L’actualité de ces derniers mois en Algérie est marquée par une explosion sans précédent de la corruption à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité sans aucune exception. Cette explosion est étroitement liée aux flux ininterrompus des énormes recettes du pétrole. Elle est alimentée par les budgets faramineux dégagés par les pouvoirs publics sous le couvert de programmes dits de relance économique, budgets sans cesse revus à la hausse à souhait par la seule volonté de l'exécutif au plus haut niveau de l'Etat. Par ricochet, ces budgets ont permis aux très puissants réseaux
mafieux de la grande corruption et de la criminalité transnationale
organisée de faire fructifier leurs affaires, réseaux qui ont accéléré
la déliquescence des institutions de l’Etat et ont totalement neutralisé
— quand ils ne les ont pas contaminés —, les organes de contrôle et de
répression. L’écrasante majorité des Algériens continue de subir de
plein fouet les effets dévastateurs de la corruption, de plus en plus
impuissants et de plus en plus sceptiques quant aux capacités actuelles
de la société à combattre ce fléau. La plupart des «révélations» de
grande corruption que publient les journaux depuis quelque temps est
principalement le résultat de luttes intestines au sein de ces réseaux
de la grande corruption, luttes visant à faire main basse sur la manne
financière publique et les marchés les plus juteux, sur fond de
règlements de comptes tous azimuts. La justice elle-même est touchée par
la corruption. Mais alors que faire, s’interrogent de nombreux
Algériens, pour contrer cette criminalité organisée à grande échelle et
qui n’a plus de frontières ? La pire des réactions serait de capituler
et de s’installer dans une désespérance, comme nous y poussent, et sous
des formes de plus en plus menaçantes et de plus en plus violentes, les
barons de la corruption et leurs nombreux hommes de main.
L'absence de volonté politique à lutter contre la corruption
Cette absence de volonté politique est manifeste et n’est plus à
confirmer, et les pouvoirs publics démontrent tous les jours que c’est
leur choix. Mais alors pourquoi avoir ratifié en 2004 la Convention des
Nations unies contre la corruption ? Pourquoi avoir légiféré en 2006 une
loi très insuffisante au demeurant ? C’était un simple coup d’épée dans
l’eau, à la fois pour les consommations interne et externe, mais aussi
pour faire de ces instruments – Convention et loi du 20 février 2006 —,
des moyens de pression et de chantage dans le cadre d’une politique de
règlement de comptes au sein de l’oligarchie au pouvoir et de sa
périphérie. Les nombreux scandales de corruption, en constante
augmentation, en sont la preuve. Les nombreux manques à gagner dans les
législations et réglementation algériennes relatives à la prévention et
à la lutte contre la corruption complètent la démonstration. La
ratification par l'Algérie des conventions internationales contre la
corruption (onusienne et africaine) n'a pas connu de prolongements
qualitatifs. La piètre qualité de la transposition de ces Conventions en
droit interne est particulièrement révélatrice de cette absence de
volonté politique.
Le " Financial Times " et l'Algérie
La loi du 20 février 2006 de prévention et de lutte contre la
corruption est très «pauvre» : déclaration de patrimoine vidée de sa
substance ; pas de protection des dénonciateurs de la corruption ; pas
d'accès à l'information ; exclusion de la société civile ; pas
d'indépendance pour l'agence gouvernementale de lutte contre la
corruption, etc. Même muselée par les pouvoirs publics, cette agence,
dont le décret de création a été publié en novembre 2006, n'a toujours
pas vu le jour une année plus tard ! Le gouvernement ne cesse d'annoncer
depuis un an la réforme de l'Inspection générale des finances, réforme
qui vient d’accoucher d’une souris lors du tout récent Conseil des
ministres, par un simple élargissement des prérogatives de l’IGF aux
entreprises publiques économiques (EPE), et qui se traduira en fait par
des luttes de tutelle et de pouvoir sur ces EPE. Situation identique
pour la Cour des comptes qui est gelée de fait depuis des années. Ce
même gouvernement par contre n'hésite pas à «libéraliser» davantage la
réglementation sur les marchés publics déjà bien malmenée. Le pouvoir a
ratifié un peu trop vite la Convention des Nations unies : il doit
regretter aujourd’hui de l’avoir fait. Ni au plan international ni au
niveau de l’opinion publique en Algérie, plus personne n’est dupe :
l’exécutif est pris à son propre piège. La 2e Conférence des
Etats-parties de cette convention, qui vient de se tenir en Indonésie du
28 janvier au 1er février 2008, a mis à nu les manœuvres du pouvoir
algérien : sa délégation gouvernementale a tout fait pour bloquer les
propositions visant à faire progresser de manière concrète l’application
de cette convention. Cette délégation a été perçue par la majorité des 1
000 délégués représentant plus de 140 pays, comme venue défendre des
intérêts contraires aux objectifs de la Convention des Nations unies. Le
Financial Timesne s’y est pas trompé quand il annonçait, dans son
édition du 28 janvier 2008 — jour de l’ouverture de la 2e Conférence des
Etats-parties —, que l’Algérie était décidée à bloquer la mise en place
de mécanismes de suivi de l’application de la convention onusienne.
Djilali Hadjadj
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