapes. Il s'agit du placement, de l'empilement et de l'intégration. Le tout c'est d'intervenir dans la phase du placement. La lutte contre ce phénomène passe inévitablement par la formation d'enquêteurs spécialisés. Tâche à laquelle s'emploie la Gendarmerie nationale. A cela s'ajoute la création, il y a environ un mois, du Service central d'investigation criminelle ( SCIC), une Brigade de recherche et d'investigation (BRI), en plus du travail de l'institut national de criminologie et de criminalistique. En outre, le commandement de Gendarmerie nationale a récemment décidé de doter les sections de recherche des différents groupements en éléments formés dans le domaine du blanchiment. N. M.
Nombre de lectures : 860
|