|
8 Mars. Bonne fête les …
… fleuristes !
Cet article, j’ai dû le lire une bonne dizaine de fois depuis jeudi. Il est
en page 3 du Soir d’Algérie. Vous pouvez y accéder sur le net, en consultant les
archives du journal. Cela vaut l’effort. J’ai essayé de retrouver l’information
dans les autres quotidiens. Elle n’y figure pas. Du moins pas dans les six ou
sept journaux que j’ai achetés jeudi. Ce n’est pas pour autant qu’il faut, au
Soir tirer quelque gloire de cette triste exclusivité : «Les patriotes de Haouch
Gros désarmés.» Coincé entre des comptes rendus méticuleux et précis sur les
intempéries et les centimètres de l’enneigement, entre le rachat de l’opérateur
de téléphonie Lacom par l’Egypte et entre le feuilleton «CPA, je privatise, je
ne privatise pas !», le reportage de mon compagnon de tribunal et ami Kamel
Amarni a de quoi saisir. De dégoût. Les Patriotes (un mot qui sonne comme une
insulte infamante depuis 8 ans) de Haouch Gros racontent au Soir d’Algérie
comment une section de l’ANP a déboulé chez eux mercredi dernier et les a
désarmés. Au bout de 14 années de résistance au GIA et au GSPC. Au bout, comme
ils le racontent, de vingt morts, vingt martyrs, de dizaines de blessés, de
handicapés à vie et de drames familiaux irréversibles. Alors, bien sûr, on peut
se cacher, se lover doucereusement derrière l’argument paravent, la parade
facile qui consiste à hausser les épaules et à reconnaître : «De toutes façons,
le désarmement des Patriotes et des GLD n’est pas nouveau. Il n’a pas commencé
ce jeudi avec Haouch Gros.» Oui ! Très juste. Mais allez savoir pourquoi la
nature humaine, les caprices de l’esprit fatigué par plus de 15 ans de lutte
contre le terrorisme retiennent un épisode de la trahison par rapport à
l’addition de toutes les autres trahisons. Allez savoir pourquoi les mécanismes
du souvenir se déclenchent plus aisément pour ce Haouch Gros que pour d’autres «h’wach»
de la résistance aux hordes islamistes. Peut-être parce que le groupe du défunt
Sellami est le premier à avoir été constitué dans l’urgence du sauvetage d’une
Algérie non intégriste. Peut-être parce que quand d’autres, propulsés depuis à
la tête du gouvernement, chuchotaient à l’oreille de leurs ambassades chéries
des promesses de livraison rapide de l’Algérie, à Haouch Gros on luttait pied à
pied, bout de trottoir contre bout de trottoir, quartier contre quartier pour
faire reculer les promesses des félons. Peut-être. Ou peut-être tout simplement
parce que la réponse, toute la réponse, est dans cette question posée par ce
Patriote du groupe : «Pourquoi nous ont-ils désarmés ? Pour nous exposer aux
représailles du GIA ? Pour nous faire payer notre résistance ?» Il faudra bien
l’admettre très vite. L’heure n’est même plus à l’islamisation du pays. Elle est
déjà à la punition de ceux qui ont osé s’opposer à ce projet. Je fume du thé et
je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L
|