Périscoop : BAZOOKA
La sous-traitance de la terreur
Par Mohamed Bouhamidi
mbouhamidi2001@yahoo.fr


Avant-hier, samedi, un grand quotidien national a publié un article, affirmant que les éditeurs et intellectuels arabes boycottent le Salon du livre de Paris sur injonction de leurs Etats et en suivant les sirènes des islamistes. Cet article ouvre largement les guillemets pour défendre la nouvelle thèse des organisateurs de ce Salon : y est invitée la littérature israélienne pas l’Etat israélien et le boycott n’est qu’une expression de l’antisémitisme, un pas dangereux vers l’autodafé et un refus de reconnaître les mérites de la gauche littéraire israélienne qui ferait tant pour la paix.
Faux sur le premier point. Les éditeurs algériens furent les premiers à annoncer le boycott après le communiqué de Casbah Editions et l’appel au boycott de Omar Mokhtar Chaâlal et de Mustapha Madi. Il faudra des arguments beaucoup moins légers pour faire passer tout ce monde pour les petits soldats du pouvoir ou des épigones islamistes. Mais à eux de se défendre. Inutile de relever plus avant l’argument éculé. Faux sur le deuxième point : le Salon du livre a invité Israël pour fêter son 60e anniversaire ; la nouvelle argumentation essaye de discréditer le motif du boycott. Faux sur le troisième point : boycotter Paris n’est pas de l’antisémitisme ; le premier à avoir annoncé son boycott est Aaron Shabta, poète israélien, ou alors il est le roi des antisémites. Faux sur l’autodafé des éditeurs du monde entier vont boycotter, y compris européens et canadiens. Faux sur le pacifisme de la gauche israélienne et de sa littérature. Et pour vous faire une idée, je donne à lire un poème de Shenfeld considéré comme gauchiste et écrit après le retrait de Gaza (c’est pour cela qu’ils parlent de ces maisons inutilement détruites) et de Yehoshua, un des vieux pacifistes.
Jugez sur pièces :
«Marchons sur le Liban et aussi sur Gaza avec des charrues et du sel
Détruisons-les jusqu’au dernier habitant
Transformons-les en un aride désert Une vallée inhabitée, trouble
Parce que nous désirions la paix et la voulions, et nos maisons nous les avons d’abord détruites
Mais elles étaient un cadeau inutile pour ces assassins, barbus et au bandeau du jihad, qui crient «massacre maintenant !» et qui n’ont ni amour ni paix ni Dieu ni père
Sauvons notre peuple et fabriquons des bombes
Et qu’on les fasse pleuvoir sur leurs villages, villes et maisons jusqu’à ce qu’elles s’effondrent
Tuons-les, versons leur sang, répandons la terreur sur leurs vies pour qu’ils n’essaient plus de nous détruire, jusqu’à ce que nous entendions du sommet des montagnes explosant
Ecrasés sous les talons de vos bottes, des bruits de supplique et de lamentation.
Et vos fosses les recouvriront.
Quiconque rejette une journée à verser le sang, il sera rejeté.
Sauvons notre peuple et faisons la guerre.»
Ilan Shenfeld ( Ynet,30 juillet 2006).
«Après avoir démantelé les colonies… nous utiliserons la force contre toute la population, utiliser la force d’une manière totale… Nous couperons l’électricité à Gaza. Nous couperons les communications à Gaza. Nous stopperons le carburant à Gaza… Ce ne sera pas une guerre souhaitée mais une guerre de purification»
(Yehoshua Haaretz, 19 mars 2004).
Allez après cela considérer que ces poètes n'ont pas appelé à brûler les enfants palestiniens sous les bombes, n'ont pas appelé à l'holocauste des Palestiniens.
M. B.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/03/03/article.php?sid=65235&cid=3