samedi 07 mars 2008
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Actualités : 60 000 CAS ONT ÉTÉ ENREGISTRÉS ENTRE 2005 ET 2007
La hantise des leishmanioses


«59 876 citoyens algériens ont été affectés par les épidémies de leishmanioses entre 2005 et 2007 dont 13 313 cas ont été déclarés durant l’année épidémiologique de 2007. Les populations les plus touchées sont celles des wilayas de Biskra, Batna et M’sila avec 70 % des cas déclarés dans plus de 40 wilayas.»
Ces chiffres, communiqués par le Pr Zoubir Harrat, parasitologue de l’Institut Pasteur d’Algérie, lors de son intervention à l’occasion de la journée d’information portant sur l’hygiène du milieu, organisée hier à Constantine par la SNC.BPI/ENH-DOUDAH, une entreprise qui commercialise des produits phytosanitaires et d’hygiène publique, sont, on ne peut mieux, révélateurs de la recrudescence des problèmes de santé publique en Algérie. Selon le Pr Harrat, cette forte croissance des leishmanioses en Algérie durant ces dernières années est due à «l’apparition de nouveaux foyers de la maladie à travers le territoire national, à cause, entre autres raisons, de l’expansion urbanistique immodérée». De plus, les formes des leishmanioses existant en Algérie, souligne le Pr Harrat, sont des plus dangereuses surtout la leishmaniose viscérale qui cause beaucoup de décès et constitue un fardeau économique des plus lourds (si le traitement des affections cutanées coûte 6000 DA par malade, il coûte 60 000 DA pour les affections viscérales). En 2005, où 30 227 cas ont été enregistrés, la prise en charge épidémiologique des leishmanioses avait coûté 12 milliards de centimes en guise de traitement et 60 milliards pour l’achat de produits insecticides. «La prévention qui consiste en l’amélioration de l’environnement coûte largement moins cher puisqu’il n’existe pas de vaccin pour ce genre d’épidémie», dira le professeur. Il indiquera, par ailleurs, que la leishmaniose cutanée à Leishmania Killicki, découverte dans la ville de Ghardaïa en 2005, est une forme de leishmaniose nouvelle et unique au monde. Le hic, c’est que cette entité clinique, dont le réservoir et le vecteur restent jusqu’ici inconnus, est une maladie à transmission interhumaine contrairement aux autres formes de leishmaniose dont les vecteurs sont les rongeurs et les canidés (chiens, chacals…). Une particularité épidémiologique qui fait d’elle une épidémie des plus dangereuses, selon l’orateur. Ce parasitologue a précisé aussi que le nombre des entités cliniques de cette maladie, qui sévissent actuellement et posent un problème réel de santé publique en Algérie, est de l’ordre de quatre (3 formes cutanées et une forme viscérale). Il s’agit en plus de la leishmaniose cutanée à Leishmania Killicki, la leishmaniose cutanée du Sud à Leishmania Major qui a pour réservoir les rongeurs (rats…) et qui connaît une propagation alarmante vers le nord du pays, la leishmaniose cutanée sporadique du nord à Leishmania Infantum qui a pour réservoir le chien domestique et enfin, la leishmaniose viscérale. Cette dernière touche surtout les enfants en raison de leur faible immunité. 80 % des cas enregistrés sont recensés dans la Kabylie et du Constantinois (Tizi-Ouzou, Béjaïa, Jijel, Sétif et Constantine). Le taux de létalité est de l’ordre de 6 %. Enfin, les leishmanioses, connues depuis le début du siècle dernier en Algérie et que l’on croyait quasiment vaincues se définissent comme étant «des affections parasitaires zoonotiques à large spectre clinique, provoquées par un protozoaire du genre Leishmania, transmis aux mammifères vertébrés par la piqûre infectante de la femelle d’un moucheron qui s’appelle Phlébotome». Les larves de cette espèce d’insecte, qui se développent dans la terre, ont besoin du sang des mammifères pour grandir au moment où les adultes de ce moucheron qui assurent la nourriture aux larves se nourrissent des fumiers des rongeurs, des feuilles de plantes en décomposition et également des ordures ménagères. Il existe 700 espèces dans le monde dont 35 transmettent la maladie. En Algérie, il existe 22 espèces dont 3 transmettent la maladie. Il convient de noter que cette journée d’information a été organisée à l’intention des collectivités locales. Plusieurs thèmes liés notamment à l’hygiène du milieu ont été abordés et les différents conférenciers se sont entendus sur le concept de la lutte intégrée contre les épidémies répandues. Une lutte qui implique plusieurs acteurs et associe le citoyen dans l’amélioration de son cadre de vie.
L. H.

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